mardi 22 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2004069 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | ARNOUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 12 juin 2020 et le 18 mars 2022, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, M. A D demande au tribunal :
1°) de condamner La Poste à lui verser la somme globale de 150 000 euros en réparation des préjudices matériel et moral subis du fait de l'illégalité de la décision du 30 août 2019 prononçant sa révocation ;
2°) de mettre à la charge de La Poste la somme de 3 000 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la sanction de révocation prise à son encontre est entachée d'une erreur de fait ;
- elle repose sur une qualification juridique inexacte des faits en ce qu'il n'a pas commis les fautes sur lesquelles elle se fonde ;
- elle est disproportionnée dès lors que la seule faute qui lui est imputable est l'absence d'information à sa hiérarchie ;
- l'illégalité dont est entachée la décision constitue une faute de nature à engager la responsabilité de La Poste ;
- du fait de cette illégalité, il a subi un préjudice matériel de 115 000 euros ainsi qu'un préjudice moral pouvant être évalué à 35 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 31 janvier 2022, La Poste, représentée par
Me Bellanger, demande au tribunal :
1°) de rejeter la requête de M. D ;
2°) de mettre à la charge de M. D la somme de 3 000 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés ;
- les préjudices matériel et moral ne sont pas réels et certains.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- l'instruction du 27 octobre 2016 portant règlement intérieur de La Poste ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de M. Groutsch, rapporteur public,
- et les observations de Me Tastard représentant la Poste.
Considérant ce qui suit :
1. M. D a intégré le service public des postes et télécommunications, devenu par
la suite La Poste, le 28 septembre 1982 en qualité d'agent d'exploitation. A compter de l'année 1987, dans le cadre de ses fonctions de conseiller financier, il a rencontré Mme E C, cliente de La Banque postale. A partir de 1992, cette cliente a souscrit dix contrats d'assurance-vie auprès de CNP Assurances. Suite à son décès le 15 septembre 2018 et à la demande de clôture des comptes qu'elle détenait, le directeur régional du Nord-Pas de Calais du réseau La Poste a eu connaissance du fait que M. D était l'un des légataires universels des biens de Mme C et qu'il était, de même que sa femme et ses filles, bénéficiaire d'un de ses contrats d'assurance-vie. Suite au rapport du service national d'enquêtes de La Poste et à l'ouverture d'une procédure disciplinaire, par décision du 30 août 2019, le directeur des relations sociales, des règles RH et des instances réglementaires nationales a prononcé une sanction de révocation à l'encontre de M. D. Par lettre du 16 décembre 2019, M. D a demandé en vain à son ex-employeur une indemnité de 150 000 euros à raison de l'illégalité de sa révocation. Par la présente requête, M. D demande au tribunal l'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'illégalité de cette décision.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Aux termes de l'article 19 du règlement intérieur de La Poste : " Dans le cadre des
relations entre La Poste et La Banque Postale, tout postier agissant au nom et pour le compte de La Banque est soumis à la déontologie bancaire, financière et d'assurance. / Cette déontologie constitue un ensemble de principes et de règles de conduite individuelles ou collectives destiné à être appliqué par le personnel concerné. / Ces règles de conduite constituent une obligation professionnelle dont le manquement est constitutif de faute. / Les principes généraux ainsi que certaines règles spécifiques sont présentés en annexe 3 du présent règlement intérieur. ". Aux termes de l'article 19bis du même règlement : " () Aucun agent ne peut bénéficier ou faire bénéficier une personne de son entourage (famille, concubinage, PACS), directement ou indirectement et sous quelque forme que ce soit : / - De prêts, dons, legs et plus généralement de toute libéralité ou transfert patrimonial de la part d'un client, sauf si celui-ci est une personne entretenant avec l'agent un lien préexistant de nature familiale, fiscale ou légale ; / - D'un contrat de quelque nature que ce soit souscrit par un client, sauf si celui-ci est une personne entretenant avec l'agent un lien préexistant de nature familiale, fiscale ou légale. () ". Et aux termes de l'annexe 3 : " Il est attendu des personnels qu'ils respectent les règles énoncées dans le Recueil de déontologie et ses annexes. Il est expressément rappelé que : () / Toute captation d'héritage, sous quelque forme que ce soit, est strictement interdite. () ".
3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que pour prendre la sanction de révocation à l'encontre du requérant, La Poste s'est fondée sur les griefs tirés d'une part, de la contravention par M. D des dispositions précitées des articles 19, 19 bis et des annexes 3 et 4 du règlement intérieur en vigueur à La Poste en acceptant sa désignation en tant que légataire universel à hauteur d'1/5ème des biens meubles et immeubles d'une cliente âgée de La Banque Postale rencontrée dans le cadre de ses fonctions, sans en informer sa hiérarchie, d'autre part, sur la contravention par le requérant des dispositions des articles précités en étant bénéficiaire avec sa femme et ses deux filles, sans en informer sa hiérarchie, d'un contrat d'assurance-vie de Mme C, ouvert par lui-même le 18 juillet 1996 lorsqu'il était conseiller financier au bureau de Waziers et enfin, sur le manquement de l'intéressé à l'obligation de désintéressement liée à sa qualité de fonctionnaire.
4. S'agissant du premier grief, il résulte de l'instruction que M. D a été porté
légataire universel de Mme C par testament olographe du 4 mars 203 modifié en dernier lieu le 24 mars 2016 et qu'il a accepté cette succession, alors même qu'il avait été entendu le 15 janvier 2019 par le service national d'enquêtes de La Poste lui ayant rappelé à cet égard la méconnaissance d'une telle acceptation avec le règlement intérieur de La Poste. Par ailleurs, s'il invoque une amitié profonde et sincère qui s'est développée suite à leur rencontre, un tel lien ne peut être considéré comme ayant une nature familiale. De plus, la circonstance que M. D ait été désigné comme référent médical de Mme C ne suffit pas à caractériser un lien légal entre eux. En tout état de cause, il n'est pas contesté qu'il n'y avait aucun lien de nature familiale, fiscale ou légale entre eux préexistant à leur rencontre dans le cadre des fonctions occupées par M. D. Enfin, à supposer que le requérant n'ait eu connaissance du contenu du testament de Mme C que lors de la lecture du testament par le notaire le 5 octobre 2018, il n'a pas alerté sa hiérarchie à compter de cette date. Dans ces circonstances, la matérialité du premier grief retenu par La Poste doit être regardée comme établie.
5. S'agissant du deuxième grief, il résulte de l'instruction que d'une part, par un avenant du 5 octobre 2000 au contrat Ascendo V n°445000629 souscrit par Mme C auprès du CNP Assurances le 18 juillet 1996 au sein de l'établissement postal de Waziers dans lequel
M. D était affecté, les deux filles de ce dernier ont été portées bénéficiaires à hauteur de 10% chacune de ce contrat, alors que M. D était conseiller financier de Mme C. Par avenant du 16 juillet 2009, leur part a été portée à 15% chacune. Il ressort également des écritures mêmes du requérant que suite à cette modification, il a indiqué à Mme C que cette disposition était " problématique ". Dès lors, M. D avait nécessairement connaissance à ce moment de cette situation et du risque de méconnaissance du règlement intérieur de La Poste. Il n'en a pas pour autant informé sa hiérarchie. D'autre part, suite à un nouvel avenant au contrat d'assurance-vie intervenu le 18 mars 2010, il a été fait mention que les bénéficiaires du contrat Ascendo V étaient dorénavant mentionnés dans le testament de
Mme C. A ce titre, la dernière version du testament olographe de Mme C, prévoit expressément que le requérant est bénéficiaire à hauteur de 25% de ce contrat dont le capital s'élève à 709 252,94 euros, et que sa femme et ses deux filles le sont à hauteur de 10% chacune. A supposer que M. D n'ait eu connaissance du contenu de ce testament que le 5 octobre 2018, il est constant qu'il n'en a pas informé sa hiérarchie ni le déontologue et qu'il a au contraire accepté le bénéfice de cette succession, même après son audition par le service national d'enquêtes. En outre, comme il a été déjà précisé, il n'existait pas de lien préexistant entre
M. D et sa cliente avant leur rencontre dans le cadre des fonctions du requérant. Si
M. D conteste avoir été l'agent ayant ouvert le contrat Ascendo V en cause, aux termes du règlement intérieur de La Poste, interdiction absolue est faite aux agents de bénéficier d'un contrat souscrit par un client avec qui l'agent n'aurait pas de lien préexistant, sans que l'ouverture dudit contrat par l'agent lui-même soit une circonstance nécessaire pour que le manquement soit constitué. Dès lors, en admettant même que le requérant ne soit pas à l'origine de ce contrat, la matérialité du deuxième grief retenu par La Poste est établie.
6. Enfin, en acceptant le bénéfice du statut de légataire universel et celui de contrats d'assurance-vie souscrits par une cliente de La Poste poursuivant une mission de service public et d'intérêt général, M. D a nécessairement méconnu l'obligation de probité et de désintéressement incombant à tout fonctionnaire en application de l'article 25 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires. La matérialité du troisième grief est par suite établie.
7. En deuxième lieu, la décision de sanction pouvait, sans être entachée d'erreur de qualification juridique des faits, retenir que les agissements de M. D, traduisant des manquements graves à la déontologie professionnelle des agents de La Banque Postale, une violation du règlement intérieur applicable et une méconnaissance de l'obligation de probité et de désintéressement, comme constitutifs de fautes professionnelles justifiant le prononcé d'une sanction.
8. En troisième lieu, les fautes retenues, compte tenu de la nature des fonctions de l'intéressé, directeur d'établissement depuis 2008, de la nécessaire connaissance qu'il avait de ses obligations déontologiques, et de l'incidence que de tels agissements peuvent avoir pour la réputation de La Poste, sont d'une particulière gravité. Si le requérant invoque des liens d'amitié profonds et anciens avec Mme C, ils ne sauraient atténuer la gravité des fautes commises. De même, ni le fait que M. D n'ait fait l'objet d'aucune précédente sanction et qu'il ait toujours été bien noté, ni la circonstance que les autres héritiers de Mme C ne se sont pas opposé aux termes de la dévolution successorale ne sauraient davantage atténuer la gravité des manquements en cause. Dans ces circonstances, La Poste n'a pas pris une sanction disproportionnée en révoquant l'intéressé de ses fonctions.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité fautive de la décision de révocation du 30 août 2019. Par conséquent, ses conclusions indemnitaires ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de La Poste, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. D au titre des frais exposés. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du requérant la somme de 3 000 euros à verser à La Poste au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : M. D versera la somme de 3 000 euros à La Poste, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et à La Poste.
Délibéré après l'audience du 3 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
- Mme Féménia, présidente,
- M. Bourgau, premier conseiller,
- M. Horn, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2022.
La présidente rapporteure,
J. BL'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
T. BOURGAU
La greffière,
C. KUREK
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026