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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2002279

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2002279

mercredi 28 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2002279
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantKAPPOPOULOS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 mars 2020 et 4 mai 2022, M. D F, représenté par Me Kappopoulos, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision du 27 janvier 2020 par laquelle la ministre du travail a retiré sa décision implicite rejetant le recours hiérarchique formé par la société Esterra contre la décision du 1er avril 2019 par laquelle l'inspectrice du travail a refusé d'autoriser son licenciement, a annulé la décision du 1er avril 2019 de l'inspectrice du travail et a autorisé son licenciement pour motif disciplinaire ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat, outre les dépens, la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle a également été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, l'agent ayant instruit le recours hiérarchique formé par la société Esterra n'étant pas compétent pour ce faire ;

- la décision litigieuse a également été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, le principe d'une enquête contradictoire n'ayant pas été respecté par l'administration ;

- les faits de vol qui lui sont reprochés sont prescrits ;

- ces faits ne sont pas davantage établis ;

- les autres faits qui lui sont reprochés, relatifs aux menaces et insultes qu'il aurait proférées à l'encontre d'un salarié de la société Triselec en octobre 2018, à l'encontre d'un de ses collègues le 8 décembre 2018 et à l'encontre d'un usager, le 9 décembre 2018 ne sont pas établis ;

- s'il a effectivement eu une altercation avec l'un de ses collègues le 27 décembre 2018, ce fait n'est pas suffisamment grave pour justifier son licenciement ;

- il existe un lien entre son licenciement et son mandat syndical.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2021, la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par des mémoires, enregistrés les 30 avril 2021 et 30 juin 2022, la société Esterra, représentée par Me De Oliveira, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. F au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 11 août 2022 la clôture de l'instruction a été fixée au 26 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 22 juillet 2015 relatif à l'organisation de la direction générale du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique ;

- les observations de Me Kappopoulos, représentant M. F ;

- les observations de Me Bisson, substituant Me De Oliveira, représentant la société Esterra.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, salarié de la société Esterra depuis le 2 octobre 2002, exerçait en dernier lieu, en qualité d'agent qualifié d'exploitation au premier échelon, les fonctions d'agent d'accueil et de réception à la déchèterie de Roubaix (59). Il était par ailleurs délégué syndical et conseiller prud'hommes auprès du conseil des prud'hommes de Lille. Par un courrier du 22 janvier 2019, reçu le 28 janvier suivant, son employeur l'a convoqué à un entretien préalable au licenciement pour le 1er février 2019. Par courrier du 6 février 2019, la société Esterra a sollicité de l'administration l'autorisation de le licencier. Par décision du 1er avril 2019, l'inspectrice du travail de la 10ème section de l'unité départementale du Nord-Lille, unité de contrôle Lille-Est, a refusé d'autoriser le licenciement de M. F. Par courrier du 31 mai 2019, reçu le 3 juin suivant, la société Esterra a formé un recours hiérarchique contre cette décision. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par la ministre du travail sur cette demande. Le 2 décembre 2019, la société Esterra a vainement demandé à l'administration la communication des motifs de cette décision. Par décision du 27 janvier 2020, dont M. F demande l'annulation, la ministre du travail a, d'une part, annulé la décision de l'inspectrice du travail du 1er avril 2019, retiré la décision implicite rejetant le recours hiérarchique formé par la société Esterra contre cette décision et autorisé le licenciement de M. F.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe de la décision attaquée :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 2422-1 du code du travail : " Le ministre chargé du travail peut annuler ou réformer la décision de l'inspecteur du travail sur le recours de l'employeur, du salarié ou du syndicat que ce salarié représente ou auquel il a donné mandat à cet effet. / Ce recours est introduit dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision de l'inspecteur. / Le silence gardé pendant plus de quatre mois sur ce recours vaut décision de rejet ". Par ailleurs, aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 22 juillet 2015 relatif à l'organisation de la direction générale du travail : " () Le bureau du statut protecteur est chargé : () d'instruire des recours hiérarchiques et contentieux relatifs aux licenciements des salariés protégés () ". Ces dispositions combinées confèrent au chef du bureau du statut protecteur compétence pour instruire les recours hiérarchiques dirigés contre les décisions des inspecteurs du travail en matière de licenciements de salariés protégés, mais aussi pour signer, au nom du ministre chargé du travail, toutes les décisions relatives au champ de compétence de ce bureau.

3. Il ressort des pièces produites en défense par l'administration que Mme A B, signataire de la décision attaquée, cheffe du bureau du statut protecteur, a, par un arrêté du 3 janvier 2020 du directeur général du travail, reçu délégation à l'effet de signer, au nom de la ministre chargée du travail et dans la limite des attributions de ce bureau, tous actes, décisions ou conventions à l'exclusion des décrets. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été signée par une autorité incompétente doit être écarté.

4. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été énoncé au point 1, la décision attaquée a été signée par la cheffe du bureau du statut protecteur, compétente pour ce faire et pour conduire l'instruction de ce recours. Dès lors le moyen tiré de ce que l'agent du bureau du statut protecteur chargé de " suivre " le dossier n'aurait pas été titulaire du grade d'inspecteur du travail et n'aurait pas eu compétence pour procéder à l'instruction du recours hiérarchique formé par la société Esterra doit être écarté.

5. En dernier lieu, aux termes des articles L. 121-1, L. 122-1 et L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application des articles 1er et 2 de la loi n° 79-587 du 11 juillet 1979 relative à la motivation des actes administratifs et à l'amélioration des relations entre l'administration et le public n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. ". Il appartient à l'autorité administrative compétente pour adopter une décision individuelle entrant dans leur champ de mettre elle-même la personne intéressée en mesure de présenter des observations. Il en va de même, à l'égard du bénéficiaire d'une décision, lorsque l'administration est saisie par un tiers d'un recours gracieux ou hiérarchique contre cette décision. Ainsi, le ministre chargé du travail, saisi sur le fondement des dispositions de l'article R. 2422-1 du code du travail, d'un recours contre une décision autorisant ou refusant d'autoriser le licenciement d'un salarié protégé, doit mettre le tiers au profit duquel la décision contestée a créé des droits - à savoir, respectivement, l'employeur ou le salarié protégé - à même de présenter ses observations, notamment par la communication de l'ensemble des éléments sur lesquels le ministre entend fonder sa décision. Par ailleurs, s'il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire ni d'aucun principe que le ministre soit tenu de procéder à une enquête contradictoire au sens de l'article R. 2421-4 cité, il en va autrement lorsque l'inspecteur du travail n'a pas lui-même respecté les obligations de l'enquête contradictoire.

6. En l'espèce, d'une part, il n'est pas contesté que M. F a reçu communication du recours hiérarchique formé par la société Esterra le 31 mai 2019 à l'encontre de la décision du 1er avril 2019 par laquelle l'inspectrice du travail a refusé d'autoriser son licenciement. Il ressort des pièces que le requérant a lui-même versées aux débats qu'il a présenté des observations sur ce recours le 2 juillet 2019 puis qu'il a été entendu les 4 juillet et 21 août suivant par le directeur-adjoint du travail dans les locaux de l'unité régionale de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation du travail et de l'emploi (DIRECCTE) des Hauts-de-France, devenue la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DREETS). Par courrier du 11 octobre 2019, l'administration l'a ensuite invité à produire des observations jusqu'au 29 octobre 2019 sur des éléments nouveaux révélés postérieurement à l'entretien du 4 juillet 2019, ce que l'intéressé a fait par courrier du 17 octobre 2019. Il est en outre constant que, par courrier du 5 décembre 2019, M. F a été invité une nouvelle fois par l'administration à produire des observations, dans un délai d'un mois, selon les dires mêmes du requérant. En réponse à ce courrier, celui-ci a adressé à l'administration de nombreuses pièces par voie électronique, que cette dernière a téléchargées le 16 janvier 2020. Ainsi, contrairement à ce qu'il soutient, l'intéressé a été mis à même par l'administration de présenter des observations sur le recours hiérarchique formé par la société Esterra à l'encontre de la décision de l'inspectrice du travail refusant d'autoriser son licenciement. Il ressort en outre des pièces du dossier et de ce qui vient d'être énoncé que l'administration lui a toujours laissé un délai suffisant pour présenter de telles observations.

7. D'autre part, ainsi qu'il a été dit, il ressort des pièces du dossier que M. F a transmis à l'administration le 16 janvier 2020 de très nombreuses pièces, représentant plusieurs centaines de pages. Contrairement à ce qu'il soutient, la seule circonstance que ces pièces ont été produites 11 jours seulement avant l'édiction de la décision attaquée ne permet pas de présumer que l'administration n'en aurait pas pris connaissance alors même qu'elle les a expressément visées dans la décision litigieuse. Si l'intéressé soutient également que l'organisation du bureau du statut protecteur impliquerait une rédaction des décisions prises sur recours hiérarchique très en amont de leur signature par le chef de bureau, de sorte que l'administration n'aurait matériellement pas pu prendre en compte les pièces produites le 16 janvier 2020 avant le 27 janvier 2020, il n'assortit ses allégations d'aucun élément probant alors que, comme il a déjà été dit, l'administration a visé la production de ces pièces dans la décision en cause. Enfin, la circonstance que ces pièces n'auraient pas été portées à la connaissance de la société Esterra par l'administration ne porte pas atteinte au principe du contradictoire, l'administration étant seulement tenue de communiquer au tiers au profit duquel la décision contestée a créé des droits, en l'occurrence M. F, l'ensemble des éléments sur lesquels elle entend fonder sa décision. Par suite le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté dans toutes ses branches.

En ce qui concerne la légalité interne de la décision attaquée :

8. En vertu des dispositions du code du travail, les salariés légalement investis de fonctions représentatives qui bénéficient, dans l'intérêt des travailleurs qu'ils représentent, d'une protection exceptionnelle, ne peuvent être licenciés qu'avec l'autorisation de l'inspecteur du travail. Lorsque le licenciement d'un de ces salariés est envisagé, il ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées par l'intéressé ou avec son appartenance syndicale. Dans le cas où la demande est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail saisi et, le cas échéant, au ministre compétent, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables à son contrat de travail et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi.

9. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que, pour autoriser le licenciement de M. F, la ministre du travail s'est uniquement fondée sur les faits qu'il est reproché à ce dernier d'avoir commis les 31 octobre 2018 et 27 décembre 2018, relatifs, respectivement, à des menaces et intimidations exercées sur un salarié de la société Triselec, dont les employés travaillent de concert avec ceux de la société Esterra dans la déchèterie de Roubaix, et à des insultes proférées à l'encontre d'un autre salarié de la société Esterra. Par suite, les moyens tirés de ce que les faits de vol reprochés à M. F, initialement retenus par la société Esterra pour solliciter son licenciement et qui se seraient déroulés en juin 2018, seraient prescrits et, en tout état de cause, non établis, sont inopérants et ne peuvent qu'être écartés. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de ce que les faits relatifs à des menaces et insultes proférées à l'encontre d'un salarié de la société Esterra le 8 décembre 2018 et à l'encontre d'un usager le lendemain ne seraient pas établis sont également inopérants et doivent être écartés.

10. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée, ainsi qu'il a été énoncé au point précédent, que, pour autoriser le licenciement de M. F, la ministre du travail s'est notamment fondée sur la circonstance que ce dernier a, le 31 octobre 2018, contraint un employé de la société Triselec, M. C, qu'il soupçonnait d'être l'auteur d'un courrier de juin 2018 le désignant comme coupable d'un vol de vélos destinés au réemploi, à rédiger une attestation dans laquelle il reconnaissait avoir été forcé de rédiger ce courrier, et ce en le menaçant de licenciement et de poursuites pénales en cas de refus d'obtempérer tout en filmant la scène avec son téléphone portable. L'attestation en cause, datée du 15 février 2018, soit à une date antérieure aux faits de juin 2018, mais présentée par les parties comme rédigée par M. C le 31 octobre 2018 et qui mentionne " [Je n'ai] pas vu F vol[er], on m'a demandé de faire un courrier sur F. A aucun moment il m'a filmé, menacé, insulté. Je m'excuse [auprès de] M. F ", ne permet pas, en tant que telle, d'établir qu'elle aurait été obtenue sous la contrainte. En outre, le courrier, présenté par la société Esterra et l'administration comme ayant été rédigé par l'épouse de M. C le 1er novembre 2018, soit le lendemain des faits en cause, exposant les menaces et intimidations subies par M. C pour la rédaction de l'attestation du 31 octobre 2018, demeure d'origine incertaine et ne peut davantage, à lui seul, permettre d'établir les faits en cause. En revanche, il ressort des pièces du dossier que, le 2 novembre 2018, M. C a spontanément déposé une main courante au commissariat de Roubaix dénonçant les menaces dont il a fait l'objet de la part de M. F qui, selon ses déclarations aux services de police, l'a contraint à rédiger une attestation en sa faveur sous peine d'intervenir afin qu'il soit licencié, et ce, en le filmant pendant la rédaction de cette attestation avec son téléphone portable. Il ressort également des pièces du dossier, en particulier de l'attestation du supérieur hiérarchique de M. C, que ce dernier a immédiatement rapporté à sa hiérarchie les faits du 31 octobre 2018, ce qui a nécessité, pour sa sécurité, une affectation dans une autre déchèterie de la région lilloise. L'attestation de la directrice générale de la société Triselec, en date du 23 mai 2019, démontre par ailleurs que M. C a tenu à la direction de sa société des propos constants s'agissant des faits en cause, dénonçant systématiquement le comportement de M. F à son égard. Un membre de la direction de la société Triselec a également déposé, le 16 mai 2019, une deuxième main courante retraçant les faits subis par M. C le 31 octobre 2018. Contrairement à ce que soutient l'intéressé, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette main courante, qui n'est pas le fait de M. C, aurait été déposée sous la contrainte. Dans ces circonstances, les trois attestations émanant de salariés de la société Esterra en poste à la déchèterie de Roubaix à la date des faits litigieux, versées aux débats par M. F, dans lesquelles ces derniers se bornent à indiquer n'avoir pas constaté la présence simultanée du requérant et M. C dans un même bureau au cours de la journée du 31 octobre 2018 ni de comportement inhabituel de celui-ci ce jour-là ne permettent pas de remettre en cause la matérialité des faits reprochés au requérant qui, au regard de ce qui vient d'être énoncé, doivent être regardés comme établis. Par suite, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que l'inspecteur du travail a estimé que les faits reprochés à M. F en date du 31 octobre 2018 étaient établis et revêtaient un caractère fautif.

11. En troisième lieu, quand bien-même M. F ne présentait pas, à la date de la décision attaquée, d'antécédent disciplinaire inscrit dans son dossier, les faits énoncés au point précédent, qui attestent de ce que le requérant a adopté à l'encontre de l'un de ses collègues un comportement particulièrement menaçant contraignant d'ailleurs au déplacement de la victime, décrite par sa hiérarchie comme " terrorisée ", sur une autre déchèterie de la région lilloise, auxquels s'ajoutent les faits, non contestés par le requérant, relatifs à des insultes proférées à l'encontre d'un salarié de la société Esterra le 27 décembre 2018, revêtent un caractère suffisamment grave pour justifier son licenciement.

12. En dernier lieu, si M. F verse aux débats de nombreux courriers adressés à la direction de la société Esterra en qualité de délégué syndical, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces courriers auraient donné lieu à des réponses révélant une quelconque animosité de sa hiérarchie à son encontre ou une critique de ses activités syndicales au sein de la confédération française démocratique du travail (CFDT). Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que la direction de la société Esterra lui aurait reproché d'être à l'initiative d'un mouvement de protestation contre la réorganisation de la déchèterie de Roubaix. En outre, le fait que le requérant ait conclu une transaction avec son employeur relative à un avertissement infligé le 6 novembre 2014 et homologuée par le conseil des prud'hommes de Lille le 2 juillet 2015, ne permet pas de démontrer l'existence d'un acharnement de sa hiérarchie à son égard en raison de ses fonctions syndicales. La circonstance que la cour d'appel de Douai, dans son arrêt du 25 février 2022 ait reconnu l'existence d'un harcèlement moral à son encontre de la part de son ancien supérieur hiérarchique pour la période de 2013 à 2015, sans retenir la discrimination syndicale, ne permet pas davantage d'établir un lien avec la procédure de licenciement pour motif disciplinaire en litige et l'exercice par le requérant de son mandat syndical. Enfin, l'existence d'un tel lien ne saurait être démontrée par la seule production d'un courrier adressé à l'inspectrice du travail par le directeur général de la section CFDT de la métropole lilloise dénonçant le comportement de la société Esterra à l'encontre de M. F. Par suite, la ministre du travail, en estimant que le projet de licenciement du requérant ne présentait pas de lien avec ses fonctions syndicales, n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. F n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 27 janvier 2020 par laquelle la ministre du travail a autorisé son licenciement.

Sur les frais liés au litige :

En ce qui concerne les dépens :

14. En premier lieu, la décision attaquée n'ayant donné lieu à aucun dépens au sens et pour l'application de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, les conclusions de M. F tendant à ce que les dépens soient mis à la charge de l'Etat ne peuvent qu'être rejetées.

En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. F demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

16. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de la société Esterra, présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la société Esterra présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié M. D F, à la société Esterra et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Riou, président,

- Mme Varenne, première conseillère,

- Mme Bruneau, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2022.

Le président,

signé

J-M. RIOU La rapporteure,

signé

M. E

La greffière,

signé

I. BAUDRY

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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