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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2003723

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2003723

vendredi 26 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2003723
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantSEMAESSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 mai 2020 et le 11 février 2022, M. A B, représenté par Me Semaesse, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 15 janvier 2020 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a retiré sa décision du 24 janvier 2018 ordonnant son transfert au centre de détention de Muret ;

2°) d'enjoindre à l'administration de procéder à son transfert au centre de détention de Muret dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- son recours est recevable ; la décision attaquée ne lui a été notifiée qu'un mois après son adoption et celle-ci lui fait grief ;

- il n'est pas établi que la décision attaquée ait été signée par une autorité habilitée ;

- elle est entachée d'un vice de forme, à défaut de préciser l'identité de son auteur et de comporter la signature de celui-ci ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle a été adoptée au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'a pas été mis en mesure de présenter des observations écrites et orales avant son adoption, en méconnaissance du principe général des droits de la défense ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; seul son transfert au centre de détention du Muret lui permettra de bénéficier d'un suivi post-opératoire adéquat à son état de santé ;

- elle est arbitraire et relève d'un règlement de compte.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mars 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable, la décision attaquée constituant une mesure d'ordre intérieur insusceptible de recours ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 septembre 2020 du bureau d'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Caustier,

- et les conclusions de M. Christian, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, incarcéré au centre de détention de Bapaume, a fait l'objet le 24 janvier 2018, sur sa demande, d'une décision de transfert vers le centre de détention de Muret. Par une décision du 15 janvier 2020, le garde des sceaux, ministre de la justice, a procédé au retrait de cette décision de transfert. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cette dernière décision.

Sur la fin de non-recevoir :

2. Eu égard à leur nature et à leurs effets sur la situation des détenus, les décisions refusant de donner suite à la demande d'un détenu de changer d'établissement ne constituent pas des actes administratifs susceptibles de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir, sous réserve que ne soient pas en cause des libertés et des droits fondamentaux des détenus. Doivent être regardées comme mettant en cause des libertés et des droits fondamentaux des détenus, les seules décisions qui portent à ces droits et libertés une atteinte qui excède les contraintes inhérentes à leur détention.

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui est atteint d'une surdité sévère, a demandé à être transféré au centre de détention de Muret afin de pouvoir bénéficier d'une opération chirurgicale d'implant cochléaire ainsi que du suivi post-opératoire et de la rééducation qu'implique une telle opération. Toutefois, le requérant, qui se borne à produire les pièces médicales établies lors de la procédure qu'il avait initiée - avant de l'abandonner - en 2009, alors qu'il était encore incarcéré au centre de détention de Muret, en vue de la pose d'un implant cochléaire, n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il ne pourrait bénéficier, s'il devait restait incarcéré au centre de détention de Bapaume, de l'opération chirurgicale précitée et du suivi post-opératoire adéquat, ainsi qu'il le prétend. A l'inverse, le garde des sceaux fait valoir que l'intéressé pourra bénéficier de cette opération et du suivi post-opératoire adéquat tout en demeurant au centre de détention de Bapaume en se prévalant de la circonstance, non contestée, que le centre hospitalier universitaire de Lille est doté d'un centre d'implantation cochléaire et que le centre hospitalier d'Arras est quant à lui doté d'un pôle ORL permettant la réalisation d'un suivi audiométrique. Dans ces circonstances, et en l'état des pièces du dossier, la décision attaquée par laquelle le garde des sceaux a retiré la décision de transfert de M. B vers le centre de détention de Muret ne peut être regardée comme ayant porté à ses libertés et droits fondamentaux une atteinte excédant les contraintes inhérentes à sa détention. Il s'ensuit que le garde des sceaux est fondé à faire valoir que la décision en litige constitue une mesure d'ordre intérieur qui n'est pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir.

4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision litigieuse ne peuvent qu'être rejetées. Par voie de conséquence, le surplus des conclusions de la requête doit également être rejeté.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au garde des sceaux, ministre de la justice, et à Me Semaesse

Délibéré après l'audience du 5 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Marjanovic, président,

M. Larue, premier conseiller,

M. Caustier, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mai 2023.

Le rapporteur,

Signé

G. CAUSTIER

Le président,

Signé

V. MARJANOVIC

La greffière,

Signé

D. WISNIEWSKI

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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