mardi 5 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2004062 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | DUHAYON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 juin 2020, M. B D A, représenté par Me Duhayon, demande au tribunal :
1°) de lui accorder, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision de refus de rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil du directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du Nord en date du 21 janvier 2020 ;
3°) d'enjoindre au même directeur de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de 8 jours, de lui octroyer le bénéfice de l'allocation prévue au L.744-9 CESEDA rétroactivement à la date de la décision de suspension sans délai, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
- sa requête est recevable en tant qu'elle a été introduite dans les délais prévus par l'ordonnance n°2020-666 du 3 juin 2020 ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle est dépourvue d'examen particulier et sérieux ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L.744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige et l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 20 de la directive n°2013/33/UE du Parlement et du Conseil du 26 juin 2013 et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juillet 2020, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés
Le bénéfice de l'aide juridictionnelle a été refusé à M. A par une décision du 1er mars 2021.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2013/33/UE du Parlement et du Conseil du 26 juin 2013
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- la décision du Conseil d'Etat n°428530, 428564 du 31 juillet 2019.
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B D A, ressortissant afghan né le 26 décembre 1985 à Kaboul (Afghanistan), a déposé une demande d'asile auprès de la préfecture du Nord le 14 janvier 2019. Il a été placé en procédure Dublin et a accepté le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ce même jour. Par un arrêté du 14 février 2019, le préfet du Nord a ordonné le transfert de M. A aux autorités danoises. Cependant le 15 juillet 2019, M. A ne s'est pas présenté à un rendez-vous en préfecture de même que le lendemain, il ne s'est pas présenté à l'embarquement en vue de son transfert vers le Danemark. Par une nouvelle décision du 19 septembre 2019, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a notifié son intention de suspendre ses conditions matérielles d'accueil et l'a invité à présenter ses observations dans un délai de 15 jours. Par une décision du 6 novembre 2019, ce même directeur a suspendu lesdites conditions au motif que l'intéressé avait été déclaré en fuite par la préfecture. Le 11 novembre 2019, M. A a présenté ses observations relatives à cette suspension. Par une décision en date du 21 janvier 2020, le directeur général de l'OFII lui a notifié le refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il avait été déclaré en fuite par la préfecture, qu'il n'avait pas justifié des raisons pour lesquelles il n'avait pas respecté lesdites obligations et qu'il ne présentait pas de facteur de vulnérabilité particulier. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation de cette dernière décision.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Par une décision du 1er mars 2021, M. A s'est vu refusé le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, ses conclusions tendant à l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet, de telle sorte qu'il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, il ressort de la décision attaquée qu'elle vise les textes dont elle fait application et qu'elle indique que M. A a été déclaré en fuite par la préfecture, qu'il ne justifie pas des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti relativement au bénéfice des conditions matérielles d'accueil et qu'il ne ressort pas de l'évaluation de sa situation qu'il présentait des facteurs de vulnérabilité. Par suite, cette décision est suffisamment motivée et le moyen doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ressort de la décision litigieuse et des pièces du dossier qu'à l'occasion de la notification par le directeur territorial de l'OFII de son intention de suspendre ses conditions matérielles d'accueil, M. A a été invité à présenter ses observations quant à cette suspension. En l'espèce, celles-ci ont été présentées postérieurement à l'édiction de la décision de suspension en date du 6 novembre 2019. Cependant, ces dernières ont pu être prises en compte dans le cadre du réexamen de sa situation, à l'issue duquel le directeur territorial de l'OFII a refusé de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Il ressort de ses écritures que ce dernier a estimé qu'en l'absence de justification particulière, la situation du requérant ne présentait pas de caractéristiques de vulnérabilité au sens des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Au surplus, il ressort des pièces du dossier que l'OFII disposait de documents lui permettant d'établir que M. A ne s'était pas présenté à plusieurs de ses convocations. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier et sérieux ne peut qu'être écarté.
5. En troisième lieu, d'une part, aux termes des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ".
6. D'autre part, par sa décision du 31 juillet 2019, La CIMADE et autres, (nos 428530, 428564), le Conseil d'Etat a jugé que, dans l'attente de la modification des articles L. 744 -7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction issue de la loi n°2018-778 du 10 septembre 2018, jugées partiellement incompatibles avec la directive n°2013/33/UE du 26 juin 2013, il reste possible à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, après examen de sa situation particulière et par une décision motivée, au demandeur qui a refusé le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation. Il lui est également possible, dans les mêmes conditions et après avoir mis, sauf impossibilité, l'intéressé en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice de ces conditions lorsque le demandeur a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. Si le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office, qui devra apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.
7. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur, que tout demandeur d'asile doit faire l'objet d'un examen d'évaluation de sa vulnérabilité lorsqu'il présente sa première demande d'asile. Ces dispositions n'impliquent pas que cet examen doit être réitéré à l'occasion d'une demande de rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Il ressort néanmoins de la décision du Conseil d'Etat précité qu'à l'occasion d'une telle demande, l'OFII doit apprécier la situation particulière du demandeur notamment au regard de sa vulnérabilité, sans qu'il ne soit prévu de modalités particulières pour effectuer cette appréciation.
8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A a bénéficié d'un entretien de vulnérabilité, lors de sa première demande d'asile le 14 janvier 2019, que le directeur territorial de l'OFII, lorsqu'il lui a notifié son intention de suspendre ses conditions matérielles d'accueil, a invité M. A à présenter ses observations quant à cette décision. Il ressort des termes de la décision attaquée que lesdites observations, présentées postérieurement à la décision du 6 novembre 2019 ont pu être prises en compte dans le cadre de la décision de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Si le requérant allègue être dans une situation de vulnérabilité, il ressort des pièces du dossier que ce dernier n'assortit ses allégations d'aucune précision, ni pièce justificative à l'appui. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées ne peut qu'être écarté.
9. En quatrième et dernier lieu, si le requérant invoque la méconnaissance des dispositions de l'article 20.1 de la directive du Parlement européen et du Conseil n°2013/33/UE du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale et l'erreur manifeste d'appréciation commise dans leur application, il ne saurait se prévaloir directement de la méconnaissance de ces dispositions qui ont été intégralement transposées en droit interne.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision en date du 21 janvier 2020 par laquelle le directeur territorial de l'OFII lui a refusé le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions principales présentées par M. A n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction formulées ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'OFII, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse quelque somme que ce soit au conseil de M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant à l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La requête de M. B D A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du Nord.
Délibéré après l'audience du 14 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Bauzerand, président-rapporteur,
M. Even, premier conseiller,
Mme Piou, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.
Le président-rapporteur,
signé
Ch. C
L'assesseur le plus ancien,
signé
P. EVEN
La greffière,
signé
M. NICODEME
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026