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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2003668

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2003668

lundi 18 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2003668
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formationjuge unique (5)
Avocat requérantZIMMERMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 mars 2020, M. C B doit être regardé comme formant opposition à la contrainte émise le 2 mars 2020 par Pôle emploi en vue du recouvrement de deux indus d'allocation de solidarité spécifique d'un montant total de 1 037,88 euros portant sur les périodes de juillet et août 2019 qui lui a été signifiée par voie d'huissier le 6 mars 2020 et demandant la remise gracieuse des indus d'allocation de solidarité spécifique mis à sa charge.

Il soutient que :

- aucun manquement délibéré ne lui est imputable ;

- sa situation financière ne lui permet pas de s'acquitter de cette dette.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juillet 2020, Pôle emploi, représenté par Me Zimmermann, conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à ce qu'il soit mis à la charge de M. B une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Allart, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique à l'issue de laquelle l'instruction a été close en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a été admis au bénéfice de l'allocation de solidarité spécifique (ASS) et a été indemnisé à compter du 16 février 2019. Après avoir constaté que l'intéressé avait exercé une activité professionnelle salariée au titre de périodes indemnisées par l'ASS, Pôle emploi lui a notifié, par deux courriers des 9 août 2019 et 18 septembre 2019, deux indus d'ASS d'un montant de 518,94 euros et de 518,94 euros et l'a mis en demeure, les 15 octobre 2019 et 21 novembre 2019, de s'acquitter de ces dettes. En l'absence de paiement, Pôle emploi a émis, le 2 mars 2020, une contrainte afin de recouvrer le montant des indus, qui a été signifiée par voie d'huissier à M. B le 6 mars 2020. Par sa requête, M. B doit être regardé comme formant opposition à cette contrainte. Il demande, en outre, la remise gracieuse de sa dette.

Sur l'opposition à contrainte :

2. Aux termes de l'article L. 5421-1 du code du travail : " En complément des mesures tendant à faciliter leur reclassement ou leur conversion, les travailleurs involontairement privés d'emploi, ceux dont le contrat de travail a été rompu conventionnellement (), aptes au travail et recherchant un emploi, ont droit à un revenu de remplacement dans les conditions fixées au présent titre ". Selon les dispositions de l'article L. 5421-2 du même code : " Le revenu de remplacement prend, selon le cas, la forme : / 1° D'une allocation d'assurance, prévue au chapitre I ; / 2° Des allocations de solidarité, prévues au chapitre II () ".

3. Aux termes de l'article L. 5426-8-2 du code du travail : " Pour le remboursement des allocations, aides, ainsi que de toute autre prestation indûment versées par Pôle emploi pour son propre compte, pour le compte de l'organisme chargé de la gestion du régime d'assurance chômage mentionné à l'article L. 5427-1, pour le compte de l'Etat ou des employeurs mentionnés à l'article L. 5424-1, le directeur général de Pôle emploi ou la personne qu'il désigne en son sein peut, dans les délais et selon les conditions fixés par voie réglementaire, et après mise en demeure, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère le bénéfice de l'hypothèque judiciaire ".

4. En vertu de l'article R. 5426-19 du code du travail : " Le débiteur qui conteste le caractère indu des prestations qui lui sont réclamées forme un recours gracieux préalable devant le directeur général de Pôle emploi dans un délai de deux mois à compter de la date de notification de l'indu par Pôle emploi. () ". Selon l'article L. 5429-8-2 du même code : " Pour le remboursement des allocations, aides, ainsi que de toute autre prestation indûment versées par l'institution prévue à l'article L. 5312-1, pour son propre compte, pour le compte de l'État, du fonds de solidarité prévu à l'article L. 5423-24 ou des employeurs mentionnés à l'article L. 5424-1, le directeur général de l'institution prévue à l'article L. 5312-1 ou la personne qu'il désigne en son sein peut, dans les délais et selon les conditions fixées par voie réglementaire, et après mise en demeure, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère le bénéfice de l'hypothèque judiciaire. ". En outre, aux termes de l'article R. 5426-22 du même code : " Le débiteur peut former opposition par inscription au secrétariat du tribunal compétent dans le ressort duquel il est domicilié ou par lettre recommandée avec demande d'avis de réception adressée au secrétariat dudit tribunal dans les quinze jours à compter de la notification ".

5. Il résulte de ces dispositions qu'un recours contentieux tendant à l'annulation de la décision du directeur général de Pôle emploi ordonnant le reversement d'un indu de prestations n'est recevable que si l'intéressé a préalablement exercé un recours administratif auprès de Pôle emploi dans les conditions qu'elles prévoient. En revanche, les dispositions relatives à l'opposition à une contrainte délivrée en vue de l'exécution d'une telle décision ne subordonnent pas l'exercice de cette voie de droit à l'exercice préalable du même recours administratif. Toutefois, le débiteur ne peut, à l'occasion de l'opposition, contester devant le juge administratif le bien-fondé de l'indu que s'il a exercé le recours administratif dans les conditions prévues par les dispositions citées au point précédent.

6. Il ne résulte pas de l'instruction que M. B a exercé un recours administratif préalable auprès de Pôle emploi afin de contester le bien-fondé des indus d'allocation de solidarité spécifique litigieux. Dans le cadre de la présente opposition à contrainte, le requérant ne peut donc remettre en cause le bien-fondé de ces indus et utilement faire valoir qu'aucun manquement à ses obligations déclaratives ne peut lui être reproché. Le moyen doit, par suite, être écarté.

Sur la demande de remise gracieuse :

7. Sur le fondement de l'article L. 5426-8-3 du code du travail, Pôle emploi est autorisé " à différer ou à abandonner la mise en recouvrement des allocations, aides, ainsi que de toute autre prestation indûment versées () pour le compte de l'État () ". Pour l'application de ces dispositions, il y a lieu de rechercher si la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction de dette.

8. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'une prestation ou d'une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision.

9. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que le requérant se trouverait dans une situation de précarité financière telle qu'il y aurait lieu de lui accorder une remise partielle ou totale des indus d'allocation de solidarité spécifique mis à sa charge.

10. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à former opposition à la contrainte émise le 2 mars 2020 par Pôle emploi pour le recouvrement de deux indus d'allocation de solidarité spécifique d'un montant total de 1 037,88 euros portant sur les périodes de juillet 2019 et août 2019, ni à solliciter une remise gracieuse de sa dette. Sa requête doit, par suite, être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

11. Aux termes des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du requérant la somme demandée par Pôle emploi au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par Pôle Emploi sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à Pôle emploi.

Rendu public par mise à disposition au greffe de la juridiction le 18 juillet 2022.

La magistrate désignée,

Signé

L. A

La greffière,

Signé

J. DEREGNIEAUX La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein-emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2003668

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