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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2004313

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2004313

lundi 13 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2004313
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantLEXCAP RENNES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 26 juin 2020, le 11 mars 2022, le 6 mai 2022 et le 10 juin 2022, la SCI Famars, représentée par Me Rouhaud, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 décembre 2019 par lequel le préfet du Nord a déclaré d'utilité publique le projet de réalisation d'un lotissement rue Edmond Guillaume sur la commune de Famars et cessible une partie de la parcelle nécessaire à la réalisation de ce projet au profit de l'Etablissement public foncier (EPF) de Hauts-de-France, ensemble la décision du 14 avril 2020 par laquelle la même autorité a rejeté son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure en raison de l'insuffisance du dossier soumis à enquête publique au regard des dispositions de l'article R. 112-4 du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique ;

- il est entaché d'un vice de procédure en tant que la mesure de publicité prévue par les dispositions de l'article R. 112-15 du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique n'a pas été régulièrement effectuée ;

- il a été édicté à l'issue d'une procédure irrégulière en tant que le rapport du commissaire enquêteur n'a pas fait l'objet de publicité et ne lui a pas été communiqué suite à sa demande ;

- l'EPF de Hauts-de-France n'a pas régulièrement saisi le préfet d'une demande de mise en œuvre de la procédure d'expropriation ;

- l'arrêté attaqué est incompatible avec le plan d'occupation des sols de la commune ;

- le projet est dépourvu d'utilité publique ;

- l'arrêté est entaché d'un détournement de procédure ;

- l'arrêté en tant qu'il déclare cessible la partie de la parcelle nécessaire au projet a été signé par une autorité incompétente ;

- l'arrêté en tant qu'il déclare cessible la partie de la parcelle nécessaire au projet est illégal du fait de l'absence de document d'arpentage.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 16 septembre 2020, le 6 avril 2022 et le 23 mai 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er octobre 2021, l'Etablissement public foncier de Hauts-de-France, représenté par Me Bodart, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'expropriation pour cause d'utilité publique ;

- le décret n° 55-22 du 4 janvier 1955 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Babski, rapporteur public,

- et les observations de Me Guilbeau, substituant Me Bodart et représentant l'Etablissement public foncier de Hauts-de-France.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 23 décembre 2019, le préfet du Nord a déclaré d'utilité publique la réalisation d'un lotissement rue Edmond Guillaume sur la commune de Famars et déclaré cessible la partie de la parcelle AH 307 nécessaire à ce projet au profit de l'Etablissement public foncier (EPF) de Hauts-de-France. Par un courrier daté du 2 mars 2020, la SCI Famars, propriétaire de cette parcelle, a formé un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté. Par une décision du 14 avril 2020, le préfet du Nord a rejeté ce recours. Par la requête susvisée, la société Famars demande au tribunal d'annuler l'arrêté préfectoral du 23 décembre 2019 ainsi que la décision du 14 avril 2020 portant rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté du 23 décembre 2019 en tant qu'il déclare d'utilité publique le projet de réalisation d'un lotissement :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 112-4 du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique, dans sa version applicable au litige : " Lorsque la déclaration d'utilité publique est demandée en vue de la réalisation de travaux ou d'ouvrages, l'expropriant adresse au préfet du département où l'opération doit être réalisée, pour qu'il soit soumis à l'enquête, un dossier comprenant au moins : / 1° Une notice explicative ; / 2° Le plan de situation ; / 3° Le plan général des travaux ; / 4° Les caractéristiques principales des ouvrages les plus importants ; / 5° L'appréciation sommaire des dépenses. "

3. D'une part, au stade de l'enquête publique, les documents soumis à l'enquête publique ont pour objet non de décrire en détail les ouvrages envisagés mais seulement de permettre au public de connaître la nature et la localisation des travaux ainsi que les caractéristiques générales des ouvrages les plus importants.

4. Il ressort des pièces du dossier que le dossier soumis à enquête publique comprend une partie intitulée " caractéristiques principales des ouvrages les plus importants ", décrivant le projet et notamment la typologie des logements à construire. Par ailleurs, le dossier comprend une notice explicative qui précise la prise en compte, par le projet, du coefficient d'occupation des sols applicables ainsi qu'un plan général des travaux qui permet d'apprécier l'aménagement envisagé. Ces éléments permettant de connaître la localisation et les caractéristiques générales de l'ensemble des constructions et aménagements projetés, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le dossier ne présente pas les caractéristiques principales des ouvrages les plus importants.

5. D'autre part, l'appréciation sommaire des dépenses jointe au dossier d'enquête publique a pour objet de permettre à tous les intéressés de s'assurer que les travaux ou ouvrages, compte tenu de leur coût total réel, tel qu'il peut être raisonnablement estimé à l'époque de l'enquête, ont un caractère d'utilité publique. Toutefois, la seule circonstance que certaines dépenses auraient été omises n'est pas par elle-même de nature à entacher d'irrégularité la procédure si, compte tenu de leur nature, leur montant apparaît limité au regard du coût global de l'opération et ne peut être effectivement apprécié qu'au vu d'études complémentaires postérieures, rendant ainsi incertaine leur estimation au moment de l'enquête.

6. Il ressort du dossier d'enquête qu'une appréciation sommaire des dépenses a été produite, répartissant celles-ci par postes de dépenses avec un coût estimatif pour chaque poste, puis le coût total de l'opération. Il ressort également des pièces du dossier que l'estimation de la valeur vénale des terrains a été effectuée en juin 2018 avec une durée de validité de 18 mois. De plus, il ne résulte d'aucune disposition ni d'aucun principe que le dossier d'enquête devrait mentionner, au titre de l'estimation sommaire des dépenses, le mode de financement des travaux ou les capacités financières de la collectivité concernée. Dès lors, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que l'appréciation sommaire des dépenses du projet est insuffisante.

7. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance du dossier soumis à enquête publique doit être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 112-15 du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique : " Huit jours au moins avant l'ouverture de l'enquête et durant toute la durée de celle-ci, l'avis prévu à l'article R. 112-14 est, en outre, rendu public par voie d'affiches et, éventuellement, par tous autres procédés, dans au moins toutes les communes sur le territoire desquelles l'opération projetée doit avoir lieu. () ".

9. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport du commissaire enquêteur, que l'avis d'enquête publique daté du 8 octobre 2019 a été affiché en mairie de Famars et sur différents panneaux d'affichage communal à compter du 28 octobre 2019 et jusqu'à la fin de l'enquête publique qui s'est déroulée du 12 au 30 novembre 2019. Dès lors le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 112-15 du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique doit être écarté.

10. En troisième lieu, d'une part, la société requérante ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article R. 123-21 du code de l'environnement, la déclaration d'utilité publique en litige n'ayant pas fait l'objet d'une enquête au titre de ce même code.

11. D'autre part, s'il n'est pas contesté que la publication du rapport et des conclusions motivées du commissaire enquêteur sur le site internet de la préfecture du Nord telle que prévue par l'avis d'enquête publique du 8 octobre 2019 n'a pas été effectuée, une telle mesure de publicité n'est pas prévue par les dispositions du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique seules applicables en l'espèce. Par conséquent, le non-respect de cette formalité surabondante n'est pas de nature à entacher d'irrégularité la procédure d'enquête publique. Au demeurant, l'avis d'enquête publique du 8 octobre 2019 prévoyait également la mise à disposition du public de ces documents dans les locaux de la mairie de Famars, de la sous-préfecture de Valenciennes et au siège l'Etablissement public foncier (EPF) de Hauts-de-France, la société Famars n'établissant pas ni même n'alléguant qu'elle n'a pu y avoir accès en temps utiles en raison de ces seules modalités de mise à disposition.

12. Enfin, si aux termes de l'article L. 112-1 du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique, les conclusions du commissaire enquêteur sont communiquées, sur leur demande, aux personnes intéressées, il ressort des pièces du dossier que la demande de communication faite en ce sens le 2 mars 2020 par la société requérante est postérieure à la date de l'arrêté attaqué. Dès lors, la société Famars ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 112-1 du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique pour contester la légalité de l'arrêté du 23 décembre 2019.

13. Dans ces conditions et alors qu'aucune autre disposition du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique, ni aucun principe ne prévoit que le public doit être mis en mesure, avant l'édiction de la décision portant déclaration d'utilité publique, de présenter ses observations sur le rapport et les conclusions du commissaire-enquêteur, le moyen tiré de l'irrégularité de la publicité du rapport et des conclusions de l'enquête publique doit être écarté.

14. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'EPF de Hauts-de-France a conclu, en 2017, une convention opérationnelle avec la commune de Famars aux termes de laquelle l'établissement peut recourir à l'expropriation pour acquérir les terrains nécessaires à la réalisation du projet en cause. Ainsi, par courrier du 9 septembre 2019, la directrice générale de l'EPF a informé le préfet du Nord du dépôt du dossier d'enquête et lui a en conséquence demandé de procéder à la nomination d'un commissaire enquêteur. Eu égard à son contenu, ce courrier, visé par l'arrêté en litige, révèle la volonté de l'EPF de mettre en œuvre la procédure d'expropriation, les allégations de société requérante quant à l'incompétence de son signataire n'étant par ailleurs pas assorties des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Dès lors, le moyen afférent doit être écarté.

15. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 1 du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique : " L'expropriation, en tout ou partie, d'immeubles ou de droits réels immobiliers ne peut être prononcée qu'à la condition qu'elle réponde à une utilité publique préalablement et formellement constatée à la suite d'une enquête et qu'il ait été procédé, contradictoirement, à la détermination des parcelles à exproprier ainsi qu'à la recherche des propriétaires, des titulaires de droits réels et des autres personnes intéressées. / Elle donne lieu à une juste et préalable indemnité ".

16. Il appartient au juge, lorsqu'il doit se prononcer sur le caractère d'utilité publique d'une opération nécessitant l'expropriation d'immeubles ou de droits réels immobiliers, de contrôler successivement qu'elle répond à une finalité d'intérêt général, que l'expropriant n'était pas en mesure de réaliser l'opération dans des conditions équivalentes sans recourir à l'expropriation, notamment en utilisant des biens se trouvant dans son patrimoine et, enfin, que les atteintes à la propriété privée, le coût financier et, le cas échéant, les inconvénients d'ordre social ou économique que comporte l'opération ne sont pas excessifs eu égard à l'intérêt qu'elle présente.

17. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le projet litigieux consiste en la construction d'un lotissement comprenant six maisons individuelles en accession à la propriété, quatre lots libres et des logements individuels de plain-pied à loyer modéré pour des personnes âgées valides. Il doit ainsi permettre, d'une part, de renforcer une offre immobilière insuffisante en ce qui concerne les différents publics visés et, d'autre part, la valorisation d'une friche urbaine ainsi que la dépollution de son sol. A ces différents égards, il constitue un projet d'intérêt général. Si la société requérante soutient qu'elle prévoyait la réalisation d'un projet similaire sur ce même terrain, cette circonstance ne prive pas, par elle-même, d'utilité publique le projet en litige, dès lors qu'il n'est pas établi que ce projet ait eu pour motif déterminant de faire obstacle à celui de la société requérante et que celui-ci répondrait à des besoins identiques à ceux que l'EPF et la commune de Famars entendent satisfaire. Par ailleurs, la superficie de la parcelle AH 307 retenue n'est pas sans rapport avec l'opération déclarée d'utilité publique. Enfin, les allégations de la société requérante quant à l'existence de terrains permettant l'exécution du projet en cause dans des conditions équivalentes et sans recourir à la procédure d'expropriation sont insuffisamment étayées pour que leur bien-fondé puisse être examiné.

18. D'autre part, si la société requérante soutient que le coût de l'opération est trop important pour une commune de 2 500 habitants, il ressort des pièces du dossier que la commune de Famars ne prendra en charge que le financement des voiries, réseaux et espaces publics, pour un montant estimé à 486 930 euros. Par ailleurs, l'atteinte portée à la propriété n'apparaît pas excessif alors que le projet contribuera, d'une part, au développement du parc locatif à destination des personnes âgées résidant sur le territoire communal et qui ne sont plus en capacité de conserver leur logement locatif actuel devenu trop grand ou trop lourd d'entretien ainsi qu'au développement d'une offre de logements neufs à destination des ménages modestes et, d'autre part, ainsi qu'il a déjà été dit à la revalorisation d'une friche urbaine avec une dépollution de son sol.

19. Dans ces conditions, la société Famars n'est pas fondée à soutenir que le projet est dépourvu d'utilité publique.

20. En sixième lieu, d'une part, aux termes de l'article 1er du règlement du plan d'occupation des sols applicable à la zone 1NAa : " () Dans le secteur 1NAa sont également admis : - les lotissement et permis groupés comprenant des logements individuels, éventuellement des activités du type profession libérale liées à une habitation, des établissements publics () ".

21. Il ressort des pièces du dossier et ainsi qu'il a été dit ci-dessus que le projet, objet de la déclaration d'utilité publique, consiste en la création, sur la parcelle AH 307 classée en zone 1NAa, d'un lotissement comprenant des logements individuels de plain-pied à destination de séniors valides, de maisons individuelles destinées à l'accession sociale à la propriété et de quatre lots libres d'occupation. Dans ces conditions, le projet répond aux dispositions de l'article précitées quant aux constructions autorisées en zone 1NAa du plan d'occupation des sols.

22. D'autre part, si la société requérante soutient que projet méconnait les dispositions du plan d'occupation des sols qui fixe un coefficient des sols de 0,30 elle ne l'établit pas. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier et notamment de la notice explicative jointe au dossier d'enquête que le projet a été développé en tenant compte de ce coefficient d'occupation des sols.

23. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompatibilité du projet avec le plan d'occupation des sols doit être écarté.

24. En septième et dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 17 à 19 que la déclaration d'utilité publique du projet ne procède pas d'un détournement de pouvoir. Le moyen doit ainsi être écarté.

En ce qui concerne l'arrêté du 23 décembre 2019 en tant qu'il déclare cessible une partie de la parcelle nécessaire au projet :

25. En premier lieu, M. C A, signataire de l'arrêté du 23 décembre 2019, disposait d'une délégation de signature du préfet du Nord, consentie par arrêté du 28 octobre 2019, régulièrement publié le même jour au recueil spécial n° 264 des actes administratifs de la préfecture du Nord, librement accessible sur le site internet de la préfecture du Nord, à l'effet notamment de signer les arrêtés de cessibilité. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

26. En second lieu, aux termes de l'article R. 132-2 du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique : " Les propriétés déclarées cessibles sont désignées conformément aux prescriptions de l'article 7 du décret n° 55-22 du 4 janvier 1955 portant réforme de la publicité foncière. L'identité des propriétaires est précisée conformément aux prescriptions du premier alinéa de l'article 5 ou du premier alinéa de l'article 6 de ce décret, sans préjudice des cas exceptionnels mentionnés à l'article 82 du décret n° 55-1350 du 14 octobre 1955 pris pour l'application du décret du 4 janvier 1955 ". Aux termes de l'article R. 132-3 du même code : " Il peut n'être établi qu'un seul document d'arpentage pour l'ensemble des parcelles contiguës comprises dans une même feuille de plan cadastral. Dans ce cas, il n'est plus exigé de document d'arpentage soit à l'occasion de cessions amiables postérieures à l'arrêté de cessibilité ou à tous actes en tenant lieu, soit à l'occasion de l'ordonnance d'expropriation ".

27. Aux termes de l'article 7 du décret du 4 janvier 1955 portant réforme de la publicité foncière : " Tout acte ou décision judiciaire sujet à publicité dans un service chargé de la publicité foncière doit indiquer, pour chacun des immeubles qu'il concerne, la nature, la situation, la contenance et la désignation cadastrale (section, numéro du plan et lieu-dit). (). / Lorsqu'il réalise ou constate une division de la propriété du sol entraînant changement de limite, l'acte ou la décision doit désigner l'immeuble tel qu'il existait avant la division et chacun des nouveaux immeubles résultant de cette division () S'il s'agit d'immeubles situés dans les communes où le cadastre a été rénové, et faisant l'objet d'une mutation par décès, d'un acte ou d'une décision judiciaire translatif, déclaratif ou constitutif d'un droit réel susceptible d'hypothèque, la désignation est faite conformément à un extrait cadastral ayant moins de six mois de date au jour de la remise au service chargé de la publicité foncière, et, en cas de changement de limite, d'après les documents d'arpentage établis spécialement en vue de la conservation du cadastre. Cet extrait ou ces documents doivent être remis au service chargé de la publicité foncière à l'appui de la réquisition de la formalité ".

28. Il résulte des dispositions combinées rappelées aux points précédents que lorsqu'un arrêté de cessibilité déclare cessibles des parties de parcelles, ce qui implique de modifier les limites des terrains concernés, un document d'arpentage doit être préalablement réalisé afin que l'arrêté de cessibilité désigne les parcelles concernées conformément à leur numérotation issue de ce document. Le défaut d'accomplissement de cette obligation, qui constitue alors une garantie pour les propriétaires concernés par la procédure d'expropriation, entache d'irrégularité l'arrêté de cessibilité.

29. La société Famars soutient que l'arrêté du 23 décembre 2019 déclarant cessible une partie de sa parcelle n'a pas été précédé d'un document d'arpentage. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'un plan de division parcellaire a été élaboré le 30 juillet 2018 avec l'ancienne et la nouvelle numérotation de la parcelle en cause, que la parcelle AH 307 de la société requérante a ainsi été divisée en 2 parcelles AH 307p1 et AH 307p2 et que ce plan de division a été joint au dossier d'enquête parcellaire. S'il est par ailleurs constant qu'aucun document d'arpentage n'a été réalisé, l'arrêté en litige comporte, en son article 2, les mentions de l'état parcellaire, à savoir, l'indication de la nouvelle référence cadastrale, la superficie totale de la parcelle en litige, la contenance à exproprier et l'identité du propriétaire. De plus, l'arrêté comporte en annexe, un plan parcellaire représentant les parcelles composant le secteur du projet ainsi que les rues bordant ces parcelles et délimitant la partie de la parcelle AH 307p à exproprier. Ces éléments permettent d'établir les limites exactes et la nouvelle référence cadastrale de la partie de la parcelle déclarée cessible. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier que la société Famars s'est opposée à la réalisation du document d'arpentage alors que l'EPF de Hauts-de-France a régulièrement initié la procédure prévue à cet effet. Dans ces conditions, la société Famars n'est pas fondée à soutenir qu'elle a été privée d'une garantie. Dès lors, le moyen tiré de l'irrégularité de l'arrêté en tant qu'il déclare cessible une partie de la parcelle de la société Famars en l'absence de document d'arpentage doit être écarté.

30. Par suite, la SCI Famars n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 23 décembre 2019 par lequel le préfet du Nord a déclaré d'utilité publique le projet de réalisation d'un lotissement rue Edmond Guillaume sur la commune de Famars et cessible une partie de la parcelle nécessaire à la réalisation de ce projet ainsi que celle de la décision du 14 avril 2020 rejetant son recours gracieux.

31. Il résulte de ce qui précède que la requête de la société Famars doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SCI Famars est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Famars, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à l'Etablissement public foncier de Haut-de- France.

Copie en sera adressée à la commune de Famars et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Chevaldonnet, président,

- M. Liénard, conseiller,

- Mme Leclère, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2023.

La rapporteure,

Signé

M. LECLERE

Le président

Signé

B. CHEVALDONNETLa greffière,

Signé

M. D

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

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