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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2002827

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2002827

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2002827
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP GROS-HICTER ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et un mémoire récapitulatif enregistrés les 2 avril, 16 octobre et 30 novembre 2020 et 8 décembre 2022, M. B demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 novembre 2019 par lequel le maire de la commune d'Auxi-le-Château s'est opposé à la déclaration préalable n° DP 062 060 19 00029 portant sur l'installation d'un ouvrage de radio émission sur la parcelle cadastrée section AR n° 108 dont il est propriétaire, située 13 rue de Noeux sur le territoire communal, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Auxi-le-Chateau la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'absence d'une notification d'une décision expresse d'opposition aux travaux dans le délai d'instruction a fait naître une décision implicite de non-opposition aux travaux conformément aux dispositions de l'article L. 424-2 du code de l'urbanisme et celle-ci ne pouvait légalement être retirée en application de l'article L. 424-5 de ce code ; la décision attaquée constitue une décision irrégulière de retrait de cette décision tacite de non-opposition ; la demande de pièce complémentaire ayant été formulée tardivement, elle n'a pu avoir pour effet de proroger le délai d'instruction à l'expiration duquel une décision de non-opposition tacite est née ;

- c'est à tort que l'architecte des Bâtiments de France a été consulté eu égard aux caractéristiques du projet objet de la demande d'autorisation préalable ; en outre, cet avis est irrégulier en ce qu'il n'est pas assorti de prescriptions portant sur les travaux projetés ;

- la décision attaque est entachée d'erreur de droit en méconnaissance des dispositions de l'article R. 421-2 du code de l'urbanisme eu égard à la faible importance du projet, celui-ci était dispensé de toute formalité d'urbanisme ;

- le maire a entaché sa décision d'erreur d'appréciation en considérant que le terrain d'assiette du projet, situé dans le périmètre de protection de l'Eglise Saint-Martin classée aux monuments historiques, est situé dans le champ de visibilité de cet édifice ;

- la décision attaquée porte atteinte à la loi sur la liberté de communication du 30 septembre 1986.

Par des mémoires en défense enregistrés les 28 juillet 2020 et 5 janvier 2023, la commune d'Auxi-le-Château, représentée par la SCP Manuel Gros, Héloïse Hicter et associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge du requérant au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable en l'absence de recours préalable exercé sur le fondement de l'article R. 424-14 du code de l'urbanisme ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 13 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 30 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Zoubir,

- les conclusions de Mme Allart, rapporteure publique,

- et les observations de Me Chavda, représentant la commune d'Auxi-le-Château.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, membre du réseau des émetteurs français (REF), association regroupant des radioamateurs, est titulaire d'une licence radioamateur délivrée par l'Agence nationale des fréquences (ANFR), pour l'utilisation d'une station du service radioamateur installée au 13 rue de Noeux à Auxi-le-Château (Pas-de-Calais). Il a déposé auprès des services d'urbanisme de la commune, le 13 juillet 2019, une déclaration préalable de travaux enregistrée sous le n° DP 062 060 19 00029 en vue de l'installation sur sa propriété d'un ouvrage de radio émission consistant en un pylône de 12 mètres. Par arrêté du 20 novembre 2019, notifié le 21 novembre 2019, le maire s'est opposé à cette déclaration préalable. M. B a exercé contre cet arrêté un recours gracieux notifié le 23 décembre 2019 à la commune, qui a fait naître une décision implicite de rejet. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté et de la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur la requalification juridique de l'arrêté du 20 novembre 2019 et l'existence d'une autorisation tacite :

2. Aux termes de l'article R. 423-23 du code de l'urbanisme : " Le délai d'instruction de droit commun est de : / a) Un mois pour les déclarations préalables () ". S'agissant du dépôt et de l'instruction des déclarations préalables, l'article R. 423-22 du code de l'urbanisme prévoit que " () le dossier est réputé complet si l'autorité compétente n'a pas, dans le délai d'un mois à compter du dépôt du dossier en mairie, notifié au demandeur ou au déclarant la liste des pièces manquantes dans les conditions prévues par les articles R. 423-38 et R. 423-41 ". L'article R. 423-41 du même code dispose que " Une demande de production de pièce manquante notifiée après la fin du délai d'un mois prévu à l'article R*423-38 ou ne portant pas sur l'une des pièces énumérées par le présent code n'a pas pour effet de modifier les délais d'instruction définis aux articles R*423-23 à R*423-37-1 et notifiés dans les conditions prévues par les articles R*423-42 à R*423-49 ". Aux termes de l'article R. 424-1 de ce code : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : / a) Décision de non-opposition à la déclaration préalable () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que la déclaration préalable de M. B a été enregistrée le 13 juillet 2019 par les services de la commune et que le délai d'instruction de droit commun expirait le 13 août 2019. Si la commune fait valoir qu'elle a adressé au requérant une lettre datée du 12 août 2019, par laquelle elle sollicitait la communication de pièces manquantes et l'informait de ce que le délai d'instruction de sa demande serait porté à deux mois, compte tenu de la nécessité de recueillir l'avis de l'architecte des Bâtiments de France, il n'est toutefois pas établi que ce courrier aurait été régulièrement notifié au requérant dans le délai d'un mois prévu par les dispositions précitées du code de l'urbanisme et dans les conditions définies à l'article R. 423-46 du même code. L'accusé de réception produit en défense par la commune et qui porte le cachet de la poste à la date du 13 août, ne comporte aucune adresse ni destinataire, et le requérant conteste avoir reçu ce document. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que le délai d'instruction n'a pas été régulièrement prorogé et qu'il était bien titulaire d'une décision tacite de non-opposition à sa déclaration préalable, acquise le 14 août 2019, en application des dispositions du a) de l'article R. 424-1 du code de l'urbanisme.

4. Il en résulte que l'arrêté attaqué du 20 novembre 2019 doit être regardé comme constituant une décision de retrait de la décision de non-opposition tacite née le 14 août 2019.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense par la commune d'Auxi-le-Château :

5. Aux termes de l'article L. 621-30 du code du patrimoine : " I. - Les immeubles ou ensembles d'immeubles qui forment avec un monument historique un ensemble cohérent ou qui sont susceptibles de contribuer à sa conservation ou à sa mise en valeur sont protégés au titre des abords. / La protection au titre des abords a le caractère de servitude d'utilité publique affectant l'utilisation des sols dans un but de protection, de conservation et de mise en valeur du patrimoine culturel. / II. - La protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, situé dans un périmètre délimité par l'autorité administrative dans les conditions fixées à l'article L. 621-31. Ce périmètre peut être commun à plusieurs monuments historiques. / En l'absence de périmètre délimité, la protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, visible du monument historique ou visible en même temps que lui et situé à moins de cinq cents mètres de celui-ci () ". Aux termes de l'article L. 632-1 de ce code : " Dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable, sont soumis à une autorisation préalable les travaux susceptibles de modifier l'état des parties extérieures des immeubles bâtis, y compris du second œuvre, ou des immeubles non bâtis ". Aux termes de l'article L. 632-2 du même code : " I. - L'autorisation prévue à l'article L. 632-1 est, sous réserve de l'article

L. 632-2-1, subordonnée à l'accord de l'architecte des Bâtiments de France, le cas échéant assorti de prescriptions motivées () l'absence d'opposition à déclaration préalable () tient lieu de l'autorisation prévue à l'article L. 632-1 du présent code si l'architecte des Bâtiments de France a donné son accord, dans les conditions prévues au premier alinéa du présent I () ". Aux termes de l'article R. 424-14 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, le demandeur peut, en cas d'opposition à déclaration préalable () fondé sur un refus d'accord de l'architecte des Bâtiments de France, saisir le préfet de région, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, d'un recours contre cette décision dans le délai de deux mois à compter de la notification de l'opposition ou du refus ".

6. Il résulte de ces dispositions que, quels que soient les moyens sur lesquels ce recours est fondé, un pétitionnaire n'est pas recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision d'opposition à déclaration préalable portant sur un immeuble situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques faisant suite à un avis négatif de l'architecte des Bâtiments de France s'il n'a pas, préalablement, saisi le préfet de région, selon la procédure spécifique définie à l'article R. 424-14 du code de l'urbanisme précité.

7. En l'espèce, l'architecte des Bâtiments de France, au titre des servitudes liées aux abords des monuments historiques et après avoir été destinataire de pièces complémentaires produites par M. B le 16 juillet 2019, a émis, le 6 novembre 2019, un avis défavorable au projet de M. B, au motif que celui-ci se situait dans un périmètre de 500 mètres autour de l'Eglise Saint-Martin, édifice du XVIe siècle situé dans le quartier dit C " et classé monument historique par arrêté du 18 octobre 1910, et était de nature à porter atteinte à la conservation ou à la mise en valeur de ce monument historique. Le maire de la commune d'Auxi-le-Château a visé dans l'arrêté en litige l'avis défavorable de l'architecte des Bâtiments de France, indiqué que le projet se situait dans le périmètre de protection de l'Eglise Saint-Martin et dans le champ de visibilité de cet immeuble inscrit au titre des monuments historiques et s'est fondé sur cet avis pour s'opposer à la déclaration préalable de M. B.

8. Il est constant que M. B n'a pas, préalablement à l'introduction de son recours, saisi le préfet de la région Hauts-de-France, du recours administratif préalable obligatoire prévu par les dispositions de l'article R. 424-14 du code de l'urbanisme. Toutefois, ainsi qu'il a été dit aux points 3 et 4 du présent jugement, l'arrêté en litige doit s'analyser non pas comme une décision d'opposition à déclaration préalable mais comme une décision de retrait d'une décision tacite de non-opposition dont M. B était titulaire depuis le 14 août 2019 et il ne résulte pas des dispositions citées au point 5 que les conclusions aux fins d'annulation d'une décision de retrait d'une décision de non-opposition à une déclaration préalable prise après un refus d'accord de l'architecte des Bâtiments de France doivent être précédées d'un recours administratif préalable auprès du préfet de région. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la commune d'Auxi-le-Château tirée de ce que les présentes conclusions n'ont pas été précédées d'un tel recours doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

9. Aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire. (). ".

10. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, soit le 20 novembre 2019, M. B était bénéficiaire d'une décision tacite de non-opposition à sa déclaration préalable, acquise le 14 août 2019, soit depuis trois mois et six jours. Dès lors, en procédant au retrait de cette décision par l'arrêté du 20 novembre 2019, le maire d'Auxi-le-Château a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme.

11. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 20 novembre 2019 du maire d'Auxi-le-Château doit être annulé, ainsi que par voie de conséquence, la décision de rejet du recours gracieux formé contre cette décision.

12. Aux termes de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'elle annule pour excès de pouvoir un acte intervenu en matière d'urbanisme ou en ordonne la suspension, la juridiction administrative se prononce sur l'ensemble des moyens de la requête qu'elle estime susceptibles de fonder l'annulation ou la suspension, en l'état du dossier. ". Aucun des autres moyens soulevés par le requérant n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M B, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la commune demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

14. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de M. B présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 20 novembre 2019 du maire de la commune d'Auxi-le-Château et la décision implicite de rejet du recours gracieux formé contre cette décision sont annulés.

Article 2 : Les conclusions présentées par les parties au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune d'Auxi-le-Château.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Leguin, présidente,

M. Borget, premier conseiller,

Mme Zoubir, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 13 juillet 2023.

La rapporteure,

signé

N. ZOUBIR La présidente

signé

A-M. LEGUIN

La greffière,

signé

S. SING

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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