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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2003186

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2003186

vendredi 3 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2003186
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCABINET MEILLIER THUILLIEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires enregistrés le 21 avril 2020, le 11 juin 2020 et le 21 mars 2022, M. A B, représenté par Me Meillier, demande au tribunal :

1°) d'annuler les ordres de recouvrer n° APCP20190036301, n° APCP20190036302, n° APCP20180415676, n° APCP20180415677, n° APCP20180415678, n° APCP20190011922, n° APCP20190011923 et n° APCP20190011924 émis à son encontre par l'Agence de services et de paiement pour un montant total de 360,15 euros et la décision de rejet de recours gracieux qu'il a formulé le 18 décembre 2019 contre ces actes ;

2°) de le décharger du paiement de la somme réclamée et de condamner l'Agence de services et de paiement à lui rembourser cette somme si elle a été prélevée sur les aides de la politique agricole commune ;

3°) de mettre à la charge de l'Agence de services et de paiement la somme de 2000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les ordres de recouvrer sont insuffisamment motivés au regard des dispositions de l'article 24 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;

- la créance sur laquelle les ordres contestés portent est infondée et ne présente dès lors pas un caractère liquide et exigible ;

- le montant réclamé au titre de l'année 2015 excède les sommes effectivement perçues.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 février 2022, l'Agence de services et de paiement conclut au rejet de la requête ainsi qu'à la mise à la charge de M. B d'une somme de 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 17 octobre 2022 par une ordonnance du 14 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Borget, rapporteur,

- les conclusions de Mme Allart, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B est exploitant agricole à Hazebrouck. Il a sollicité le bénéfice du versement des aides directes de la politique agricole commune (PAC) au titre des campagnes 2015 et 2016. Par lettre de fin d'instruction du 25 novembre 2019, le préfet du Nord a réduit les aides de M. B au titre de la conditionnalité 2015. L'agence de services et de paiement (ASP) a émis huit ordres de recouvrer à son encontre pour un montant total de 360,15 euros, adressés par courrier du 23 octobre 2019. Le 20 décembre 2019, M. B a présenté un recours gracieux contre ces ordres de recouvrer qui a été rejeté implicitement par l'Agence de services et de paiement. Par la présente requête, M. B sollicite l'annulation des huit ordres de recouvrer adressés le 23 octobre 2019 et de la décision de rejet de son recours gracieux, ainsi que la décharge de l'obligation de payer ces sommes.

Sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge :

2. L'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre. Il en résulte que, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'un titre exécutoire, des conclusions à fin de décharge de la somme correspondant à la créance de l'administration, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé du titre qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge.

3. Dans le cas où il ne juge fondé aucun des moyens qui seraient de nature à justifier le prononcé de la décharge mais retient un moyen mettant en cause la régularité formelle du titre exécutoire, le juge n'est tenu de se prononcer explicitement que sur le moyen qu'il retient pour annuler le titre. Statuant ainsi, son jugement écarte nécessairement les moyens qui assortissaient la demande de décharge de la somme litigieuse.

4. Il résulte de l'instruction que l'ASP, qui produit à l'appui de ses affirmations la lettre de fin d'instruction du préfet du Nord établie sur la base d'un contrôle réalisé sur l'exploitation de M. B par les agents de la direction départementale des territoires et de la mer le 17 avril 2015, aux termes duquel des anomalies entraînant la réduction des aides soumises à la conditionnalité à hauteur de 3 % pour la campagne 2015 ont été relevées, indique sans être sérieusement contestée que M. B n'a pas respecté, au titre de l'année 2015, la conditionnalité des aides directes du premier pilier de la politique agricole commune prévue par les règlements européens. En revanche, l'ASP n'apporte aucune explication ni justificatif s'agissant de la campagne 2016, de sorte que le bien-fondé de la créance réclamée au titre de l'année 2016 n'est pas établie.

5. Il en résulte que le requérant est fondé à demander l'annulation ainsi que la décharge des sommes réclamées au titre de la campagne 2016 à travers les ordres de recouvrer n° APCP20190011922, n° APCP20190011923 et n° APCP20190011924, pour un montant total de 10,05 euros.

6. Aux termes du deuxième alinéa de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation. () ". Tout état exécutoire doit indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur.

7. En l'espèce, les ordres de recouvrer n° APCP20190036301, n° APCP20190036302, n° APCP20180415676, n° APCP20180415677 et n° APCP20180415678 émis à l'encontre de M. B par l'ASP étaient accompagnés d'un courrier de notification qui ne comportait aucune information sur les bases de liquidation des sommes dont le remboursement est demandé. Par ailleurs, si les mentions portées sur les ordres de recouvrer permettaient de comprendre que les sommes réclamées à l'intéressé correspondaient à un indu d'aides au titre des récoltes 2015 et 2016, les informations portées à la connaissance de l'intéressé, principalement sous la forme d'acronymes sans mention des motifs et des modalités de calculs retenus, ne constituaient pas une indication suffisante des bases de liquidation, sans que la circonstance selon laquelle le requérant pouvait avoir accès aux relevés de situation sur son espace personnel en ligne " TéléPac ", par le biais d'une procédure dématérialisée, ne permette de pallier l'insuffisance des indications. Enfin, ces ordres de recouvrer ne comportait pas de référence précise à un document joint ou précédemment adressé au débiteur, qui lui aurait permis de connaître les bases de liquidation des sommes réclamées. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que les ordres de recouvrer n° APCP20190036301, n° APCP20190036302, n° APCP20180415676, n° APCP20180415677 et n° APCP20180415678 sont insuffisamment motivés.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation des ordres de recouvrer n° APCP20190036301, n° APCP20190036302, n° APCP20180415676, n° APCP20180415677, n° APCP20180415678, n° APCP20190011922, n° APCP20190011923 et n° APCP20190011924, et de la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 18 décembre 2019, ainsi que la décharge de l'obligation de payer la somme totale de 10,05 euros mise à sa charge au titre d'un indu relatif à la campagne 2016.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, la somme que l'ASP demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'ASP la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les ordres de recouvrer n° APCP20190036301, n° APCP20190036302, n° APCP20180415676, n° APCP20180415677, n° APCP20180415678, n° APCP20190011922, n° APCP20190011923 et n° APCP20190011924 émis par l'Agence de services et de paiement à l'encontre de M. B, ainsi que la décision portant rejet du recours gracieux formé par M. B, sont annulés.

Article 2 : M. B est déchargé de l'obligation de payer la somme totale de 10,05 euros.

Article 3 : L'Agence de services et de paiement versera à M. B une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'Agence de services et de paiement.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Leguin, présidente,

M. Borget, premier conseiller,

Mme Piou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

J. BORGET

La présidente,

Signé

A-M. LEGUIN La greffière,

Signé

S. SING

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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