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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2003630

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2003630

mercredi 29 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2003630
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSCP GROS-HICTER ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 22 mai 2020 et le 2 juin 2021, M. et Mme B, représentés par Me Enard Bazire, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 février 2020 par lequel le maire de Preux-au-Bois a délivré à M. et Mme D un permis de construire sur la parcelle cadastrée n° U311 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Preux-au-Bois la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- en leur qualité de voisins immédiats de la construction projetée et des conséquences que celle-ci aurait sur les conditions d'occupation, d'utilisation et de jouissance de leur bien, ils disposent d'un intérêt à agir contre le permis de construire en litige ;

- le maire de Preux-au-Bois n'a pas qualité pour ester en justice dans la présente instance ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions des articles R. 431-16, R. 431-7 et R. 431-8 du code de l'urbanisme s'agissant de la réglementation thermique, du plan de situation, de la notice architecturale, et des documents graphiques et photographiques ;

- il méconnait les dispositions de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme ;

- il méconnait l'article U3 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors que la parcelle en litige est enclavée et donc inconstructible ;

- il méconnait l'article U6 du règlement du plan local d'urbanisme en ce que les murs

de façade ou pignons du projet de construction des pétitionnaires sont implantés à plus de 36,75 mètres ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que le maire aurait dû

opposer un sursis à statuer à la demande de permis de construire.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 janvier 2021, M. et Mme D, représentés par Me Buvat, concluent à titre principal à l'irrecevabilité de la requête des époux B, à titre subsidiaire au rejet de leur requête et en tout état de cause, à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Ils font valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors que les époux B ne justifient

d'aucun intérêt à agir à l'encontre du permis attaqué ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par les époux B ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense enregistrés les 1er octobre 2020 et 21 septembre 2021, la commune de Preux-au-Bois, représentée par la SCP Manuel Gros, Héloise Hicter et associés, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le maire a qualité à agir dans la présente instance ;

- les moyens soulevés par les époux B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Féménia,

- les conclusions de M. Groutsch, rapporteur public,

- les observations de Me Hicter représentant la commune de Preux-au-Bois,

- et les observations de Me Buvat représentant M. et Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté en date du 19 février 2020, le maire de Preux-au-Bois a délivré aux époux D un permis de construire afin d'édifier une maison d'habitation de 143,50 m² de surface de plancher sur la parcelle cadastrée U 311, située rue du Cerf sur le territoire de la commune, au sein de la zone U du règlement plan local d'urbanisme. Par la présente requête, M. et Mme B, propriétaires des parcelles bâties voisines cadastrées section U 312 d'une superficie de 538 m² et U 313 d'une superficie de 170 m² et voisins immédiats du projet de construction, demandent au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur l'intérêt à agir :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'État, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation () ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient dans tous les cas au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme B sont propriétaires d'une maison d'habitation implantée sur la parcelle U 313 qui jouxte le terrain d'assiette du projet de construction des époux D dont l'importance et la nature est susceptible de créer des vues sur leur jardin et leur habitation et d'obstruer en partie la vue qu'ils avaient jusqu'alors. En outre, les requérants soutiennent que la desserte du projet en litige reposerait sur une servitude de passage pesant sur leur propriété. Dans ces conditions, M. et Mme B justifient d'un intérêt leur donnant qualité pour demander l'annulation du permis de construire en litige. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir pour défaut d'intérêt à agir doit être écartée.

Sur l'absence d'habilitation du maire de Preux-au-Bois à ester en justice :

5. Aux termes de l'article L. 2132-1 du code général des collectivités territoriales, " Sous réserve des dispositions du 16° de l'article L. 2122-22, le conseil municipal délibère sur les actions à intenter au nom de la commune ", et aux termes de l'article L. 2132-2 du code général des collectivités territoriales : " Le maire, en vertu de la délibération du conseil municipal, représente la commune en justice ".

6. Si les requérants soutiennent que le maire de la commune ne dispose pas d'une habilitation à ester en justice dans la présente instance, il ressort des pièces du dossier que le maire de Preux-au-Bois a reçu délégation, par une délibération du 13 juin 2020, du conseil municipal pour agir en justice au nom de la commune ainsi que pour la défendre. Dès lors, la fin de non-recevoir tirée de l'absence de qualité à agir doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le contenu du dossier de demande de permis de construire :

7. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

8. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-7 du code de l'urbanisme : " Sont joints à la demande de permis de construire : a) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ;(). ".

9. Il ressort des pièces du dossier qu'est joint à la demande de permis de construire un plan de situation qui fait état de la parcelle U 311 laquelle constitue l'assiette de la construction projetée. Si les requérants soutiennent que ce plan est erroné en ce qu'il n'indique pas que cette parcelle serait desservie par une servitude de passage située sur leur propriété, ils se bornent à produire l'extrait cadastral annexé à l'acte de vente de leur propriété, dont il ressort des pièces du dossier que ce document n'est pas conforme à celui en vigueur sur la commune consultable sur le site officiel du cadastre. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-7 du code de l'urbanisme doit être écarté.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement. ".

11. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la notice architecturale précise que " les clôtures séparatives sont, à l'heure actuelle, constituées de haies vives ou de grillage, et qu'aucune haie existante ne sera arrachée ou déracinée ". Elle précise également que le terrain est traité en pâture et que les abords des terrains construits sont constitués de pelouse, d'arbustes, de jardins d'agrément, de fleurs et d'arbres de hautes tiges et fruitiers et enfin que dans l'hypothèse de l'édification de haies séparatives, celles-ci seraient réalisées selon les prescriptions du règlement du PLU pour assurer l'harmonie paysagère et feraient en outre l'objet d'une demande d'autorisation ultérieure. La circonstance que des arbres implantés sur ce terrain auraient été abattus en 2019, antérieurement à la demande de permis en litige, est sans incidence sur l'appréciation du contenu du dossier au regard des dispositions précitées du code de l'urbanisme.

12. D'autre part, le dossier de permis de construire comporte un plan de situation et un plan de masse du projet permettant d'apprécier l'emplacement du projet par rapport aux limites de propriété et aux voies publiques. Il comporte également de nombreuses photographies figurant au sein du volet paysager (PCMI 6) et du reportage photographique (PCMI 7 et 8), permettant d'apprécier l'état des façades ainsi que l'implantation du projet par rapport aux constructions voisines. De plus, la notice PCMI 4 indique que " l'environnement général est typique d'un habitat pavillonnaire récent ou ancien ", que " les volumes généraux sont simples en harmonie avec les constructions existantes ", que les matériaux et les tons de la construction sont " en accord avec les prescriptions du règlement de la commune et l'esthétique générale du secteur ".

13. Par conséquent, l'ensemble des pièces du dossier permettaient au service instructeur d'apprécier l'état initial du terrain et de ses abords et les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages. Dès lors, les moyens tirés d'une insuffisance de la notice architecturale et d'une insuffisance des documents graphiques et photographiques doivent être écartés.

14. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme alors en vigueur : " Le dossier joint à la demande de permis de construire comprend en outre, selon les cas : () j) Lorsque le projet est tenu de respecter les dispositions mentionnées à l'article R. 111-20 du code de la construction et de l'habitation, un document établi par le maître d'ouvrage attestant la prise en compte de la réglementation thermique, en application de l'article R. 111-20-1 de ce code, et pour les projets concernés par le cinquième alinéa de l'article L. 111-9 du même code, la réalisation de l'étude de faisabilité relative aux approvisionnements en énergie, en application de l'article R. 111-20-2 dudit code ".

15. Il ressort des pièces du dossier que le document CERFA de demande de permis de construire comporte la mention " construction conforme à la norme RT 2012 ", attestant ainsi de la prise en compte de la réglementation thermique, alors que les requérants ne précisent pas en quoi l'absence d'attestation visée par les dispositions précitées aurait été de nature à fausser l'appréciation portée par les services instructeurs sur la conformité du projet à la réglementation applicable. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du j) de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la méconnaissance de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme :

16. Aux termes de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés : a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux ; b) Soit, en cas d'indivision, par un ou plusieurs co-indivisaires ou leur mandataire ; c) Soit par une personne ayant qualité pour bénéficier de l'expropriation pour cause d'utilité publique. ". L'article R. 431-5 du même code prévoit, à son dernier alinéa, que : " La demande comporte également l'attestation du ou des demandeurs qu'ils remplissent les conditions définies à l'article R. 423-1 pour déposer une demande de permis. ".

17. Il résulte de ces dispositions que les demandes de permis de construire doivent seulement comporter l'attestation du pétitionnaire qu'il remplit les conditions définies à l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme. Les autorisations d'utilisation du sol, qui ont pour seul objet de s'assurer de la conformité des travaux qu'elles autorisent avec la législation et la réglementation d'urbanisme, étant accordées sous réserve du droit des tiers, il n'appartient pas à l'autorité compétente de vérifier, dans le cadre de l'instruction d'une telle demande, la validité de l'attestation établie par le déclarant. Ainsi, sous réserve de la fraude, le pétitionnaire qui fournit l'attestation prévue à l'article R. 423-1, par laquelle il certifie être autorisé par le propriétaire à exécuter les travaux, doit être regardé comme ayant qualité pour déposer sa demande de permis. Toutefois, lorsque l'autorité saisie d'une demande de permis de construire vient à disposer au moment où elle statue, sans avoir à procéder à une instruction lui permettant de les recueillir, d'informations de nature à établir son caractère frauduleux ou faisant apparaître, sans que cela puisse donner lieu à une contestation sérieuse, que le pétitionnaire ne dispose, contrairement à ce qu'implique l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme, d'aucun droit à la déposer, il lui revient de s'opposer à la déclaration ou de refuser la demande de permis pour ce motif.

18. Il ressort du dossier de demande de permis de construire déposée par les époux D, lesquels ont attesté remplir les conditions définies à l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme, que le projet consiste à édifier une maison d'habitation sur la parcelle cadastrée U 311. Les éléments joints à cette demande permettent d'apprécier la consistance et la localisation des travaux en cause. Contrairement à ce qui est soutenu, la circonstance que la desserte de la construction projetée serait implantée sur la propriété des requérants ne permet nullement d'établir, alors que les époux D apparaissent au cadastre comme les propriétaires de la parcelle U 311 et que le compromis de vente qu'il ont signé porte sur cette même parcelle, le caractère frauduleux de la demande de permis. Au surplus, en admettant même que la desserte en cause ne soit pas intégralement incluse dans l'assiette de la propriété des époux D, cette circonstance demeure sans incidence sur la légalité de l'autorisation d'urbanisme en litige, laquelle a été accordée sous réserve du droit des tiers. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme doit être écarté.

Sur la méconnaissance des dispositions du PLU :

19. En premier lieu, aux termes de l'article U3 du plan local d'urbanisme de la commune : " Tout terrain enclavé est inconstructible à moins que son propriétaire ne produise une servitude de passage suffisante établie par un acte authentique ou par voie judiciaire en application de l'article 628 du code civil. ".

20. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle U 311 n'est pas enclavée puisqu'elle dispose d'un accès direct à la voie publique longeant la parcelle cadastrée U 312 appartenant aux requérants, comme le précise le plan de situation annexé au permis de construire, le plan cadastral, et le procès-verbal de bornage du 31 mai 2017, signé par les requérants et versé à l'instance par les pétitionnaires. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article U3 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté.

21. En deuxième lieu, aux termes de l'article U6 du règlement du plan local d'urbanisme, " Tout ou partie de la façade (ou pignon) avant de la construction principale doit être implantée avec un retrait de 10 mètres maximum de la limite d'empreinte de la voie. Dans le cas d'implantation de bâtiments à usage d'activités et d'habitation, sur la même unité foncière, seul le premier bâtiment à implanter devra respecter la règle énoncée ci-dessus. ".

22. Il ressort des pièces du dossier que la construction projetée s'implantera à une distance de plus de trente mètres depuis l'alignement avec la voie publique. Toutefois, l'article U6 du règlement du PLU qui a pour objet de réglementer l'implantation des constructions par rapport aux voies et emprises publiques n'a pas vocation à s'appliquer aux maisons de second rang, autorisées par le plan local d'urbanisme. Dès lors, l'article U6 du règlement du plan local d'urbanisme ne fait pas obstacle à la délivrance du permis de construire en litige.

Sur la méconnaissance de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme :

23. Aux termes de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer, dans les conditions et délai prévus à l'article L. 424-1, sur les demandes d'autorisation concernant des constructions, installations ou opérations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable. ", et aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente se prononce par arrêté sur la demande de permis ou, en cas d'opposition ou de prescriptions, sur la déclaration préalable. Il peut être sursis à statuer sur toute demande d'autorisation concernant des travaux, constructions ou installations dans les cas prévus au 6° de l'article L. 102-13 et aux articles L. 153-11 et L. 311-2 du présent code et par l'article L. 331-6 du code de l'environnement. ".

24. Il résulte de ces dispositions qu'un sursis à statuer ne peut être opposé à une demande de permis de construire que lorsque l'état d'avancement des travaux d'élaboration du nouveau plan local d'urbanisme permet de préciser la portée exacte des modifications projetées, sans qu'il soit cependant nécessaire que le projet ait déjà été rendu public. Il ne peut en outre être opposé qu'en vertu d'orientations ou de règles que le futur plan local d'urbanisme pourrait légalement prévoir, et à la condition que la construction, l'installation ou l'opération envisagée soit de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse son exécution.

25. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de délivrance du certificat d'urbanisme en date du 20 décembre 2016 concernant la parcelle en litige, seule la délibération prescrivant le plan local d'urbanisme intercommunal avait été adoptée le 15 décembre 2015, alors que la délibération portant sur le PADD n'a été adoptée que le 19 décembre 2017. En conséquence, à la date du 20 décembre 2016, l'état d'avancement du nouveau PLU n'était pas suffisant pour que le maire puisse opposer un sursis à statuer sur la demande de permis de construire en litige. Par ailleurs, en se bornant à indiquer que le retrait par rapport à la voie publique initialement fixé à 10 mètres est désormais portée à 20 mètres, les requérants ne démontrent pas que le projet de construction des époux D serait de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du plan local d'urbanisme intercommunal. Il suit de là que le moyen tiré de ce que le maire aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en n'opposant pas un sursis à statuer à la demande de permis en litige sur le fondement de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme doit être écarté.

26. Il résulte de tout ce qui précède que les consorts B ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 19 février 2020, délivrant un permis de construire aux consorts D pour la parcelle n° U 311.

Sur les frais liés au litige :

27. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

28. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des époux B, d'une part le versement à la commune de Preux-au-Bois d'une somme de 1 000 euros et d'autre part le versement aux époux D d'une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions précitées.

29. Les dispositions précitées font en revanche obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Preux-au-Bois, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, les sommes sollicitées par les époux B au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : M. et Mme B verseront la somme de 1 000 euros aux époux D, et la somme de 1 000 euros à la commune de Preux-au-Bois sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme C B, à M. et Mme A D et à la commune de Preux-au-Bois.

Délibéré après l'audience du 8 mars 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Féménia, présidente,

- M. Bourgau, premier conseiller,

- M. Horn, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2023.

La présidente-rapporteure,

J. FÉMÉNIAL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

T. BOURGAU

La greffière,

S. MAUFROID

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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