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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2002825

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2002825

vendredi 29 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2002825
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantSELARL RESSOURCES PUBLIQUES AVOCATS

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. E,

- les conclusions de Mme Stefanczyk, rapporteure publique,

- et les observations de Me Stienne-Duwez, pour la requérante, et de Me Marcilly, pour la commune de Sainghin-en-Weppes.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a été recrutée par la commune de Sainghin-en-Weppes, en qualité d'ingénieur territorial, à compter du 4 août 2014, pour occuper le poste de directeur des services techniques. Par courrier reçu le 19 décembre 2015, Mme A a été informée qu'une procédure disciplinaire était envisagée à son encontre. Après avoir recueilli l'avis du conseil de discipline qui s'est prononcé le 8 juillet 2016, le maire de Sainghin-en-Weppes a infligé à la requérante la sanction d'exclusion temporaire des fonctions d'une durée de huit jours par la décision contestée du 28 février 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui vise les textes applicables, énonce avec suffisamment de précisions les circonstances de droit et de fait qui constituent le fondement de la sanction. Elle indique qu'il est reproché à Mme A des manquements au devoir d'obéissance et au devoir de réserve. Ces fautes sont précisées par la citation de l'avis du conseil de discipline du 8 juin 2016. Dès lors, cette décision est suffisamment motivée au regard des exigences posées par l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen doit être écarté.

3. En deuxième lieu, si Mme A soutient que son employeur a violé le " principe général du droit au délai raisonnable en matière disciplinaire ", aucun texte ni aucun principe général du droit n'enfermait dans un délai déterminé l'exercice de l'action disciplinaire à l'égard d'un fonctionnaire jusqu'à l'intervention de la loi du 20 avril 2016 relative à la déontologie et aux droits et obligation des fonctionnaires qui a modifié l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983.

4. A ce titre, aux termes de cet article 19, dans sa version applicable à la date de la décision attaquée : " Le pouvoir disciplinaire appartient à l'autorité investie du pouvoir de nomination. / Aucune procédure disciplinaire ne peut être engagée au-delà d'un délai de trois ans à compter du jour où l'administration a eu une connaissance effective de la réalité, de la nature et de l'ampleur des faits passibles de sanction. En cas de poursuites pénales exercées à l'encontre du fonctionnaire, ce délai est interrompu jusqu'à la décision définitive de classement sans suite, de non-lieu, d'acquittement, de relaxe ou de condamnation. Passé ce délai et hormis le cas où une autre procédure disciplinaire a été engagée à l'encontre de l'agent avant l'expiration de ce délai, les faits en cause ne peuvent plus être invoqués dans le cadre d'une procédure disciplinaire. () ".

5. Par courrier reçu le 19 décembre 2015, Mme A a été informée qu'une procédure disciplinaire était envisagée à son encontre pour des faits commis au cours de cette année. En outre, la commune de Sainghin-en-Weppes lui a indiqué, par lettre du 10 mai 2017, qu'une sanction d'exclusion temporaire de huit jours serait prise à son encontre à son retour de congé maladie. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que cette procédure aurait été engagée au-delà d'un délai de trois ans à compter du jour où l'administration a eu connaissance effective de de la réalité, de la nature et de l'ampleur des faits passibles de sanction. Par suite, le moyen doit être écarté en ses deux branches.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire () ". Aux termes de l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : / () Deuxième groupe : l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de quatre à quinze jours () ".

7. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

8. En l'espèce, il est reproché à Mme A des manquements au devoir d'obéissance hiérarchique et au devoir de réserve. Plus précisément, la commune de Sainghin-en-Weppes indique que l'agent a outrepassé ses pouvoirs qui lui sont délégués en signant un devis, qu'elle ne respecte pas les consignes du directeur général des services (DGS) et que son comportement a occasionné au cours de réunions des altercations et des tensions avec les agents des services techniques et administratifs.

9. Mme A conteste la matérialité de ces faits. Il ressort des pièces du dossier que la requérante a apposé sa signature et la mention " bon pour accord " sur un devis d'une société daté du 29 juillet 2015, alors qu'il est constant que les commandes de matériel ne font pas partie de ses attributions. Le grief tiré de ce que Mme A a outrepassé les pouvoirs qui lui étaient délégués est ainsi établi. S'agissant du grief tiré du non-respect des consignes données par le DGS, la commune de Sainghin-en-Weppes fait valoir que la requérante a envoyé à M. D deux courriels les 6 juillet 2015 et 28 juillet 2015, dont les agents du service technique étaient en copie, dans lesquels elle remet en cause les choix du directeur. Il ressort des pièces du dossier que le courriel du 6 juillet 2015 était destiné à alerter la direction sur la surcharge de travail des services techniques alors que celui du 30 juillet 2015 fait part des difficultés des services techniques pour la manipulation d'archives. Si le contenu de ces courriels ne comporte pas de manquement, Mme A a mis en copie de ses courriels adressés au DGS les agents de son service ainsi que des élus de la municipalité afin de les informer des difficultés rencontrées par la direction des services techniques. En outre, Mme A s'est permise de convier à une réunion de service qui s'est tenue le 6 octobre 2015 l'un des agents de son service qui n'y était pas invité. Cette attitude ne constitue pas un non-respect des consignes données par un supérieur hiérarchique mais plutôt un comportement inapproprié destiné à mettre le DGS dans une situation difficile vis-à-vis des agents techniques et des élus. Il en est de même pour la communication téléphonique du 7 octobre 2015 entre le DGS et Mme A à propos d'un choix de gestion du personnel que la requérante a rendu publique en faisant écouter la conversation par les personnes présentes dans son bureau, dont l'adjoint à l'urbanisme, comme en atteste l'attestation du 15 mars 2016 de M. B que la requérante produit. Le manquement, bien qu'il nécessite d'être requalifié, est dès lors établi. Enfin, pour établir le manquement tiré de ce que Mme A provoque des altercations et des tensions, la commune de Sainghin-en-Weppes produit des attestations des 19 mai 2016, 20 mai 2016, 7 juin 2016 et 8 juin 2016 qui indiquent que Mme A est désorganisée, débordée, agressive et provoque des altercations avec ses agents ou ses supérieurs. Enfin, si la requérante soutient que ces attestations ne répondent pas au formalisme imposé par l'article 202 du code de procédure civile, cette circonstance n'a aucune incidence sur l'établissement de la matérialité des faits devant le juge administratif.

10. Il résulte de ce qui précède que les manquements reprochés à Mme A sont établis et constituent des fautes de nature à justifier l'application d'une sanction disciplinaire. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

11. Compte tenu de la répétition des faits commis par Mme A sur une courte période et alors mêmes que l'agent n'a jamais été sanctionné auparavant, la sanction de l'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de huit jours ne présente pas un caractère disproportionné aux fautes qu'elle a commises. Dès lors, le moyen doit être écarté.

12. En dernier lieu, si Mme A soutient que la sanction attaquée est entachée d'un détournement de pouvoir, elle ne l'établit pas.

13. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 28 février 2020. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation de la décision attaquée doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par la commune.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

14. Ces dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune de Sainghin-en-Weppes, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais de justice. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme A une somme au titre des frais exposés par la commune de Sainghin-en-Weppes et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Sainghin-en-Weppes au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la commune de Sainghin-en-Weppes.

Délibéré après l'audience du 11 juillet 2022 à laquelle siégeaient :

- M. Marjanovic, président,

- M. Vandenberghe, premier conseiller,

- M. Caustier, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juillet 2022.

Le rapporteur,

Signé

G. ELe président,

Signé

V. MARJANOVIC

Le greffier,

Signé

D. WISNIEWSKI

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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