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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2003937

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2003937

mardi 29 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2003937
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantAARPI PANTONE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 juin 2020, M. A C, représenté par Me Thieffry, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet du Nord a implicitement rejeté sa demande de délivrance d'une carte de résident de dix ans ou d'une carte de séjour pluriannuelle ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord, à titre principal, de lui délivrer une carte de résident de dix ans dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord, à titre subsidiaire, de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet du Nord, à titre encore subsidiaire, de statuer sur sa demande de carte de résident, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision implicite de délivrance d'une carte de résident de dix ans :

- il n'est pas établi que la personne qui a pris cette décision implicite de refus de délivrance d'une carte de dix ans était compétente pour ce faire ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 314-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision implicite de délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle :

- il n'est pas établi que la personne qui a pris cette décision implicite de refus de délivrance d'une carte de dix ans était compétente pour ce faire ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions du 11° de l'article L. 313-11 et celles de l'article L. 313-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une lettre du 3 octobre 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen soulevé d'office, tiré de ce que les conclusions à fin d'annulation d'une décision de refus de délivrance d'un titre de séjour pluriannuelle étaient irrecevables car dirigées contre une décision inexistante.

Par un mémoire, enregistré le 3 octobre 2022, M. C, représenté par Me Thieffry conclut aux mêmes fins que précédemment.

Il fait valoir qu'il a bien déposé, notamment, une demande de titre de séjour pluriannuelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, né le 12 juillet 1959 en Angola, de nationalité angolaise, est entré en France le 18 septembre 2010 muni d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour d'une durée de six jours, délivré le 9 septembre 2010 par les autorités consulaires espagnoles à Luanda. Il a ultérieurement bénéficié de titres de séjour en qualité d'" étranger malade " au titre du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par courrier du 16 octobre 2017, M. C a sollicité du préfet du Nord la délivrance d'une carte de résident de dix ans. Par la requête dont le tribunal est saisi, M. C demande l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Nord a implicitement rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision implicite de délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle :

2. Si M. C demande l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Nord aurait implicitement rejeté sa demande de délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle, il ne ressort pas des pièces du dossier, en particulier de sa lettre du 16 octobre 2017, qu'il a présenté une telle demande, ce courrier ne faisant état que d'une demande d'un certificat de résidence de dix ans. Par suite, aucune décision implicite de refus de délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle n'est née d'un prétendu refus du préfet du Nord et le requérant n'est pas recevable à demander l'annulation d'une décision dont l'existence ne ressort pas des pièces du dossier.

En ce qui concerne la décision implicite de rejet d'une carte de résident de dix ans :

3. En premier lieu, une décision implicite de rejet est réputée avoir été prise par l'autorité compétente pour se prononcer sur la demande. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision implicite attaquée ne peut, dès lors, qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation.

Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. () ".

5. Si le requérant soutient que la décision contestée est insuffisamment motivée, il ne ressort pas des pièces du dossier, et n'est d'ailleurs ni soutenu ni allégué, qu'il ait sollicité du préfet du Nord la communication des motifs de cette décision implicite. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision implicite contestée doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'avant de prendre la décision en litige le préfet du Nord n'aurait pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 314-8, alors en vigueur, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " est délivrée de plein droit à l'étranger qui justifie : / 1° D'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France au titre de l'une des cartes de séjour temporaires ou pluriannuelles ou de l'une des cartes de résident prévues au présent code, à l'exception de celles délivrées sur le fondement des articles L. 313-7, L. 313-7-1, L. 313-7-2 ou L. 313-13, du 3° de l'article L. 313-20, des articles L. 313-23, L. 316-1 ou L. 317-1 ou du 8° de l'article L. 314-11. / () ". Par ailleurs, aux termes de l'article R. 314-1-1, alors en vigueur, du même code : " L'étranger qui sollicite la délivrance de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " doit justifier qu'il remplit les conditions prévues aux articles L. 314-8, L. 314-8-1 ou L. 314-8-2 en présentant, outre les pièces mentionnées aux articles R. 311-2-2 et R. 314-1, les pièces suivantes : / 1° La justification qu'il réside légalement et de manière ininterrompue en France depuis au moins cinq ans, sous couvert de l'une des cartes de séjour mentionnées aux articles L. 314-8 et L. 314-8-2 ou sous couvert d'un des visas mentionnés aux 4°, 5°, 7°, 8°, 9°, à l'exception de celui conférant les droits attachés à la carte de séjour pluriannuelle du 3° de l'article L. 313-20, et 11° de l'article R. 311-3 ; () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. A C, né le 12 juillet 1959 en Angola, de nationalité angolaise, est entré en France le 18 septembre 2010 muni d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour d'une durée de six jours, délivré le 9 septembre 2010 par les autorités consulaires espagnoles à Luanda. M. C a demandé son admission au séjour pour motif médical le 2 décembre 2010 et a alors bénéficié de deux autorisations provisoires de séjour valables du 4 juillet 2011 au 3 janvier 2012 et du 4 janvier 2012 au 3 juillet 2012. Il a ensuite demandé son admission au séjour en raison de son état de santé le 17 janvier 2013 et s'est vu délivrer des titres de séjour valables du 14 janvier 2013 au 13 janvier 2014, du 20 mars 2014 au 19 mars 2015 et du 9 avril 2015 au 8 avril 2016. Par dossier déposé le 22 avril 2016, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 11 octobre 2016, le préfet du Nord a rejeté sa demande de renouvellement et lui a fait obligation de quitter le territoire français. M. C a contesté cet arrêté devant le tribunal administratif de Lille. En cours d'instance, le préfet du Nord a décidé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " pour raisons de santé, valable du 15 décembre 2016 au 14 décembre 2017. Il résulte de ce qui précède que M. C ne justifie pas, eu égard en particulier aux périodes couvertes par les différents titres de séjour, d'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France au titre de l'une des cartes de séjour temporaires. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent doit, par suite, être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. C vit en France depuis 2010 et que se trouvent sur le territoire français ses deux filles ainsi que des petits-enfants. Pour autant, il ressort également des pièces du dossier que M. C a vécu en Angola jusqu'en 2010, est entré en France à l'âge de 51 ans et qu'il n'est pas dépourvu en Angola de toute famille puisqu'y réside au moins un de ses fils, de nationalité angolaise, né en 1999. Par suite, et alors que le préfet du Nord, suite à la demande présentée par lettre du 16 octobre 2017, a délivré un titre d'un an au titre de la " vie privée et familiale " valable du 14 juin 2019 au 13 juin 2020, la décision contestée n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant à mener une vie privée et familiale normale et n'a, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. Pour les mêmes motifs que précédemment, et alors d'ailleurs que la décision contestée ne porte pas obligation de quitter le territoire français, ladite décision n'est pas entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. C.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision par laquelle le préfet du Nord a refusé de délivrer à M. C une carte de résident valable dix ans doivent être rejetées.

Sur les autres conclusions :

13. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. C doivent être rejetées.

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 8 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

- M. Fabre, président,

- M. Groutsch, premier conseiller,

- Mme Piou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 202Le président-rapporteur,

signé

X. BL'assesseur le plus ancien,

signé

P. GROUTSCH

La greffière,

signé

M. D

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

5

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