mardi 14 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2002963 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | DANSET-VERGOTEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 10 avril 2020, 3 juin 2020, 21 janvier 2021, et 23 janvier 2023, Mme E A épouse D, représentée par Me Danset-Vergoten, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 13 mars 2020 par laquelle le préfet du Nord a rejeté sa demande de certificat de résidence algérien " vie privée et familiale " en qualité de parent d'enfant malade ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " à raison de l'état de santé de son fils, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) d'enjoindre au préfet du Nord, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa demande de titre de séjour ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- la décision contestée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure par méconnaissance des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 et des articles R. 313-22 et R. 313-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile du fait du défaut de preuve de transmission du rapport médical au collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;
- elle est entachée d'un autre vice de procédure, par méconnaissance des mêmes dispositions, du fait de l'absence de garantie d'un débat collégial entre les trois médecins du collège médical de l'OFII ;
- elle est entachée d'un troisième vice de procédure par méconnaissance des mêmes dispositions ainsi que de celles de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis du fait de l'impossibilité d'identifier les médecins membres du collège médical de l'OFII ;
- elle méconnaît les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- elle méconnaît les stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 dès lors que son fils n'aura pas accès à un traitement effectif en cas de retour en Algérie ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen sérieux sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 avril 2020, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par un mémoire, enregistré le 20 janvier 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration produit ses observations.
Il fait valoir que, au regard de son état de santé, l'enfant C B D nécessite une prise en charge polyspécialisée qui est disponible en Algérie.
L'aide juridictionnelle totale a été accordée à Mme A épouse D par une décision du 8 juin 2020.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Fabre a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E A épouse D, née le 2 janvier 1988 en Algérie, de nationalité algérienne, est entrée en France le 13 mai 2017, sous couvert d'un visa en cours de validité pour une durée n'excédant pas trente jours, accompagnée de ses trois enfants, dont C B, né le 2 décembre 2016 en Algérie, de nationalité algérienne également. Le 3 janvier 2019, elle a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien " vie privée et familiale " en raison de l'état de santé de cet enfant. Par un arrêté du 13 mars 2020, dont la requérante demande l'annulation, le préfet du Nord a rejeté sa demande.
Sur les conclusions à fin d'obtention de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Par une décision du 8 juin 2020, postérieure à l'introduction de la requête, l'aide juridictionnelle totale a été accordée à Mme D. Il n'y a, par suite, plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'obtention de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur le surplus des conclusions de la requête :
3. En premier lieu, la décision contestée vise les textes dont elle fait application ainsi que les éléments de fait justifiant, selon le préfet du Nord, que sa demande de certificat de résidence algérien " vie privée et familiale " soit rejetée. Par suite, la décision en litige, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, est suffisamment motivée.
4. En deuxième lieu, la requérante, eu égard à sa nationalité algérienne, ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 313-22, alors en vigueur, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / () ". Aux termes de l'article R. 313-23, alors en vigueur, du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 313-22 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, () / Le collège à compétence nationale, composé de trois médecins, émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du présent article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'office. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / () L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ". Enfin, aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".
4. Il ressort des pièces produites qu'un avis a été effectivement émis, le 14 juin 2019 par trois médecins, dont les noms figurent sur ledit avis, qui ont été régulièrement désignés par une décision du 7 juin 2019 du directeur général de l'OFII, publiée sur le site internet de l'OFII et au bulletin officiel du ministère de l'intérieur. Les trois médecins ont statué, au vu d'un rapport établi le 10 avril 2019 par un médecin, qui n'a pas ensuite été membre du collège de médecins ayant statué sur ce dossier. Enfin, il ressort dudit avis que ces trois médecins ont statué collégialement et la requérante n'apporte pas la preuve du contraire. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure, en ses différentes branches, doit être écarté.
5. En quatrième lieu, la requérante ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien dès lors qu'il ressort des pièces du dossier, et que le préfet du Nord fait valoir sans être contesté en défense, qu'elle a présenté une demande de certificat de résidence algérien sur le fondement des stipulations non du 5) mais du 7) de cet article et que le préfet du Nord n'a pas de lui-même, examiné le droit éventuel de la requérante à bénéficier d'un certificat de résidence algérien sur le fondement desdites stipulations.
6. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que, par un avis du 14 juin 2019, le collège des médecins de l'OFII a considéré que l'état de l'enfant C B nécessitait une prise en charge médicale, que le défaut de prise en charge médicale pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et que, au vu des éléments du dossier et à la date de l'avis, l'état de santé de l'intéressé peut lui permettre de voyager sans risque vers le pays d'origine.
7. Il ressort des pièces du dossier que l'enfant C B est atteint d'une myéloméningocèle, conséquence d'une atteinte neurologique congénitale appelée Spina bifida. S'il n'est pas contesté qu'une prise en charge de l'enfant est nécessaire, eu égard aux différents aspects de la pathologie dont il est atteint, il ressort également des pièces du dossier, en particulier des éléments non contestés figurant dans les écritures de l'OFII, que la prise en charge de l'enfant peut être réalisée en Algérie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien doit être écarté.
8. En sixième lieu, la décision contestée n'a ni pour objet ni pour effet de séparer la requérante de ses enfants, notamment de son fils C B. Elle n'a plus pour effet d'empêcher la scolarisation des enfants de la requérante pas plus que la prise en charge médicale de son enfant polyhandicapé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
9. En septième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme E A épouse D, née le 2 janvier 1988 en Algérie, est entrée en France le 13 mai 2017, sous couvert d'un visa en cours de validité pour une durée n'excédant pas trente jours, accompagnée de ses trois enfants, dont C B, né le 2 décembre 2016 en Algérie, de nationalité algérienne également. En France, elle a donné naissance, le 21 mai 2019, à un quatrième enfant, prénommé Kassim. A la date de l'arrêté attaqué, Mme D est en France depuis moins de trois ans. Elle ne fait état d'aucune autre famille sur le territoire français alors qu'elle a vécu toute sa vie en Algérie où, à tout le moins à la date de sa demande de titre, résidait son mari et ses parents. Par suite, la décision contestée n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de Mme D à mener une vie privée et familiale normale. Les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'ont ainsi pas été méconnues.
10. En huitième lieu, pour les mêmes motifs que ceux précédemment indiqués, la décision contestée n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de la requérante ainsi que celle de ses enfants.
11. En neuvième et dernier lieu, il résulte de ce qui précède qu'avant de prendre la décision contestée, le préfet du Nord a procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de la requérante.
12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme D doivent être rejetées ainsi que les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'obtention de l'aide juridictionnelle à titre provisoire de Mme D.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A épouse D et au préfet du Nord.
Délibéré après l'audience du 10 octobre 2023 à laquelle siégeaient :
- M. Fabre, président,
- Mme Monteil, première conseillère,
- M. Lemée, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2023
Le président-rapporteur,
Signé
X. FABREL'assesseur le plus ancien,
Signé
A.-L. MONTEIL
Le greffier,
Signé
A. DEWIERE
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
5
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026