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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2002853

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2002853

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2002853
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formationchambre 1
Avocat requérantSTIENNE-DUWEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 6 avril 2020 et le 15 décembre 2021, M. D A, représenté par Me Stienne-Duwez, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 juillet 2019 par lequel la directrice générale de Lille Métropole Habitat a reconnu la maladie dont il souffre comme imputable au service pour la période du 30 octobre 2014 au 1er octobre 2018 en tant que l'article 3 de cet arrêté prévoit qu'il percevra l'intégralité de son traitement indiciaire uniquement pour la période du 30 octobre 2015 au 1er octobre 2018 ;

2°) d'annuler la décision du 25 juillet 2019 par laquelle la directrice générale de Lille Métropole Habitat a liquidé les sommes lui étant dues au titre des rappels de traitement indiciaire prévus par l'arrêté du 24 juillet 2019 ;

3°) d'annuler la décision du 15 novembre 2019 rejetant son recours gracieux ;

4°) d'enjoindre à Lille Métropole Habitat de lui verser son plein traitement à compter du 30 octobre 2014, dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard en application des dispositions de l'article L. 911-1 et suivants du code de justice administrative ;

5°) de condamner Lille Métropole Habitat à lui verser la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les auteurs des décisions attaquées étaient incompétents pour les signer ;

- les décisions des 24 et 25 juillet 2019 ont été prises en violation des dispositions des articles 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 novembre 2021, l'office public de l'habitat, Lille Métropole Habitat, représenté par Me Bodart, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge du requérant d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 16 décembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 janvier 2022.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 25 mai 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Borget, rapporteur,

- les conclusions de Mme Allart, rapporteure publique,

- et les observations de Me Guilbeau, substituant Me Bodart, représentant Lille Métropole Habitat.

Considérant ce qui suit :

1. M. A était, jusqu'à son admission à la retraite pour invalidité le 1er octobre 2018, agent de maîtrise principal au sein de l'office public d'habitation à loyer modéré, Lille Métropole Habitat (LMH). Placé en congé de maladie à compter du 30 octobre 2014, il a sollicité la reconnaissance de sa pathologie en maladie professionnelle. Cette demande ayant été rejetée par son employeur, il a saisi le tribunal administratif de Lille qui, par une série de jugements rendus le 19 mars 2019, a reconnu l'imputabilité au service de la maladie de M. A et a annulé l'ensemble des décisions plaçant l'intéressé successivement en congé de longue maladie et en disponibilité d'office pour maladie. Par un arrêté du 24 juillet 2019, LMH a régularisé la situation de M. A en reconnaissant l'imputabilité au service de sa maladie pour la période du 30 octobre 2014 au 1er octobre 2018, date de sa radiation des cadres pour admission à la retraite pour invalidité, en plaçant l'intéressé en congé pour maladie imputable au service pour toute la période en cause, et en prévoyant qu'il percevrait l'intégralité de son traitement pour une période allant du 30 octobre 2015 au 1er octobre 2018. Par une décision du 25 juillet 2019, prise pour l'exécution financière de l'arrêté du 24 juillet 2019, LMH a liquidé et mis en paiement le versement à M. A des sommes restant dues au titre de son congé pour maladie imputable au service pour un montant de 19 332,92 euros. M. A a formé un recours gracieux contre ces deux décisions au motif qu'elles omettaient de lui accorder un plein traitement pour la période du 30 octobre 2014 au 29 octobre 2015. Par une décision du 15 novembre 2019, Lille Métropole Habitat a rejeté ce recours gracieux. Par la présente requête, M. A sollicite l'annulation de ces trois décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article R. 421-18 du code de la construction et de l'habitation : " () / Le directeur général () / passe tous actes et contrats au nom de l'office et le représente dans tous les actes de la vie civile. / () Le directeur général est chargé de l'exécution des budgets. Dans les offices publics de l'habitat soumis aux règles de la comptabilité publique, il engage, liquide et ordonnance toutes dépenses et recettes. Il exerce les compétences que lui confèrent les dispositions de la section 1 du chapitre III du titre II du livre IV (partie réglementaire). / () Le directeur général a autorité sur les services, recrute, nomme et, le cas échéant, licencie le personnel. Il préside le comité d'entreprise. / Le directeur général peut déléguer sa signature avec l'accord du conseil d'administration aux membres du personnel de l'office exerçant les fonctions de directeur ou de chef de service. / En cas d'absence ou d'empêchement du directeur général, ses pouvoirs sont assumés par l'un des directeurs ou chefs de service, désigné par le conseil d'administration. La prolongation de cet intérim pour une durée supérieure à six mois doit être décidée par le conseil d'administration () ".

3. D'une part, par délibération du 27 septembre 2018, le conseil d'administration de LMH a désigné M. C F, directeur du développement et du patrimoine, pour assumer les pouvoirs de la directrice générale en cas d'absence ou d'empêchement de cette dernière. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que M. F n'aurait pas disposé de la compétence pour signer l'arrêté du 24 juillet 2019 et la décision du 25 juillet 2019.

4. D'autre part, par une délibération du 27 février 2017, le conseil d'administration de LMH a autorisé la directrice générale à déléguer sa signature aux directeurs et chefs de service de la structure et, par un arrêté du 15 janvier 2019, la directrice générale a accordé à M. B E, directeur du dialogue social, de la gestion du personnel et du contrôle de gestion syndicale une délégation aux fins de signer tous actes relevant de sa direction. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que M. E n'aurait pas disposé de la compétence pour signer la décision du 15 novembre 2019 rejetant son recours gracieux.

5. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.

6. En second lieu, aux termes des dispositions de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa version applicable à la date des décisions en litige: " Le fonctionnaire en activité a droit : () / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence.() / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L.27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. () ".

7. En l'espèce, il est constant que LMH a régularisé la situation administrative de M. A pour toute la période courant d'octobre 2014 à octobre 2018 en le faisant bénéficier, à l'article 2 de l'arrêté du 24 juillet 2019, d'un congé imputable au service, et à l'article 4 de ce même arrêté de la prise en charge de ses soins pour ces quatre années. La circonstance que, dans la gestion des modalités d'exécution financière et budgétaire de cette décision de reconnaissance, modalités qui apparaissent à l'article 3 de cet arrêté, et dans la liquidation de la somme due au titre des arriérés de traitement, gérée par la décision du 25 juillet 2019, il ait été tenu compte de la circonstance non contestée que M. A avait effectivement perçu un plein traitement du 30 octobre 2014 au 30 octobre 2015 et qu'il n'y avait dès lors aucune régularisation à effectuer, n'est pas de nature à caractériser un manquement aux obligations posées en matière de congé pour maladie imputable au service et par conséquent une inexacte application des dispositions de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation des décisions de Lille Métropole Habitat des 24 et 25 juillet 2019 et du 15 novembre 2019 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction de versement d'un plein traitement à compter du 30 octobre 2014.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que LMH, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. A la somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. A la somme de 1 000 euros à verser à LMH au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : M. A versera à Lille Métropole Habitat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et à Lille Métropole Habitat.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Leguin, présidente,

- M. Borget, premier conseiller,

- Mme Zoubir, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.

Le rapporteur,

signé

J. BORGET

La présidente,

signé

A-M. LEGUIN

La greffière,

signé

S. MAUFROID

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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