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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2004287

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2004287

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2004287
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDANSET-VERGOTEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 juin 2020, M. B D A, représenté par Me Danset-Vergoten, demande au tribunal :

1°) de lui accorder, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre au même directeur de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à titre rétroactif dans un délai de 10 jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- il est recevable à former un recours ;

- la décision est insuffisamment motivée au regard des dispositions des articles L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu et de son droit de faire des observations préalables au titre de l'article L. 744-8 précité ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour dans sa version en vigueur à la date d'édiction de l'acte attaqué ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L.744-8 du même code ;

- elle est dépourvue d'examen sérieux et particulier.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juillet 2020, le directeur territorial de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.

M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 juillet 2020.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant gabonais né le 29 octobre 1992 à Bitam (Gabon) est entré en France le 13 novembre 2019. Il a présenté une demande d'asile le 9 juin 2020. Par une décision remise en mains propres en date du 9 juin 2020, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a notifié le refus du bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il avait sollicité l'asile postérieurement au délai légal de 90 jours, suivant son entrée sur le territoire français. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 27 juillet 2020, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, ses conclusions tendant à l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet de telle sorte qu'il n'y a plus lieu d'y statuer.

En ce qui concerne la décision portant refus d'attribution du bénéfice des conditions matérielles d'accueil :

3. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; / () ". L'article L. 211-5 du même code dispose " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". L'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige dispose que : " () le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Retiré si le demandeur d'asile a dissimulé ses ressources financières, a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ou a présenté plusieurs demandes d'asile sous des identités différentes, ou en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement ; / 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2. / () / La décision de retrait des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. ". La décision par laquelle l'administration refuse au demandeur l'attribution des conditions matérielles d'accueil a le caractère d'une décision refusant un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir au sens des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Elle doit comporter les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision de refus au regard du fondement sur lequel repose la demande.

4. Il ressort des pièces du dossier et de la décision attaquée que celle-ci vise les articles L. 744-8 (2°) et D. 744-37 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application desquels elle est prise et qu'elle indique que M. A se voit refuser les conditions matérielles d'accueil au motif que sa demande d'asile n'a pas été présentée dans le délai légal de 90 jours suivant son entrée sur le territoire français, sans qu'un motif légitime ait pu expliquer ce retard. Dès lors que la décision attaquée n'est pas une décision de retrait des conditions matérielles d'accueil, le directeur territorial de l'OFII n'avait pas à motiver sa décision au regard du dernier alinéa de l'article L. 744-8 précité. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation sera écarté.

5. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / () / 3° Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière ; / () ".

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version alors en vigueur : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile, se présente en personne à l'autorité administrative compétente, qui enregistre sa demande () ". Aux termes de l'article L. 741-2 du même code : " Lorsque l'examen de la demande d'asile relève de la compétence de la France, l'étranger introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version alors en vigueur : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile () sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile par l'autorité administrative compétente, en application du présent chapitre. Les conditions matérielles d'accueil comprennent les prestations et l'allocation prévues au présent chapitre. / () ". L'article L. 744-6 de code dispose : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. () ". En vertu des dispositions de l'article R. 744-14 : " L'appréciation de la vulnérabilité des demandeurs d'asile est effectuée par les agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en application de l'article L. 744-6, à l'aide d'un questionnaire dont le contenu est fixé par arrêté des ministres chargés de l'asile et de la santé. () ". L'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction résultant de la loi du 10 septembre 2018, prévoit que la décision de retrait est " () prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par un décret. ".

7. Il ressort des dispositions des articles L. 744-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative auxquelles est soumise l'intervention des décisions par lesquelles l'OFII refuse d'accorder à un étranger demandeur d'asile le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par suite, M. A ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration qui soumet à une procédure contradictoire préalable les décisions soumises à obligation de motivation à l'encontre de la décision lui refusant l'octroi des conditions matérielles d'accueil. Le moyen tiré du vice de procédure sera écarté.

8. En outre, si le requérant soutient ne pas avoir été mis en mesure de présenter ses observations au titre du dernier alinéa de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cette disposition ne vaut que pour les décisions de retrait des conditions matérielles d'accueil. Or, il ressort des pièces du dossier et de la décision attaquée que M. A s'est vu opposer un refus d'octroi des conditions matérielles d'accueil, et ce, par ailleurs, à la suite d'un entretien de vulnérabilité lors du dépôt de sa demande. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu et de présenter des observations au titre des articles L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

9. En troisième lieu, le 2° de l'article L. 744-8 dispose que : " () le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / () / 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2. / () " .

10. En l'espèce, M. A est entré sur le territoire français le 13 novembre 2019. Il a présenté sa demande d'asile le 9 juin 2020, soit postérieurement au délai de 90 jours prévu au 3° du III de l'article L. 723-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si le requérant soutient qu'il n'a pas été en mesure de présenter sa demande d'asile dans le délai prévu par la loi, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il se serait prévalu d'un motif légitime justifiant ce retard auprès de l'OFII. En outre, il ne se prévaut au soutien de sa requête d'aucun élément particulier pouvant être regardé comme justifiant d'un tel motif. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de ces mêmes dispositions ne peuvent qu'être écartés. Dès lors, le moyen tiré de la violation de la règle de droit sera écarté.

11. En dernier lieu, si le requérant soutient que la décision de l'OFII est dépourvue d'un examen particulier et sérieux, il ressort des pièces du dossier que la décision litigieuse a été prise à l'issue de la demande formulée par le requérant, et ce après un entretien relatif à sa vulnérabilité et une évaluation de sa situation personnelle. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux et particulier de la situation du requérant ne peut être qu'écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'acte attaqué.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

13. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions de M. A à fin d'injonction et d'astreinte.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'OFII, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse une somme au conseil de M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 14 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Bauzerand, président-rapporteur,

M. Even, premier conseiller,

Mme Piou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2022.

Le président-rapporteur,

signé

Ch. C

L'assesseur le plus ancien,

signé

P. EVEN

La greffière,

signé

M. NICODEME

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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