vendredi 27 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2003826 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | INGELAERE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 juin 2020 et le 23 février 2021, M. C A, représenté par Me Laur, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté n° 2020-145 du 3 avril 2020 par lequel le maire de Drocourt lui a attribué, à compter du 1er avril 2020, une indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise (I.F.S.E) d'un montant annuel de 7 348,02 euros ;
2°) d'enjoindre à la commune de le rétablir dans ses droits indemnitaires, rétroactivement à la date du 1er avril 2020, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête, qui comporte plusieurs moyens de légalité interne et externe, est recevable ;
- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il lui a été notifié 21 jours après son adoption ;
- la diminution de ses droits à l'IFSE n'est justifiée par aucun des critères cités par la délibération n°2018-005 du conseil municipal en date du 13 mars 2018 ou par la règlementation en vigueur ; le montant de son IFSE doit être égal à celui de l'ISS dont il bénéficiait jusqu'à l'adoption de l'arrêté contesté ;
- l'arrêté en litige constitue une sanction déguisée ;
- il est victime d'une discrimination et de harcèlement moral, harcèlement qui fera l'objet d'une autre procédure contentieuse.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 8 septembre 2020 et 27 septembre 2021, la commune de Drocourt, représentée par la Selarl Ingelaere et Partners Avoats, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable, à défaut de contenir l'énoncé de moyens de droit, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative ;
- les conclusions indemnitaires sont irrecevables, à défaut d'être chiffrées et d'avoir été précédées d'une demande préalable indemnitaire ;
- aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 91-875 du 6 septembre 1991 ;
- le décret n° 2014-513 du 23 mai 2014 ;
- le décret n° 2020-182 du 27 février 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- et les conclusions de M. Christian, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, technicien principal territorial de 1ère classe et responsable des services techniques de la commune de Drocourt depuis le 1er septembre 2017, s'est vu attribuer, par un arrêté du maire en date du 19 avril 2018, le bénéfice de l'indemnité spécifique de service (ISS) à compter du 1er janvier 2018, au taux moyen annuel de son grade affecté du coefficient de modulation individuelle de 1. Par une délibération du 13 mars 2018, le conseil municipal de Drocourt a institué, à compter du 1er juin 2018, le régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel (RIFSEEP). Par un arrêté du 3 avril 2020, le maire de Drocourt a attribué à M. A, en remplacement de l'ISS, une indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise (IFSE) d'un montant annuel de 7 348,02 euros à compter du 1er avril 2020.
Sur l'étendue du litige :
2. Par la présente requête et dans le dernier état de ses écritures, M. A doit être regardé comme demandant seulement au tribunal d'annuler l'arrêté du 3 avril 2020 précité et d'enjoindre à la commune de Drocourt de le rétablir dans ses droits indemnitaires à compter du 1er avril 2020, sous astreinte.
Sur la fin de non-recevoir :
3. Aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. / () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que la requête de M. A contient l'énoncé des conclusions susvisées et de moyens exposés à leur soutien. La fin de non-recevoir tirée de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent doit, par suite, être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration () ". Aux termes de l'article 1 du décret du 6 septembre 1991 pris pour l'application du premier alinéa de l'article 88 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " L'assemblée délibérante de la collectivité () fixe, dans les limites prévues à l'article 1er, la nature, les conditions d'attribution et le taux moyen des indemnités applicables aux fonctionnaires de ces collectivités ou établissements. () / () / L'autorité investie du pouvoir de nomination détermine, dans cette limite, le taux individuel applicable à chaque fonctionnaire. ".
6. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté contesté a été signé par le maire de Drocourt, qui était compétent pour l'adopter en application des dispositions citées au point précédent. Le moyen soulevé sur ce point doit, par suite, être écarté.
7. En deuxième lieu, la décision par laquelle l'autorité territoriale détermine le montant individuel de l'IFSE et du CIA pour chaque agent n'est pas au nombre des décisions individuelles défavorables devant être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué ne peut qu'être écarté.
8. En troisième lieu, les conditions de notification d'une décision administrative n'affectent pas sa légalité et n'ont d'incidence que sur les voies et délais de recours contentieux. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté n'aurait été notifié au requérant que trois semaines après son adoption est inopérant et doit, par suite, être écarté.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 88 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa version applicable au présent litige : " Les organes délibérants des collectivités territoriales et de leurs établissements publics fixent les régimes indemnitaires, dans la limite de ceux dont bénéficient les différents services de l'Etat. / () / Lorsque les services de l'Etat servant de référence bénéficient d'une indemnité servie en deux parts, l'organe délibérant détermine les plafonds applicables à chacune de ces parts et en fixe les critères, sans que la somme des deux parts dépasse le plafond global des primes octroyées aux agents de l'Etat. / () ". Aux termes de l'article 1er du décret du 20 mai 2014 portant création d'un régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel dans la fonction publique de l'Etat, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Les fonctionnaires relevant de la loi du 11 janvier 1984 susvisée peuvent bénéficier, d'une part, d'une indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise et, d'autre part, d'un complément indemnitaire annuel lié à l'engagement professionnel et à la manière de servir, dans les conditions fixées par le présent décret. () ". Aux termes de l'article 2 de ce décret : " Le montant de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise est fixé selon le niveau de responsabilité et d'expertise requis dans l'exercice des fonctions. / Les fonctions occupées par les fonctionnaires d'un même corps ou statut d'emploi sont réparties au sein de différents groupes () / () / Le versement de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise est mensuel. ". Aux termes de l'article 4 de ce décret : " Les fonctionnaires mentionnées à l'article 1er peuvent bénéficier d'un complément indemnitaire annuel qui tient compte de l'engagement professionnel et de la manière de servir, appréciée dans les conditions fixées en application de l'article 55 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée. () ". Aux termes de l'article 6 du même décret : " Lors de la première application des dispositions du présent décret, le montant indemnitaire mensuel perçu par l'agent au titre du ou des régimes indemnitaires liés aux fonctions exercées ou au grade détenu et, le cas échéant, aux résultats, à l'exception de tout versement à caractère exceptionnel, est conservé au titre de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise jusqu'à la date du prochain changement de fonctions de l'agent () ".
10. M. A soutient que le montant de l'IFSE qui lui a été accordé aurait dû être équivalent à celui de l'ISS qu'il percevait jusqu'alors, et que la baisse de ses droits indemnitaires résultant de la différence entre ces deux montants n'est justifiée ni par les dispositions de la délibération du 13 mars 2018 par laquelle le conseil municipal de Drocourt a institué le RIFSEEP pour les agents de la commune à compter du 1er juin 2018, ni " par la règlementation en vigueur ".
11. Toutefois, et d'une part, il ressort des dispositions de la délibération précitée que le conseil municipal de Drocourt a fixé, pour chaque groupe d'agents publics de la commune, les montants annuels maximaux pouvant leur être accordés au titre de l'IFSE et du complément indemnitaire annuel (CIA). Il appartient ensuite au maire de la commune de fixer, dans cette limite, le montant individuel accordé à chaque agent. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige, qui lui accorde un montant d'IFSE inférieur au plafond fixé par la délibération précitée, méconnaîtrait ses dispositions. D'autre part, dès lors que les dispositions précitées de l'article 6 du décret du 20 mai 2014 susvisé ne sont pas applicables aux fonctionnaires territoriaux, aucun principe ni aucun texte n'imposait au maire de Drocourt d'accorder au requérant un montant d'IFSE égal au montant d'ISS qu'il percevait jusqu'alors, alors qu'il est au demeurant constant que le RIFSEEP comporte une seconde composante versée annuellement, à savoir le CIA. Enfin, M. A n'apporte aucun élément de nature à établir que le montant d'IFSE qui lui a été accordé par l'arrêté en litige serait, compte tenu de son niveau de responsabilité et d'expertise, entaché d'une erreur manifeste d'appréciation. Les moyens cités au point 10 doivent, par suite, être écartés.
12. En cinquième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, et dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le montant attribué au requérant diffèrerait de celui attribué à des agents à un poste et une expérience professionnelle comparables, M. A n'apporte pas d'éléments de nature à établir que l'arrêté contesté constituerait une sanction déguisée ni à faire présumer l'existence d'une discrimination. Ces moyens doivent, par suite, être écartés.
13. En dernier lieu, si le requérant soutient que l'arrêté en litige participerait au harcèlement moral dont il serait victime depuis la fin de l'année 2017 et indique avoir été victime d'une mise au placard, de propos diffamatoires de la part de la directrice générale des services et du maire de la commune, avoir été injustement accusé d'un manquement à ses obligations déontologiques et ne pas bénéficier d'un aménagement de poste alors qu'il est en situation de handicap, il ne produit aucun élément, au soutien de ces allégations, permettant de faire présumer l'existence d'une telle situation de harcèlement moral. Dès lors, ce moyen doit, en tout état de cause, être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté en litige.
Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :
15. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution, de sorte que les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte doivent également être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Drocourt, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A la somme demandée par la commune de Drocourt au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Drocourt présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la commune de Drocourt.
Délibéré après l'audience du 6 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Marjanovic, président,
M. Larue, premier conseiller,
M. Caustier, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2023.
Le rapporteur,
Signé
G. B
Le président,
Signé
V. MARJANOVIC
La greffière,
Signé
D. WISNIEWSKI
La République mande et ordonne au Préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2003826
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026