mardi 28 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2003556 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | DEWAELE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des pièces et un mémoire en réplique, enregistrés les 15 mai 2020, 18 mai 2020 et 17 mars 2021, M. C F, représenté par Me Gommeaux, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 13 mars 2020 par laquelle le préfet du Nord a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord, à titre subsidiaire, de lui délivrer, dans l'attente de la fabrication de son titre de séjour, un récépissé portant autorisation de travail, dans un délai de 48 heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) d'enjoindre au préfet du Nord, à titre infiniment subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai de quinze jours et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé portant autorisation de travail dans un délai de 48 heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'est pas établi que la décision contestée ait été prise par une personne qui était compétente pour ce faire ;
- la décision contestée est insuffisamment motivée ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle ;
- c'est à tort que le préfet du Nord a considéré qu'il constituait une menace pour l'ordre public par application de l'article L. 313-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 02 juin 2020, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Fabre, président-rapporteur ;
- et les observations de Me Lescene, substituant Me Dewaele, représentant M. F.
Considérant ce qui suit :
1. M. C F, né le 1er juin 1986 au Maroc, de nationalité marocaine, est entré en France le 15 novembre 2002 en compagnie de son père. Il s'est marié le 24 décembre 2004 avec une ressortissante française alors âgée de seize ans et, de leur union, sont nés deux enfants, à savoir D, né le 16 novembre 2003 à Lille et A née le 16 avril 2006 à Lille également. Il a sollicité, le 4 avril 2005, son admission au séjour en qualité de parent d'enfant français et a été mis en possession d'un titre de séjour en cette qualité, pour la période du 14 mars 2008 au 13 mars 2009, régulièrement renouvelé jusqu'au 14 décembre 2015. Le 19 novembre 2015, il a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour. Par une décision du 13 mars 2020, dont le requérant demande l'annulation, le préfet du Nord a rejeté sa demande.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, la décision contestée a été prise, pour le préfet du Nord et par délégation, par Mme B G, cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers, qui était compétente pour ce faire en vertu d'un arrêté de délégation de signature du 2 janvier 2020, publié le même jour au recueil n°1 des actes administratifs de l'Etat dans le département.
3. En deuxième lieu, la décision contestée fait état des dispositions dont le préfet du Nord a fait application, en particulier les articles L. 313-3 et L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne les éléments de fait justifiant, selon l'autorité administrative, que sa demande de titre de séjour soit rejetée. Ainsi, la décision en litige, qui n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments de fait relatifs à la situation de l'intéressé, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et est suffisamment motivée.
4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, en particulier de la décision contestée elle-même, qui est suffisamment motivée, que le préfet du Nord a procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de M. F avant de statuer sur sa demande.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 313-11, alors en vigueur, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () 6° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée ; / () ". Aux termes de l'article L. 313-3, alors en vigueur, du même code : " La carte de séjour temporaire ou la carte de séjour pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusée ou retirée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. F, depuis son arrivée en France en 2002, a fait l'objet de huit condamnations pénales, à compter de 2005, pour des faits notamment, de vol aggravé, offre ou cession non autorisée de stupéfiants, usage de stupéfiants, vol avec destruction ou dégradation et qu'il a également été interpelé pour des faits de vol avec violence en 2005, vol à la roulotte en 2009 et conduite d'un véhicule terrestre à moteur sans assurance en 2018, faits qu'il ne conteste pas. Surtout, il ressort également des pièces du dossier que M. F a été condamné, le 14 novembre 2016 à quatre ans d'emprisonnement dont deux ans avec sursis avec mise à l'épreuve de trois ans, pour des faits d'agression sexuelle incestueuse sur un mineur de quinze ans, à savoir son fils D, sur la période courant du 16 novembre 2008 au 1er août 2016, les faits ayant donc commencé alors que le jeune D venait d'avoir cinq ans. Eu égard au parcours délinquant de l'intéressé, commencé dès ses 18 ans, et à la particulière gravité des faits d'agression sexuelle incestueuse, le préfet du Nord a fait une exacte application des dispositions de l'article L. 313-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en considérant que M. F constituait une menace pour l'ordre public. C'est par suite à juste titre qu'il s'est fondé sur cette circonstance pour rejeter la demande de renouvellement de titre de séjour présentée sur le fondement du 6° de l'article L. 313-11 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 1, que M. C F, né le 1er juin 1986 au Maroc, de nationalité marocaine, est entré en France le 15 novembre 2002 en compagnie de son père. Il s'est marié le 24 décembre 2004 avec une ressortissante française alors âgée de seize ans et, de leur union, sont nés deux enfants, à savoir D, né le 16 novembre 2003 à Lille et A née le 16 avril 2006 à Lille également. Aucune pièce du dossier n'indique que le père du requérant serait toujours présent en France. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de sa demande de titre de séjour déposée en novembre 2015, que sa mère se trouve au Maroc ainsi que sept autres membres de sa famille. S'il ressort de ce même document que deux de ses sœurs se trouvent en France, il ne justifie d'aucune proximité avec elles. Par ailleurs, il ressort des propres écritures du requérant que M. F était séparé de fait de son épouse à tout le moins depuis 2011. Ils ont divorcé, à la demande de son épouse et aux torts exclusifs de l'intéressé par un jugement du juge aux affaires familiales du tribunal de grande instance de Lille du 28 mars 2019 qui a par ailleurs octroyé l'autorité parentale exclusive de la mère sur les deux enfants. Si le requérant se prévaut des liens qu'il aurait conservés avec sa fille A, il n'en apporte pas la preuve par les seuls documents produits alors que le jugement précité fixait et encadrait précisément les modalités de rencontre avec A. Il n'est pas plus établi que le requérant aurait sérieusement renoué des liens avec son fils, lequel était majeur à la date de la décision attaquée et n'a d'ailleurs pas produit de témoignage de sa part en faveur du requérant. Il ne ressort par ailleurs d'aucune pièce du dossier que l'intéressé aurait contribué à l'éducation, à tout le moins de sa fille. Pour ce qui est par ailleurs de sa contribution à l'entretien de ses enfants, ainsi qu'il a été dit, le requérant est séparé de son épouse depuis au moins 2011. Il ne justifie que de quelques virements bancaires ponctuels pour l'année 2016, aucun pour les années 2017 et 2018. Pour ce qui est de l'année 2019, il justifie de virements, uniquement à partir du jugement de divorce, mais d'un montant moindre que celui prévu par le jugement, à savoir 150 euros au lieu de 220 euros (pour les deux enfants), soit une perte de 70 euros par mois alors que son ex-épouse ne bénéficie, pour vivre, que de l'aide personnalisée au logement, de prestations familiales et du revenu de solidarité active. Enfin, au titre de l'année 2020, pour la période antérieure à la décision attaquée, un montant de 150 euros a été versé le 15 janvier 2020, 70 euros pour le mois de février 2020 et rien pour le mois de mars 2020. Au vu de l'ensemble de ces éléments, et eu égard également à la gravité des faits commis par l'intéressé caractérisant une menace pour l'ordre public, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant à mener une vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'ont pas été méconnues.
8. En sixième et dernier lieu, la décision contestée n'a ni pour objet ni pour effet de séparer le requérant de ses enfants. Au demeurant, d'une part, il a été condamné pour des faits d'agression sexuelle sur son fils et, d'autre part, il n'est pas établi qu'il ait contribué à l'entretien et à l'éducation de sa fille. Par suite, il ne peut valablement se prévaloir des stipulations du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. F doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C F et au préfet du Nord.
Copie en sera transmise pour information au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.
Délibéré après l'audience du 7 novembre 2023 à laquelle siégeaient :
- M. Fabre, président,
- M. Larue, premier conseiller,
- M. Lemée, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2023
Le président-rapporteur,
Signé
X. FABRE
L'assesseur le plus ancien,
Signé
X. LARUE
La greffière,
Signé
M. E
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
5
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026