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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2002634

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2002634

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2002634
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDANSET-VERGOTEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 mars 2020, M. D, représenté par Me Danset-Vergoten, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 janvier 2020 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour mention " salarié " ;

3°) d'enjoindre à ce préfet de lui délivrer un titre de séjour en qualité de salarié dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa demande ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués dans la requête n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code du travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu le rapport de M. C au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant nigérian né le 20 octobre 1982 à Kaduna (Nigéria), déclare être entré en France le 21 juillet 2012, démuni de tout document d'identité et de visa régulièrement délivré. Sa demande d'asile a été rejetée le 12 février 2013 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), décision confirmée en appel le 20 mai 2014 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). M. D s'est ensuite vu délivrer une autorisation provisoire de séjour valable du 4 août 2016 au 6 septembre 2016 et d'une carte de séjour temporaire valable du 24 janvier 2017 au 23 juillet 2017 en raison de son état de santé. Il a fait l'objet le 29 novembre 2019, d'une mesure portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire. Le 21 février 2019, il a déposé une demande de titre de séjour en qualité de salarié. Par arrêté du 20 janvier 2020, le préfet du Nord lui en a refusé la délivrance. Par la requête présente, M. D demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des circonstances de fait relatives à la situation de l'intéressé, énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, en visant notamment les articles pertinents du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du code du travail et en évoquant les conditions d'entrée et de séjour du requérant sur le territoire, l'emploi occupé pour lequel une autorisation de travail a été demandée, les courriers de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE), ainsi que ses attaches en France et dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort des termes mêmes de la décision, qu'outre le courrier de la DIRECCTE du 26 juin 2019 faisant état de pièces manquantes dans son dossier de demande d'autorisation de travail, le préfet du Nord a tenu compte de la production par M. D d'un " contrat à durée indéterminée " et de " l'absence de visa long séjour ", s'agissant de sa situation professionnelle, puis a examiné le droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir que le préfet s'est estimé en situation de compétence liée pour lui refuser le titre de séjour sollicité et a, ce faisant, commis une erreur de droit. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

4. En troisième lieu, en vertu des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. /La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. / () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : / () / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ". Et aux termes des dispositions de l'article R. 5221-20 du code du travail : " L'autorisation de travail est accordée lorsque la demande remplit les conditions suivantes : / 1° S'agissant de l'emploi proposé : / a) Soit cet emploi relève de la liste des métiers en tension prévue à l'article L. 421-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et établie par un arrêté conjoint du ministre chargé du travail et du ministre chargé de l'immigration ; / b) Soit l'offre pour cet emploi a été préalablement publiée pendant un délai de trois semaines auprès des organismes concourant au service public de l'emploi et n'a pu être satisfaite par aucune candidature répondant aux caractéristiques du poste de travail proposé ; / () / 4° La rémunération proposée est conforme aux dispositions du présent code sur le salaire minimum de croissance ou à la rémunération minimale prévue par la convention collective applicable à l'employeur ou l'entreprise d'accueil ; / () ".

5. Il résulte de l'instruction que le préfet s'est notamment fondé sur la circonstance que le contrat de M. D ne prévoyait pas une rémunération au moins égale au salaire minimum de croissance (SMIC) en vigueur à la date de sa demande d'autorisation, les bulletins de paye transmis au préfet ne faisant apparaitre une rémunération supérieure au SMIC qu'aux mois de mars et mai 2019, sur la période 2018-2019. Dans ces conditions, le préfet n'a pas commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article R. 5221-20 (4°) précitées du code du travail.

6. En cinquième et dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. D déclare être arrivé en France au cours de l'année 2012 et résidé sur le territoire national depuis lors. Il est le père d'un enfant né en 2017 en France à l'entretien et à l'éducation duquel il n'établit pas contribuer. Il se déclare lui-même célibataire, et n'établit pas l'existence d'une communauté de vie avec la mère de cet enfant. Dans ces conditions, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent, par suite, être écartés.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision qu'il conteste.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

9. L'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions de la requête aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme quelconque soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D et au préfet du Nord.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 5 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. Bauzerand, président,

M. Even, premier conseiller,

Mme Piou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

Le président-rapporteur,

signé

Ch. CL'assesseur le plus ancien,

signé

P. Even

La greffière,

signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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