lundi 31 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2002705 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET JONES DAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 30 mars 2020, les 5 mars et
24 septembre 2021 et le 6 décembre 2022, la société Lubrizol France, représentée par
Me Labrousse, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 29 septembre 2019 par lequel le préfet du Nord a édicté des restrictions sanitaires de mise sur le marché de productions alimentaires d'origine animale et végétale, l'arrêté du 2 octobre 2019 abrogeant cet arrêté et édictant de nouvelles restrictions sanitaires, l'arrêté du 14 octobre 2019 levant les restrictions de l'arrêté du 2 octobre 2019 relatives aux activités agricoles concernant le lait et les produits laitiers, l'arrêté du 19 octobre 2019 abrogeant l'arrêté du 2 octobre 2019 ainsi que la décision implicite rejetant son recours gracieux dirigé contre ces arrêtés.
Elle soutient que :
- elle justifie d'un intérêt à agir à l'encontre des arrêtés contestés ;
- la décision implicite rejetant son recours gracieux est entachée d'un défaut de motivation ;
- les arrêtés préfectoraux sont entachés d'erreurs de fait ;
- ils sont entachés d'erreur de droit dès lors que les restrictions imposées n'étaient pas nécessaires ;
- ils méconnaissent l'article 7 du règlement européen n°178/2002 dès lors que les restrictions imposées étaient disproportionnées au regard des critères prévus par ces dispositions et de l'exigence de proportionnalité qui s'attache aux mesures de police administrative ;
- ils sont entachés d'erreur d'appréciation ;
- ils sont entachés d'une contradiction dans leurs motifs ;
- ils sont entachés de détournement de pouvoir ;
- ils méconnaissent l'objectif constitutionnel de clarté, d'intelligibilité et d'accessibilité de la norme.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 décembre 2020, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête n'est pas recevable, en raison de l'absence d'intérêt à agir de la société requérante qui n'est pas concernée par les restrictions édictées par les arrêtés litigieux, ceux-ci ne lui imputant pas la responsabilité de l'incendie du 26 septembre 2019, et alors que la circonstance qu'ils lui causeraient un préjudice n'est pas de nature à lui conférer un intérêt à agir ;
- les moyens soulevés par la société Lubrizol France ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Chevaldonnet,
- les conclusions de M. Babski, rapporteur public,
- et les observations de Me Tarantino, substituant Me Labrousse et représentant la société Lubrizol France.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 29 septembre 2019, le préfet du Nord a édicté des restrictions sanitaires de mise sur le marché de productions alimentaires d'origine animale et végétale produites sur la zone impactée par les retombées de suies des fumées résultant d'un incendie survenu le 26 septembre 2019 à Rouen. Puis par un arrêté du 2 octobre 2019, il a abrogé son arrêté du 29 septembre 2019 et édicté de nouvelles restrictions sanitaires. Par un nouvel arrêté du 14 octobre 2019, le préfet du Nord a levé les restrictions sanitaires concernant le lait et les produits laitiers édictées le 2 octobre 2019. Enfin, par un arrêté du 19 octobre 2019, il a abrogé son arrêté du 2 octobre 2019 dans toutes ses dispositions. Le recours gracieux présenté le 27 novembre 2019 par la société Lubrizol France tendant au retrait de ces différents arrêtés a par ailleurs été implicitement rejeté par le préfet du Nord. Par sa requête, la société Lubrizol France demande au tribunal d'annuler l'ensemble de ces décisions.
Sur les conclusions dirigées contre les arrêtés préfectoraux des 29 septembre et
2 octobre 2019 :
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que les restrictions sanitaires litigieuses, prises à l'égard d'exploitants agricoles, définis aux articles 4 et 5 des arrêtés préfectoraux des 29 septembre et 2 octobre 2019 comme " toute personne exerçant à titre habituel des activités réputées agricoles et produisant, au stade de la production primaire, des denrées alimentaires, des produits destinés à l'alimentation animale ou des aliments pour animaux d'origine végétale ", ont pour objet de consigner, " à titre conservatoire ", certaines productions animales et végétales " en raison de la suspicion de contamination liée à [des] retombées de suies et de fumées " et d'interdire leur mise sur le marché dans l'attente d'une levée de cette consignation. Eu égard à l'objet de ces restrictions et à la nature des activités de la société Lubrizol France, qui ne produit ni ne commercialise les denrées agricoles en cause, cette dernière ne peut être regardée comme destinataire des arrêtés attaqués ou associée, directement ou indirectement, à leur mise en œuvre. Dans ces conditions, l'intérêt à agir d'un requérant s'appréciant au regard de l'objet des dispositions qu'il attaque et non du contenu de ces dispositions, la société Lubrizol ne peut être regardée comme disposant d'un intérêt à agir suffisamment direct et certain à l'encontre des arrêtés contestés en raison de leur contenu.
3. En deuxième lieu, si ces arrêtés relèvent dans leurs intitulés " les retombées de suies de fumées de l'incendie de l'usine Lubrizol " et relèvent dans leurs motifs " qu'un incendie conséquent s'est déclaré dans l'usine Lubrizol ; ICPE classée SEVESO seuil haut située à Rouen, au 25 quai de France, et qu'il est à l'origine de retombées de suie consécutives à un panache de fumée ", ces indications se bornent à se référer au lieu de l'incendie dont les retombées ont justifié des restrictions sanitaires et n'ont ni pour objet ni pour effet de se prononcer sur la cause matérielle de l'incendie ou d'en imputer, en tout ou partie la responsabilité à la société Lubrizol France. Celle-ci ne saurait donc utilement faire valoir que les arrêtés litigieux lui imputent la responsabilité de l'incendie survenu le 26 septembre 2019.
4. En troisième lieu, la société requérante soutient que l'agent judiciaire de l'Etat l'a assignée à titre récursoire devant le tribunal judiciaire de Rouen en vue de sa condamnation et celle de la société Normandie Logistique, in solidum, suite à un jugement du tribunal administratif de Rouen du 23 juillet 2021 condamnant l'Etat, sur le seul fondement de la responsabilité sans faute pour rupture d'égalité devant les charges publiques du fait des lois, à indemniser un agriculteur de son préjudice économique résultant des restrictions prescrites par des arrêtés similaires émanant du préfet de Seine-Maritime. De tels éléments ne sont pas de nature à conférer à la société Lubrizol France un intérêt à agir à l'encontre d'arrêtés émanant du préfet du Nord, qui ainsi qu'il a été dit ci-dessus n'ont ni pour objet ni pour effet de lui imputer la responsabilité de la survenance de l'incendie du 26 septembre 2019. Il en est de même au demeurant en ce qui concerne l'assignation en cause qui conclut à ce qu'il soit sursis à statuer jusqu'à la fin de l'instruction pénale en cours qui " permettra de déterminer le lieu de départ précis de l'incendie, et par conséquent, le responsable de l'incendie () ".
5. En quatrième lieu, la société requérante invoque l'existence d'un préjudice financier tenant à l'existence de nombreuses réclamations financières qui lui ont été adressées par des sociétés agricoles ou agroalimentaires ayant dû détruire une partie de leur production en application des arrêtés litigieux, arrêtés qui les auraient induites en erreur en ce qui concerne l'origine de l'incendie en raison de leur rédaction. Toutefois, dès lors que, comme il l'a été dit au point 3, les arrêtés litigieux n'ont ni pour objet ni pour effet d'imputer à la société Lubrizol France la responsabilité de la survenance de l'incendie, la société ne saurait utilement se prévaloir de telles réclamations pour justifier de son intérêt à agir. En tout état de cause, la circonstance que les mentions des arrêtés litigieux auraient induit le public en erreur ne suffit pas non plus à lui conférer un tel intérêt, la société ne produisant par ailleurs aucune réclamation financière émanant de sociétés ou d'exploitations agricoles implantées dans le département du Nord et qui auraient dû procéder à la destruction de leur production en application des seuls arrêtés préfectoraux en litige.
6. Il résulte de ce qui précède qu'eu égard, d'une part, à l'objet des arrêtés préfectoraux des 29 septembre, et 2 octobre 2019 et, d'autre part, à celui des conclusions présentées par la société Lubrizol France, qui ne tendent pas à l'occultation des mentions la concernant mais à l'annulation de tout ou partie de ces arrêtés, la société requérante ne justifie pas d'un intérêt suffisamment direct et certain pour demander l'annulation des deux arrêtés préfectoraux en cause.
Sur les conclusions dirigées contre les arrêtés préfectoraux des 14 et 19 octobre 2019 :
7. En premier lieu, et pour les mêmes motifs que ceux énoncés ci-dessus, la société requérante ne peut être regardée comme destinataire des arrêtés attaqués ou associée, directement ou indirectement, à leur mise en œuvre. Si des réclamations ont été adressées à la société Lubrizol France par des exploitants agricoles à raison de l'application des arrêtés litigieux, les arrêtés du 14 et du 19 octobre ont respectivement pour objet de lever les restrictions édictées par l'arrêté du 2 octobre 2019 " concernant le lait et les produits laitiers " et d'abroger en toutes ses dispositions ce même arrêté. Au demeurant et ainsi qu'il a été di ci-dessus, la société ne justifie pas de l'existence de réclamation émanant d'exploitations agricoles implantées dans le Nord.
8. En deuxième lieu, si les arrêtés litigieux comportent les mêmes mentions que celles énoncées au point 3, ces indications se bornent, ainsi qu'il a été dit, à se référer au lieu de l'incendie dont les retombées ont justifié les restrictions sanitaires, et n'ont pas pour objet ni pour effet de se prononcer sur le lieu exact de déclenchement de l'incendie, sa cause matérielle ou d'en imputer, en tout ou partie, la responsabilité à la société Lubrizol France.
9. Il résulte de ce qui précède qu'eu égard, d'une part, à l'objet des arrêtés préfectoraux des 14 et 19 octobre 2019 et, d'autre part, à l'objet des conclusions présentées par la société Lubrizol France, qui ne tendent pas à l'occultation des mentions la concernant mais à l'annulation de tout ou partie de ces arrêtés, la société requérante ne justifie pas d'un intérêt à agir suffisamment direct et certain à leur encontre.
10. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'accueillir la fin de non-recevoir opposée par le préfet du Nord tirée du défaut d'intérêt à agir de la société Lubrizol France et, par suite, de rejeter les conclusions à fin d'annulation des arrêtés préfectoraux des 19 septembre, 2, 14 et 19 octobre 2019 en tant qu'elles sont irrecevables et, par voie de conséquence, de la décision implicite rejetant son recours gracieux formé contre ces arrêtés,
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société Lubrizol France doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Lubrizol France est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Lubrizol France, au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet du Nord.
Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Chevaldonnet, président,
- Mme Grard, première conseillère,
- Mme Leclère, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 juillet 2023.
Le président-rapporteur,
signé
B. CHEVALDONNETL'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
signé
E. GRARD
Le président-rapporteur,
Signé
B. CHEVALDONNET
L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
Signé
L. ALLART
Le président-rapporteur,
Signé
B. CHEVALDONNET
L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
Signé
L. ALLART
La greffière,
signé
J. DEREGNIEAUX
La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026