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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2004002

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2004002

mardi 4 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2004002
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantINUNGU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 juin 2020, M. A B, représenté par Me Inungu, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du maire de Mons-en-Barœul du 24 avril 2020 prononçant à son encontre la sanction disciplinaire d'exclusion temporaire des fonctions pour une durée de dix jours ;

2°) d'enjoindre au maire de Mons-en-Barœul de le rétablir sans délai dans ses droits, sous astreinte de 500 euros par jour de retard à compter du jour suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Mons-en-Barœul la somme de 4 000 euros à verser à son conseil en application combinée des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé, en violation des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la procédure disciplinaire sur laquelle s'appuie l'arrêté attaqué est irrégulière en ce que son conseil n'a pas signé le rapport d'enquête administrative et n'en a pas reçu copie ;

- l'enquête administrative n'a pas été réalisée de manière impartiale ;

- la décision attaquée repose sur des faits matériellement inexacts ;

- elle est entachée d'un détournement de procédure ;

- les mesures de retenue de 10/30ème de la rémunération et d'inscription de la sanction à son dossier doivent être annulées en raison de l'illégalité de la sanction prononcée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 février 2021, la commune de Mons-en-Barœul, représentée par Me Hanicotte, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge du requérant de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 16 février 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 mai 2022.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 août 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Borget, rapporteur,

- les conclusions de Mme Allart, rapporteure publique,

- et les observations de Me Mbogning, substituant Me Inungu, représentant M. B et de Me Playoust, subtituant Me Hanicotte, représentant la commune de Mons-en-Baroeul.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, auxiliaire de soins principal de 2ème classe titulaire de la commune de Mons-en-Barœul, a été mis à disposition du centre communal d'action sociale et affecté au service d'accueil de jour de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) . Par un arrêté du 24 avril 2020, le maire de Mons-en-Barœul a prononcé à son encontre la sanction disciplinaire d'exclusion temporaire des fonctions de dix jours. Le requérant demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 2° Infligent une sanction ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. L'arrêté contesté vise les lois et règlements dont il est fait application, en particulier la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires et celle du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, et expose les griefs retenus à l'encontre de M. B. Si ce dernier reproche à la décision de ne pas contenir de faits précis et circonstanciés, il ressort des pièces du dossier, et notamment des pièces produites par le requérant lui-même au soutien de sa requête, qu'il a reçu communication tant du rapport de saisine du conseil de discipline que de l'avis rendu par ce dernier et que ces documents contenaient une description précise, exhaustive et détaillée des manquements reprochés. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire une quelconque obligation pour l'administration, dans le cadre d'une enquête administrative préalable à une procédure disciplinaire, de faire signer par le conseil de l'agent concerné le rapport établi par l'administration à la suite de l'entretien préalable mené avec l'agent ni de communiquer à ce conseil une copie dudit rapport. Le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure disciplinaire doit donc être écarté.

5. En troisième lieu, pour soutenir que l'enquête administrative aurait été menée de manière partiale, M. B relève, d'une part, que n'ont pas été entendues, avant qu'il n'en fasse la demande devant le conseil de discipline, certaines personnes formulant des déclarations en contradiction avec les témoignages recueillis durant l'enquête, et, d'autre part, que l'agent ayant mené les investigations administratives et représentant la commune devant le conseil de discipline était susceptible d'être habité par une animosité personnelle à son encontre. Toutefois, et en tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'enquête administrative aurait été menée de manière partiale, dans des conditions de nature à caractériser un quelconque comportement déloyal, ni que le conseil de discipline et l'autorité investie du pouvoir de sanction n'auraient pas pris en compte l'ensemble des éléments portés à leur connaissance pour se prononcer sur la situation de M. B.

6. En quatrième lieu, il ressort des témoignages recueillis au cours de l'enquête administrative que M. B a tenu, dans le cadre professionnel, de manière récurrente, des propos à caractère sexuel, allant jusqu'à évoquer ses propres pratiques intimes tout en questionnant ses collègues de sexe féminin sur celles qui étaient les leurs. Par ailleurs, a également été dénoncé l'envoi par le requérant d'un message à caractère sexuel à une collègue. Il ressort en outre de ces mêmes témoignages que certaines collègues de M. B, qui éprouvaient un sentiment de gêne ou malaise face à ce comportement, lui ont demandé de mettre un terme à ce comportement qu'elles jugeaient inconvenant mais que l'intéressé n'en a pas tenu compte. Les attestations produites par M. B, émanant de personnes côtoyées dans le cadre professionnel, qui affirment ne pas avoir été confrontées à titre personnel à des comportements ou des propos déplacés de la part du requérant, ne sont pas de nature à remettre en cause l'authenticité des témoignages retenus par l'autorité disciplinaire dès lors que ceux-ci concordent sur la nature et la teneur des propos dénoncés. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la sanction prononcée reposerait sur des faits dont la matérialité n'est pas établie.

7. En dernier lieu, la circonstance selon laquelle, pour motiver la sanction prononcée, la commune se serait fondée sur l'ensemble des faits apparus au cours de l'enquête administrative au lieu de ne retenir que le fait dénoncé ayant conduit au déclenchement de cette enquête n'est pas de nature à caractériser le détournement de procédure allégué.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision du maire de Mons-en-Barœul du 24 avril 2020 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction de rétablissement des droits du requérant.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Mons-en-Barœul, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse au conseil de M. B, la somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. B une somme de 300 euros à verser à la commune de Mons-en-Barœul au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera à la commune de Mons-en-Barœul une somme de 300 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Mons-en-Barœul.

Délibéré après l'audience du 13 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Leguin, présidente,

- M. Borget, premier conseiller,

- Mme Zoubir, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2022.

Le rapporteur,

signé

J. BORGET

La présidente,

signé

A-M. LEGUIN La greffière,

signé

S. MAUFROID

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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