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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2002004

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2002004

lundi 9 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2002004
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBRIATTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 mars 2020 et 11 mars 2021, Mme A B, représentée par Me Briatte, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 janvier 2020 par laquelle la présidente du centre communal d'action sociale (CCAS) de la commune de Wasquehal a refusé de reconnaître comme imputable au service l'accident dont elle a été victime le 1er juillet 2019 ainsi que l'arrêté du 20 janvier 2020 par lequel la même autorité a retiré sa décision du 21 octobre 2019 la plaçant en congé pour invalidité temporaire imputable au service et a rejeté sa demande d'octroi d'un tel congé au titre de l'accident intervenu le 1er juillet 2019 ;

2°) d'enjoindre au centre communal d'action sociale de la commune de Wasquehal de la placer en congé pour invalidité temporaire imputable au service ;

3°) de mettre à la charge du centre communal d'action sociale de la commune de Wasquehal la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision a été prise par une personne qui n'en avait pas la compétence ;

- la décision est irrégulière en ce qu'elle ne comporte pas la mention " pour la présidente et par délégation de signature, la Vice-Présidente " ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en l'absence de consultation de la commission de réforme ;

- elle est entachée d'une erreur de qualification dès lors que l'évènement dont elle a été victime constitue un accident de service ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 16 juin 2020 et le 31 mars 2021, le centre communal d'action sociale de la commune de Wasquehal, représenté par Me de Faÿ, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 2 septembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003 ;

- l'arrêté du 4 août 2004 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Borget, rapporteur,

- les conclusions de Mme Allart, rapporteure publique,

- les observations de Mme B,

- et les observations de Me Belal-Cordebar, substituant Me de Faÿ, représentant le centre communal d'action sociale de la commune de Wasquehal.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, titulaire du grade d'assistante socio-éducative principale, exerce les fonctions de directrice de la résidence pour personnes âgées " Harmonie " au sein du centre communal d'action sociale (CCAS) de Wasquehal. Le 1er juillet 2019, Mme B a été placée par son médecin traitant en arrêt de travail et a sollicité, le jour-même, la prise en charge de cet arrêt au titre d'un accident de service. Après un refus initial de reconnaissance de l'imputabilité au service de cet arrêt de travail, Mme B a été, par un arrêté du 21 octobre 2019, placée à titre provisoire en congé pour invalidité temporaire imputable au service à compter du 1er juillet 2019, dans l'attente du réexamen du dossier et d'une nouvelle décision. Par un arrêté et une décision du 20 janvier 2020, la présidente du CCAS de la commune de Wasquehal a, d'une part, retiré son arrêté du 21 octobre 2019 et, d'autre part, refusé à l'intéressée le bénéfice du congé pour invalidité temporaire imputable au service sollicité au motif qu'aucun accident n'avait eu lieu le 1er juillet 2019. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 123-23 du code de l'action sociale et des familles : " Le président du conseil d'administration prépare et exécute les délibérations du conseil ; il est ordonnateur des dépenses et des recettes du budget du centre. Il nomme les agents du centre. / Il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer une partie de ses fonctions ou sa signature au vice-président et au directeur. / Le président du conseil d'administration nomme à l'emploi de directeur du centre d'action sociale. Celui-ci assiste aux réunions du conseil d'administration et de sa commission permanente et en assure le secrétariat ".

3. En l'espèce, aux termes de l'article 1er de l'arrêté de délégation de signature du 13 novembre 2015 de la présidente du CCAS, maire de la commune de Wasquehal, régulièrement publié, " La Présidente du CCAS donne, sous sa surveillance et sous sa responsabilité, délégation de signature à la Vice-Présidente dans les matières suivantes : / ()pour l'ensemble des pièces relatives à l'affectation des personnels au sein de l'établissement, ainsi que tout acte administratif et les ampliations des pièces relatives à la situation administrative des agents ". Par suite, la vice-présidente du CCAS était compétente pour signer les décisions en litige et le moyen tiré du vice d'incompétence doit être écarté.

4. En deuxième lieu, si l'arrêté de délégation de signature cité au point précédent, énonce en son article 3 que " les actes pris par la Vice-Présidente dans les matières déléguées pas la Présidente porteront la mention " Pour la Présidente et par délégation de signature, la Vice-Présidente " ", l'absence de cette mention dans les actes attaqués est sans incidence sur leur légalité dès lors que la signature est accompagnée de la mention " Pour Stéphanie DUCRET / Maire de Wasquehal / Présidente du CCAS / Barbara COËVOËT / Vice-Présidente du CCAS () ".

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 37-4 du décret du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux : " L'autorité territoriale qui instruit une demande de congé pour invalidité temporaire imputable au service peut : / 1° Faire procéder à une expertise médicale du demandeur par un médecin agréé lorsque des circonstances particulières paraissent de nature à détacher l'accident du service ou lorsque l'affection résulte d'une maladie contractée en service telle que définie au IV de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 précitée ; / 2° Diligenter une enquête administrative visant à établir la matérialité des faits et les circonstances ayant conduit à la survenance de l'accident ou l'apparition de la maladie. ". Aux termes de l'article 37-9 de ce décret : " Au terme de l'instruction, l'autorité territoriale se prononce sur l'imputabilité au service et, le cas échéant, place le fonctionnaire en congé pour invalidité temporaire imputable au service pour la durée de l'arrêt de travail. / Lorsque l'administration ne constate pas l'imputabilité au service, elle retire sa décision de placement à titre provisoire en congé pour invalidité temporaire imputable au service et procède aux mesures nécessaires au reversement des sommes indûment versées. () ". Il ressort de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité d'emploi d'instruire la demande de congé pour invalidité temporaire imputable au service et de se prononcer, au terme de son instruction, sur l'imputabilité au service de l'accident déclaré. Par suite, le moyen tiré de ce que le CCAS était tenu de saisir la commission de réforme, seule compétente pour se prononcer sur l'imputabilité au service de l'accident déclaré par Mme B, doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur : " () / II. Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service. / () ". Constitue un accident de service, pour l'application des dispositions précitées, un évènement soudain et violent survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de celle-ci.

7. Il ressort des pièces du dossier et notamment de la déclaration d'accident de travail remplie par Mme B qu'à la suite d'un appel du service de la comptabilité, et après avoir participé à une réunion technique, elle a ressenti une angoisse, selon elle en lien avec l'attitude de sa supérieure hiérarchique directe, qui notamment aurait refusé, à son retour de congé maladie le 19 juin 2019, de lui transmettre des informations sur les dossiers traités durant son absence, la plaçant ainsi en difficulté. Si la soudaineté du mal-être ressenti par la requérante ne saurait, au regard des pièces du dossier, être remise en question, il ne ressort pas de ces mêmes pièces, et notamment de sa déclaration d'accident ou des attestations produites, que l'appel ou la réunion en cause auraient donné lieu à un comportement ou à des propos excédant un exercice normal des fonctions des agents avec lesquels elle était en relation ou un exercice normal du pouvoir hiérarchique par sa supérieure. Dans ces conditions, ni l'appel du service de la comptabilité ni le déroulement de la réunion technique à laquelle Mme B a participé, ne peuvent être regardés comme constitutifs d'un événement soudain et violent susceptible d'être qualifié d'accident de service, quels que soient les effets produits sur l'intéressée. Par suite, en refusant de reconnaître comme étant imputable au service la pathologie dont souffre Mme B, le CCAS de la commune de Wasquehal n'a pas fait une inexacte appréciation des dispositions précitées de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983.

8. En dernier lieu, dès lors qu'ainsi que cela a été dit au point 7, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée est intervenue pour des motifs réguliers tenant à l'absence d'accident de service, le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme B aux fins d'annulation de l'arrêté et de la décision du 20 janvier 2020 par lesquels la présidente du CCAS de la commune de Wasquehal a retiré la décision de placement provisoire en congé pour invalidité temporaire imputable au service et a refusé de reconnaître comme imputable au service " l'accident " dont elle a été victime le 1er juillet 2019 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au centre communal d'action sociale de la commune de Wasquehal.

Délibéré après l'audience du 31 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Leguin, présidente,

- M. Borget, premier conseiller,

- Mme Zoubir, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2023.

Le rapporteur,

signé

J. BORGET

La présidente,

signé

A-M. LEGUIN La greffière,

signé

S. MAUFROID

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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