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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2003971

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2003971

mardi 11 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2003971
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantGOMMEAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 10 juin 2020 et 4 juillet 2022, M. G E, représenté par Me Gommeaux, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 juillet 2019 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de lui rétablir le bénéfice desdites conditions dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois suivant la notification du présent jugement, sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- la requête, qui n'est pas tardive, est recevable ;

- il n'est pas établi que la décision contestée, dont l'auteur n'est d'ailleurs pas précisément identifié, a été signée par une personne qui était compétente pour ce faire ;

- la décision contestée est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, par méconnaissance des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'a pas fait l'objet d'une évaluation de vulnérabilité ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile eu égard à sa situation de vulnérabilité ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mai 2022, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête est tardive ;

- à titre subsidiaire, aucun des moyens soulevés n'est fondé.

M. E a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 novembre 2019.

La clôture de l'instruction a été fixée au 8 août 2022 à 12 h 00 par une ordonnance du 6 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu le rapport de Mme A au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. G E, ressortissant afghan né le 26 septembre 1990 à Baghlan (Afghanistan), déclare être entré en France le 10 mai 2016. Le 9 décembre 2016, il a présenté une demande d'asile et accepté le bénéfice des conditions matérielles d'accueil que lui a proposé l'OFII. Par un arrêté du 10 mars 2017, le préfet du Nord a décidé de son transfert vers l'Italie. Après avoir été déclaré en fuite par les services de la préfecture, l'intéressé s'est vu notifier une décision du 1er octobre 2017 portant suspension de ses conditions matérielles d'accueil. Le 3 mai 2019, il a demandé à l'OFII de lui rétablir le bénéfice desdites conditions au motif que sa demande d'asile avait été enregistrée en procédure dite " normale " en France. Par décision du 18 juillet 2019, l'OFII a refusé de faire droit à sa demande. Par la présente requête, M. E demande au tribunal d'annuler cette dernière décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Il ressort des pièces du dossier que la décision en litige a été signée, non pas par Mme D F, directrice territoriale mais, pour le directeur général et par délégation, par M. B C, directeur territorial adjoint, qui était compétent pour ce faire en vertu d'une décision du 1er septembre 2017, publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur du 15 octobre suivant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les articles applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, énonce la date à laquelle la demande d'asile de M. E a été enregistrée et celle à laquelle les conditions matérielles d'accueil ont été acceptées par l'intéressé, la date de la décision lui en ayant suspendu le bénéfice et les motifs retenus pour justifier cette précédente décision, développe les motifs de refus de sa demande de rétablissement de ces dernières, en tenant notamment compte de sa vulnérabilité. Enfin, l'OFII n'était pas tenu de se prononcer sur les besoins particuliers de l'intéressé en matière d'accueil dès lors qu'il avait considéré qu'il n'était pas dans une situation de vulnérabilité. La décision attaquée comporte ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et le moyen tiré du défaut de motivation doit, par suite, être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, en particulier la décision contestée, suffisamment motivée, que l'OFII, avant de prendre ladite décision a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. E.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. /L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines./ () ".

6. Il résulte de ces dispositions que l'entretien avec le demandeur d'asile, qui a pour objet de connaître l'intégralité de sa situation et d'évaluer ses besoins, doit intervenir à l'occasion du dépôt d'une première demande d'asile et avant que l'OFII ne statue sur l'octroi de conditions matérielles d'accueil. En revanche, ces dispositions ne sauraient être interprétées comme imposant qu'un nouvel entretien ait lieu dans le cadre de l'examen d'une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil après que celles-ci ont été suspendues ou retirées. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure par méconnaissance des dispositions citées au point précédent ne peut qu'être écarté.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction résultant de la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile () ". Si les termes de cet article ont été modifiés par différentes dispositions du I de l'article 13 de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, il résulte du III de l'article 71 de cette loi que ces modifications, compte tenu de leur portée et du lien qui les unit, ne sont entrées en vigueur ensemble qu'à compter du 1er janvier 2019 et ne s'appliquent qu'aux décisions initiales, prises à compter de cette date, relatives au bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées et acceptées après l'enregistrement de la demande d'asile. Les décisions relatives à la suspension et au rétablissement de conditions matérielles d'accueil accordées avant le 1er janvier 2019 restent régies par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018.

7. Il résulte des dispositions précédemment citées que les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'OFII après l'enregistrement de la demande d'asile auquel il est procédé en application de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si, par la suite, les conditions matérielles proposées et acceptées initialement peuvent être modifiées, en fonction notamment de l'évolution de la situation du demandeur ou de son comportement, la circonstance que, postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'examen de celle-ci devienne de la compétence de la France n'emporte pas l'obligation pour l'Office de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil qui avaient été proposées et acceptées initialement par le demandeur. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement de l'article L. 744-8, dans sa rédaction issue de la loi du 29 juillet 2015, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'OFII, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

8. Si M. E invoque des problèmes de santé et produit, à l'appui de sa requête, plusieurs ordonnances et certificats médicaux, d'ailleurs établis postérieurement à la date de la décision et faisant état d'une lombosciatique L5 gauche ainsi que d'une hernie discale, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces pathologies auraient déjà été existantes à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, il ressort également des pièces du dossier que le requérant est hébergé chez Coallia, rue de Cannes à Lille. Ainsi, et en dépit de l'absence de ressources alléguée, le requérant ne présentait pas, à la date de la décision litigieuse, de facteurs de vulnérabilité particuliers au sens des dispositions précitées. Par suite, en refusant de procéder au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil, l'OFII n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L.744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En sixième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que précédemment énoncés, le moyen tiré de ce que la décision serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense par l'OFII, M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision qu'il conteste.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

11. L'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions de la requête aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12.Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme quelconque soit mise à la charge de l'OFII, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G E et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Fabre, président,

Mme Monteil, première conseillère,

Mme Piou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2022.

La rapporteure,

signé

C. A

Le président,

signé

X. FABRE

La greffière,

signé

A. HAUTCOEUR

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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