mercredi 28 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2004117 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | MALEXIEUX |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 17 juin 2020, enregistrée le 18 juin 2020 au greffe du tribunal, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal la requête présentée par la société Nov'Déco.
Par une requête, enregistrée le 9 juin 2020 au greffe du tribunal administratif de Paris, et un mémoire, enregistré le 6 août 2020, la société à responsabilité limitée Nov'déco, représentée par Me Melexieux, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 6 mars 2020 par laquelle le directeur général de l'immigration et de l'intégration (OFII) a rejeté son recours gracieux formé à l'encontre de la décision du 5 février 2020 par laquelle la même autorité a mis à sa charge la somme de 7 140 euros au titre de la contribution spéciale et celle de 2 553 euros au titre de la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le salarié lui ayant présenté un titre de séjour espagnol, elle n'avait ni l'obligation de vérifier au préalable auprès de l'autorité administrative la validité de ce titre ni celle de demander une autorisation de travail ;
- elle a été victime d'une usurpation d'identité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juillet 2020, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 12 mars 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 13 avril 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Le 27 mars 2018, lors d'un contrôle sur un chantier situé à Lille, les services de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) et ceux de la police ont constaté la présence de M. E A, ressortissant congolais (République démocratique du Congo), en action de travail alors qu'il était dépourvu de titre l'autorisant à séjourner et à travailler en France même si son emploi a été déclaré par son employeur, la société Nov'déco. Par un courrier du 26 décembre 2019, le directeur général de l'OFII a informé la société de son intention de lui appliquer la contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail et la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement prévue par l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'a invitée à présenter des observations dans un délai de quinze jours. Après avoir recueilli, le 7 janvier 2020, les observations de la société Nov'déco, le directeur général de l'OFII lui a appliqué, par une décision du 5 février 2020, la contribution spéciale à hauteur de 7 140 euros et la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement pour un montant de 2 553 euros. Le 10 février 2020, la société Nov'déco a formé un recours gracieux contre cette décision, qui a été rejeté le 6 mars 2020. Par la présente requête, la société Nov'déco demande au tribunal l'annulation des décisions du directeur général de l'OFII des 5 février et 6 mars 2020.
Sur les conclusions à fins d'annulation des décisions du directeur général de l'OFII :
2. Aux termes de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France () ". A cet égard, l'article L. 5221-8 du même code prévoit que " l'employeur s'assure auprès des administrations territorialement compétentes de l'existence du titre autorisant l'étranger à exercer une activité salariée en France, sauf si cet étranger est inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi tenue par l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 ". En application du premier alinéa de l'article L. 8253-1 du même code, " sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12 () ". Ce montant est fixé de manière forfaitaire, par l'article R. 8253-2 du même code, à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12, à la date de la constatation de l'infraction. Il est réduit à 2 000 fois le taux horaire du minimum garanti lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne pas d'autre infraction commise à l'occasion de l'emploi du salarié étranger en cause que la méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 ou lorsque l'employeur s'est acquitté des salaires et indemnités dans les conditions prévues par les articles R. 8252-6 et R. 8252-7 du même code. Il est, dans ce dernier cas, réduit à 1 000 fois le taux horaire du minimum garanti lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne l'emploi que d'un seul étranger sans titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. Enfin, il est porté à 15 000 fois le taux horaire du minimum garanti lorsqu'une méconnaissance du premier alinéa de l'article L. 8251-1 a donné lieu à l'application de la contribution spéciale à l'encontre de l'employeur au cours de la période de cinq années précédant la constatation de l'infraction. En vertu de l'article R. 8253-1 de ce code : " La contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 est due pour chaque étranger employé en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1. / Cette contribution est à la charge de l'employeur qui a embauché ou employé un travailleur étranger non muni d'une autorisation de travail ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine ".
3. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi comme juge de plein contentieux d'une contestation portant sur une sanction prononcée sur le fondement de l'article L. 8253-1 du code du travail, d'examiner tant les moyens tirés des vices propres de la décision de sanction que ceux mettant en cause le bien-fondé de cette décision et de prendre, le cas échéant, une décision qui se substitue à celle de l'administration. Celle-ci devant apprécier, au vu notamment des observations éventuelles de l'employeur, si les faits sont suffisamment établis et, dans l'affirmative, s'ils justifient l'application de cette sanction administrative, au regard de la nature et de la gravité des agissements et des circonstances particulières à la situation de l'intéressé, le juge peut, de la même façon, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, tant s'agissant du manquement que de la proportionnalité de la sanction, maintenir la contribution, au montant fixé de manière forfaitaire par les dispositions citées au point 2, ou en décharger l'employeur.
4. Il résulte par ailleurs précitées de l'article L. 8253-1 du code du travail et de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les contributions qu'ils prévoient ont pour objet de sanctionner les faits d'emploi d'un travailleur étranger séjournant irrégulièrement sur le territoire français ou démuni de titre l'autorisant à exercer une activité salariée, sans qu'un élément intentionnel soit nécessaire à la caractérisation du manquement. Toutefois, un employeur ne saurait être sanctionné sur le fondement de ces dispositions, qui assurent la transposition des articles 3, 4 et 5 de la directive 2009/52/CE du Parlement européen et du Conseil du 18 juin 2009 prévoyant des normes minimales concernant les sanctions et les mesures à l'encontre des employeurs de ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, lorsque tout à la fois, d'une part, il s'est acquitté des obligations qui lui incombent en vertu de l'article L. 5221-8 du code du travail et, d'autre part, il n'était pas en mesure de savoir que les documents qui lui étaient présentés revêtaient un caractère frauduleux ou procédaient d'une usurpation d'identité. En outre, lorsqu'un salarié s'est prévalu lors de son embauche de la nationalité française ou de sa qualité de ressortissant d'un Etat pour lequel une autorisation de travail n'est pas exigée, l'employeur ne peut être sanctionné s'il s'est assuré que ce salarié disposait d'un document d'identité de nature à en justifier et s'il n'était pas en mesure de savoir que ce document revêtait un caractère frauduleux ou procédait d'une usurpation d'identité.
5. Pour mettre à la charge de la société requérante les contributions en litige, le directeur général de l'OFII s'est fondé sur le procès-verbal établi par les services de la DIRECCTE et de police à la suite du contrôle effectué que le chantier situé à Lille, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire. Il résulte de ce procès-verbal que le contrôle a révélé l'emploi de M. B D, ressortissant congolais, alias M. E A, démuni d'un titre de séjour et d'un titre l'autorisant à travailler sur le territoire français.
6. La société requérante ne conteste pas que M. A se trouvait en action de travail et était bien employé par elle au moment du contrôle, comme il ressort du procès-verbal d'infraction. Il résulte de l'instruction, en particulier du procès-verbal établi par les services de la DIRECCTE à l'issue du contrôle effectué le 27 mars 2018, que la société Nov'déco a employé du 21 septembre 2017 au 31 mars 2018 un travailleur étranger, M. B D, ressortissant congolais, alias M. A, démuni d'un titre l'autorisant à séjourner et à exercer une activité salariée en France. La société Nov'déco soutient que M. A a présenté lors de son embauche une copie de son titre de séjour mentionnant sa nationalité espagnole dont elle n'était pas en mesure de savoir qu'il revêtait un caractère frauduleux ou procédait d'une usurpation d'identité et que le salarié avait été régulièrement embauché et déclaré. Il résulte cependant de l'instruction que la société requérante, en se bornant à prendre en compte un titre de séjour qui ne constitue pas un document d'identité, ne s'est pas assurée que le salarié qui se prévalait de sa qualité de ressortissant communautaire, à savoir de sa nationalité espagnole, disposait d'un document d'identité de nature à en justifier. Il s'ensuit que la société requérante ne s'est pas acquittée de l'obligation qui lui incombe en vertu des dispositions précitées de l'article L. 5221-8 du code du travail de s'assurer du titre du salarié étranger qu'elle se proposait d'embaucher. Au demeurant, si la société se prévaut, ainsi qu'elle l'a fait dès son recours gracieux, de la circonstance que M. A était de nationalité espagnole, la production de la copie de son titre de séjour et de celle de sa carte vitale préalable à la déclaration préalable à l'embauche est insuffisante pour remettre en cause la teneur du procès-verbal qui mentionne que la société requérante était en mesure, lors de l'embauche du salarié en cause, de savoir que la copie du titre de séjour dont la photographie ne correspondait pas au visage du salarié, revêtait un caractère frauduleux. De surcroît, il ne résulte pas expressément de l'instruction que le salarié en cause aurait présenté un titre de séjour sous une autre forme que la photocopie produite le jour du contrôle ni que l'employeur lui ait demandé un document original justifiant de sa nationalité espagnole, c'est-à-dire un document d'identité, ce que la société requérante ne contredit pas. L'élément intentionnel étant sans incidence sur la matérialité de l'infraction définie à l'article L. 8251-1 du code du travail, qui est constituée du seul fait de l'emploi de travailleurs étrangers démunis de titre les autorisant à exercer une activité salariée sur le territoire français, la société requérante ne peut pas utilement invoquer, au demeurant en se prévalant de la déclaration du salarié en cause auprès des organismes sociaux et de ce qu'elle n'avait pas connaissance du caractère frauduleux du titre de séjour, de sa bonne foi. Par suite, c'est sans erreur de droit ni erreur d'appréciation que la contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail et la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement, prévue à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ont été mises à la charge de la société Nov'déco par la décision en litige du 5 février 2020.
7. Il résulte de ce qui précède que la société Nov'déco n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions des 5 février et 6 mars 2020 par lesquelles le directeur général de l'OFII a mis à sa charge les sommes de 7 140 euros au titre de la contribution spéciale pour l'emploi irrégulier d'un travailleur étranger et de 2 553 euros au titre de la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'est pas la partie perdante, verse à la société requérante la somme que celle-ci demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société à responsabilité limitée Nov'déco est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Nov'déco et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 7 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Riou, président,
Mme Varenne, première conseillère,
Mme Bruneau, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2022.
La rapporteure,
signé
M. Bruneau
Le président,
signé
J.-M. Riou
La greffière,
signé
I. Baudry
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026