mercredi 27 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2002393 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | STIENNE-DUWEZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 mars 2020 et 9 avril 2021, la société par actions simplifiée unipersonnelle TDP, représentée par Me Stienne-Duwez, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 3 février 2020 par laquelle le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a rejeté son recours gracieux formé à l'encontre de la décision du 18 novembre 2019 par laquelle la même autorité a mis à sa charge la somme de 54 300 euros au titre de la contribution spéciale et celle de 4 248 euros au titre de la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions des 18 novembre 2019 et 3 février 2020 ont été prises par une autorité incompétente ;
- elles sont entachées d'une erreur de fait dès lors qu'elle n'a pas embauché M. F et M. E.
Par un mémoire, enregistré le 7 mai 2020, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 12 mars 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 13 avril 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme G,
- les conclusions de M. Larue, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Lors d'un contrôle d'un chantier situé à Sainghin en Weppes (59) le 6 mai 2019 par les services de police du Nord, il a été constaté en action de travail, en train de peindre, M. C, ressortissant égyptien titulaire d'un titre de séjour italien, et MM. F et E, tous deux de nationalité algérienne, dépourvus de titre les autorisant à travailler en France. Par un courrier du 14 octobre 2019, le directeur général de l'OFII a informé la société requérante de son intention de lui appliquer la contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail et la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement prévue par l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'a invitée à présenter des observations. Le directeur général de l'OFII, lui a appliqué, par une décision du 18 novembre 2019, la contribution spéciale à hauteur de 54 300 euros, pour les trois salariés dépourvus d'autorisation de travail (MM. C, F et E) et la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement pour un montant de 4 248 euros, pour ceux dépourvus également de titre de séjour, à savoir MM. F et E. Le 26 décembre 2019, la société TDP a formé un recours gracieux contre cette décision, réceptionné par l'OFII le 31 décembre suivant, qui a été rejeté le 3 février 2020. Par la présente requête, la société TDP demande l'annulation des décisions du 3 février 2020 et 18 novembre 2019.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la régularité de la sanction :
S'agissant de la décision du 18 novembre 2019 :
2. En premier lieu, la décision en litige a été signée par Mme B D, chef du pôle de veille juridique et de suivi du contentieux, qui, en cette qualité, et en vertu de la décision du directeur général de l'OFII du 3 juillet 2019, régulièrement publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur, est compétente pour prendre toutes décisions au titre de la mise en œuvre de la contribution spéciale et de la contribution forfaitaire. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée manque en fait, et doit, par suite, être écarté.
3. En second lieu, il résulte de l'instruction que les infractions relevées à l'encontre de la société requérante ont été constatées lors d'un contrôle des services de police le 6 mai 2019 et à la suite des auditions des 6 et 13 mai 2019, dans les locaux des services de police, des ressortissants étrangers présents. Si la société requérante soutient que les auditions de ces derniers et par suite, les procès-verbaux d'audition dressés le 6 mai 2019, sont entachés d'irrégularité faute d'avoir été réalisées en présence d'un interprète, cette circonstance, à la supposer établie, ne saurait faire obstacle à ce que les faits incriminés puissent servir de fondement, dès lors qu'ils sont par ailleurs établis, à la mise en œuvre de la contribution spéciale prévue par les articles précités du code du travail et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Au demeurant, il résulte de l'instruction, en particulier du procès-verbal des auditions du 6 mai 2019 de M. C et de M. F, que ces derniers ont été assistés par un interprète en langue arabe, dont la signature est apposée sur le procès-verbal de chaque audition. S'agissant de M. E, son procès-verbal d'audition, par la précision des réponses apportées, montre une maîtrise suffisante de la langue française. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité des auditions doit être écarté.
S'agissant de la décision du 3 février 2020 :
4. Les moyens critiquant les vices propres dont serait entachée une décision rejetant un recours gracieux ne peuvent être utilement invoqués au soutien des conclusions d'une requête également dirigée contre la décision initiale prise par l'administration. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision du 3 février 2020, qui rejette explicitement le recours gracieux formé par la société requérante contre la décision du 18 novembre 2019, aurait été prise par une autorité incompétente est inopérant et doit être écarté.
En ce qui concerne le bien-fondé de la sanction :
5. D'une part, aux termes de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou par personne interposée, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. ". A cet égard, l'article L. 5221-8 du même code prévoit que " l'employeur s'assure auprès des administrations territorialement compétentes de l'existence du titre autorisant l'étranger à exercer une activité salariée en France, sauf si cet étranger est inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi tenue par l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine ".
6. Il appartient au juge administratif, saisi d'un recours contre une décision mettant à la charge d'un employeur la contribution spéciale prévue par les dispositions précitées de l'article L. 8253-1 du code du travail, pour avoir méconnu les dispositions de l'article L. 8251-1 du même code, et la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement prévue par les dispositions précitées de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de vérifier la matérialité des faits reprochés à l'employeur et leur qualification juridique au regard de ces dispositions. Il lui appartient, également, de décider, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, soit de maintenir la sanction prononcée, soit d'en diminuer le montant jusqu'au minimum prévu par les dispositions applicables au litige, soit d'en décharger l'employeur.
S'agissant de M. C :
7. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 8253-1 du code du travail et de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les contributions qu'ils prévoient ont pour objet de sanctionner les faits d'emploi d'un travailleur étranger séjournant irrégulièrement sur le territoire français ou démuni de titre l'autorisant à exercer une activité salariée, sans qu'un élément intentionnel soit nécessaire à la caractérisation du manquement. Toutefois, un employeur ne saurait être sanctionné sur le fondement de ces dispositions, qui assurent la transposition des articles 3, 4 et 5 de la directive 2009/52/CE du Parlement européen et du Conseil du 18 juin 2009 prévoyant des normes minimales concernant les sanctions et les mesures à l'encontre des employeurs de ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, lorsque tout à la fois, d'une part, il s'est acquitté des obligations qui lui incombent en vertu de l'article L. 5221-8 du code du travail et, d'autre part, il n'était pas en mesure de savoir que les documents qui lui étaient présentés revêtaient un caractère frauduleux ou procédaient d'une usurpation d'identité. En outre, lorsqu'un salarié s'est prévalu lors de son embauche de la nationalité française ou de sa qualité de ressortissant d'un Etat pour lequel une autorisation de travail n'est pas exigée, l'employeur ne peut être sanctionné s'il s'est assuré que ce salarié disposait d'un document d'identité de nature à en justifier et s'il n'était pas en mesure de savoir que ce document revêtait un caractère frauduleux ou procédait d'une usurpation d'identité.
8. Il résulte par ailleurs de l'instruction, en particulier du procès-verbal rédigé par les services de police à la suite du contrôle du 6 mai 2019 et des déclarations de M. C lors de son audition le même jour par les services de police, qu'il s'est prévalu lors de son embauche, de ce qu'il était ressortissant italien en fournissant à son employeur une photocopie de son " passeport " et de son " permis de séjour " italien, délivré par la commune de Milan, sans que ce dernier ne lui demande la production de l'original de ce document. Ainsi, contrairement à ce qu'a soutenu son employeur lors de son audition, M. C ne s'est pas prévalu de sa nationalité italienne et n'a produit ni une carte d'identité italienne ni une autorisation de travail. L'employeur a, par ailleurs, reconnu n'avoir effectué, auprès de la préfecture, aucune vérification de l'existence d'un titre autorisant le salarié, ressortissant non communautaire, à travailler. Par suite, c'est à bon droit que le directeur général de l'OFII a mis à la charge de la société requérante, en ce qui concerne l'emploi de ce salarié, la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail.
S'agissant de MM. F et E :
9. La qualification de contrat de travail ne dépend ni de la volonté exprimée par les parties, ni de la dénomination qu'elles ont entendu donner à la convention qui les lie mais des seules conditions de fait dans lesquelles le travailleur exerce son activité. A cet égard, la qualité de salarié suppose nécessairement l'existence d'un lien juridique de subordination du travailleur à la personne qui l'emploie, le contrat de travail ayant pour objet et pour effet de placer le travailleur sous la direction, la surveillance et l'autorité de son cocontractant, lequel dispose de la faculté de donner des ordres et des directives, d'en contrôler l'exécution et de sanctionner les manquements de son subordonné.
10. Il résulte de l'instruction, en particulier des procès-verbaux d'audition du 6 mai 2019 des deux ressortissants algériens, qui comportent leur signature, et dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, qu'ils ont déclaré avoir été recrutés, en qualité de peintre en bâtiment, par M. A qui les accompagne sur le chantier tous les matins, leur donne les instructions quotidiennement et les rémunère. Si la société requérante conteste le lien de subordination avec les ressortissants contrôlés, il résulte de l'instruction, notamment des procès-verbaux d'audition qui retranscrivent les déclarations concordantes des travailleurs étrangers que ces derniers, rémunérés par M. A, ont été recrutés par ce dernier depuis au minimum quinze jours pour une prestation de peinture, réalisée par la société conformément au contrat de sous-traitance, avec des horaires, des jours de travail et les déplacements sur le lieu du chantier effectués par le gérant de la société requérante. Dans ces conditions, les deux ressortissants algériens contrôlés sur un chantier de Sainghin en Weppes doivent être regardés comme étant placés dans un lien de subordination vis à vis de cette société qui détenait la qualité d'employeur conformément aux dispositions de l'article L. 8251-1 du code du travail. Il est par ailleurs constant qu'ils ne disposaient ni de titre de séjour les autorisant à séjourner sur le territoire ni de titre les autorisant à travailler. Par suite, c'est également à bon droit que le directeur général de l'OFII a mis à la charge de la société requérante, en ce qui concerne l'emploi de ces salariés, la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail.
11. Il résulte de ce qui précède que la société TDP n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions des 18 novembre 2019 et 3 février 2020 par lesquelles le directeur général de l'OFII a mis à sa charge les sommes de 54 300 euros au titre de la contribution spéciale pour l'emploi irrégulier d'un travailleur étranger et de 4 428 euros au titre de la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement.
Sur les frais liés à l'instance :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'OFII, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à la société TDP la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société par actions simplifiée unipersonnelle TDP est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée unipersonnelle TDP et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 6 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
M. Riou, président,
Mme Varenne, première conseillère,
Mme Bruneau, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juillet 2022.
La rapporteure,
signé
M. Bruneau
Le président,
signé
J.-M. Riou
La greffière,
signé
C. Vieillard
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026