mardi 23 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2002763 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | STIENNE-DUWEZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 2 avril 2020, le 31 juillet 2020 et 3 octobre 2022, ce dernier n'ayant pas été communiqué, Mme B A, représentée par Me Stienne-Duwez, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 18 février 2020 par laquelle du président du centre communal d'action sociale de Sainghin-en-Weppes lui a refusé le bénéfice de la protection fonctionnelle ;
2°) d'enjoindre au centre communal d'action sociale (CCAS) de Sainghin-en-Weppes de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle, dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, en application des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative ;
3°) de mettre à la charge du CCAS de Sainghin-en-Weppes une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'auteur de la décision attaquée est incompétent ;
- la décision attaquée est entachée d'erreur d'appréciation quant au harcèlement moral qu'elle a subi.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mai 2020, le centre communal d'action sociale de Sainghin-en-Weppes, représenté par Me Marcilly, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 24 août 2020, la clôture d'instruction a été fixée au 24 septembre 2020.
Par une décision du 6 juillet 2020, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à 55 %.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Guyard,
- les conclusions de Mme Allart, rapporteure publique,
- et les observations de Me Fillieux, substituant Me Marcilly, représentant le centre communal d'action sociale de Sainghin-en-Weppes.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, adjointe administrative territoriale, employée par le centre communal d'action sociale (CCAS) de Sainghin-en-Weppes, a sollicité, le 18 janvier 2020, le bénéfice de la protection fonctionnelle à raison des faits de harcèlement moral dont elle estime avoir été victime. Par une décision du 18 février 2020, le président du centre communal d'action sociale a refusé de faire droit à cette demande. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 123-23 du code de l'action sociale et des familles : " Le président du conseil d'administration prépare et exécute les délibérations du conseil ; il est ordonnateur des dépenses et des recettes du budget du centre. Il nomme les agents du centre. / Il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer une partie de ses fonctions ou sa signature au vice-président et au directeur. / Le président du conseil d'administration nomme à l'emploi de directeur du centre d'action sociale. Celui-ci assiste aux réunions du conseil d'administration et de sa commission permanente et en assure le secrétariat ".
3. En l'espèce, la décision attaquée a été signée par le président du CCAS, lequel était compétent pour ce faire, en application des dispositions précitées du code de l'action sociale et des familles. Par suite, le moyen tiré du vice d'incompétence doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 quinquiès de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. / () ". Aux termes de l'article 11 de cette loi, dans sa version alors en vigueur : " I.-A raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, le fonctionnaire ou, le cas échéant, l'ancien fonctionnaire bénéficie, dans les conditions prévues au présent article, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire. / () / IV.- La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. / () ".
5. D'une part, ces dispositions établissent à la charge de l'administration une obligation de protection de ses agents dans l'exercice de leurs fonctions, à laquelle il ne peut être dérogé que pour des motifs d'intérêt général. Cette obligation de protection a pour objet, non seulement de faire cesser les attaques auxquelles l'agent est exposé, mais aussi d'assurer à celui-ci une réparation adéquate des torts qu'il a subis. La mise en œuvre de cette obligation peut notamment conduire l'administration à assister son agent dans l'exercice des poursuites judiciaires qu'il entreprendrait pour se défendre. Il appartient dans chaque cas à l'autorité administrative compétente de prendre les mesures lui permettant de remplir son obligation vis-à-vis de son agent, sous le contrôle du juge et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.
6. D'autre part, il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral, lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral.
7. Mme A soutient qu'elle a été victime de faits de harcèlement moral de la part des représentants du CCAS. Elle indique qu'elle a refusé à plusieurs reprises de rédiger des attestations en défaveur de ses collègues, qu'elle a été écartée du groupe et que ses faits et gestes sont surveillés, notamment ses allées et venues et ses pauses, que sa session de travail nominative sur ordinateur a été visitée puis bloquée, et son travail modifié, qu'elle a reçu des objectifs de plus en plus courts, consistant en des ordres et contrordres, et enfin, qu'elle a essuyé des réflexions ironiques faites en public sur ses tenues vestimentaires. Elle fait valoir par ailleurs qu'elle se trouve, depuis le 4 mai 2017, en arrêt de travail pour troubles anxio-dépressifs liés à ces agissements, et qu'elle n'est rendue destinataire d'aucune des informations destinées aux agents, pas plus que des compte-rendus du comité technique et du comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail, malgré ses demandes, depuis cette date. Enfin, elle se prévaut de ce qu'elle a porté plainte pour les faits en question et a été entendue par les services de gendarmerie nationale, et de ce qu'elle s'est également constituée partie civile dans le cadre d'une information concernant le directeur général de services et la municipalité de Sainghin-en-Weppes.
8. Au soutien de sa requête, Mme A produit le procès-verbal de son audition, réalisée le 28 août 2018, dans le cadre de l'information judiciaire ouverte contre le directeur général des services de la commune et la municipalité, pour des faits de harcèlement moral commis entre 2015 et 2018, ainsi qu'une attestation établie le 16 décembre 2019 par un agent employé au service " Associations Fêtes et Cérémonies " de la commune de novembre 2016 à mai 2018, qui fait état d'une réunion organisée " en avril 2017 ", regroupant des responsables de service de la commune et Mme A, au cours de laquelle le travail de Mme A aurait été violemment critiqué. Cependant, la requérante n'apporte aucun élément matériel ni témoignages de tiers qui viendraient corroborer les déclarations faites par elle devant les services de police, hors l'attestation du 16 décembre 2019, qui se borne à des allégations imprécises et génériques, non datées et non nominativement attribuées, relatives au demeurant à un fait isolé, et qui est, dès lors, insuffisante à laisser présumer l'existence des faits de harcèlement moral dont Mme A s'estime victime de la part du directeur général des services (DGS) de la commune et du maire, président du CCAS. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision lui refusant le bénéfice de la protection fonctionnelle à raison du harcèlement moral dont elle s'estime victime serait entachée d'une erreur d'appréciation.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 18 février 2020 par laquelle le président du CCAS de Sainghin-en-Weppes a refusé à Mme A le bénéfice de la protection fonctionnelle doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction de lui accorder cette protection.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que le CCAS de Sainghin-en-Weppes, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Mme A la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme A une somme à verser au CCAS de Sainghin-en-Weppes au titre de ces mêmes dispositions.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : les conclusions présentées par le CCAS de Sainghin-en-Weppes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre communal d'action sociale de Sainghin-en-Weppes.
Délibéré après l'audience du 28 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Leguin, présidente,
Mme Guyard, première conseillère,
M. Borget, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2023.
La rapporteure,
signé
S. GUYARD
La présidente,
signé
A-M. LEGUIN
La greffière,
signé
S. SING
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026