mercredi 13 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2004321 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | MARSEILLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 juin 2020, M. E D, représenté par Me Marseille, demande au tribunal :
1°) de lui accorder, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision du 20 janvier 2020 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a suspendu le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à ce directeur général de procéder au rétablissement de ces conditions à compter de la date de sa décision, de procéder au versement des sommes non perçues depuis lors et lui fournir un hébergement adapté à ses besoins ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat, en cas d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire, ou à M. D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, en cas de refus d'admission.
Il soutient que :
- il n'est pas établi que la décision attaquée ait été prise par une autorité habilitée ;
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'a pas été procédé à un entretien individuel en méconnaissance des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que d'un défaut d'examen particulier de sa situation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 mai 2022, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la décision doit être regardée comme fondée sur les dispositions de l'article L. 744-8 alinéa 3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sollicite une substitution de base légale ;
- les moyens invoqués par le requérant sont infondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Après avoir entendu le rapport de Mme A au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. E D, ressortissant guinéen né le 23 mars 1980 à Conakry (Guinée), déclare être entré en France le 5 mai 2019, y avoir présenté une première demande d'asile le 4 juin 2019 et accepté le même jour le bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Par un arrêté du 4 septembre 2019, le préfet du Nord a décidé de son transfert aux autorités allemandes, lequel a été exécuté le 14 novembre 2019. L'intéressé est cependant revenu en France, y a déposé une nouvelle demande d'asile le 6 janvier 2020 et a accepté une seconde fois le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 20 janvier 2020, le directeur général de l'OFII lui en a suspendu le bénéfice. Par la présente requête, M. D demande au tribunal d'annuler cette dernière décision.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. M. D demande au tribunal de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Toutefois, par une décision du 15 mars 2021, le bureau d'aide juridictionnelle s'est prononcé sur sa demande et l'a rejetée. Par suite, de telles conclusions ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, par une décision du 1er août 2019, publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur du 15 septembre 2019 et sur le site internet de l'OFII, le directeur général de cet établissement public a donné délégation à M. B C, directeur territorial, à l'effet de signer la décision en litige, laquelle relève des missions dévolues à cette direction. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.
4. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les articles applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, énonce la date à laquelle la demande d'asile de M. D a été enregistrée et celle à laquelle les conditions matérielles d'accueil ont été acceptées par l'intéressé, développe les motifs de suspension de ces dernières et évoque sa situation personnelle et familiale, notamment au regard de sa vulnérabilité. La décision attaquée comporte ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée. Ces considérations sont suffisamment précises pour mettre en mesure le requérant de les contester utilement. Dans ces circonstances, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit, pour ce motif, être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version en alors applicable : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. / () ".
6. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée, que tout demandeur d'asile doit bénéficier d'un entretien personnel, destiné à évaluer sa vulnérabilité, lors de la présentation de sa première demande d'asile et il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a certifié avoir bénéficié d'un tel entretien. En revanche, ces dispositions n'imposent pas qu'un tel entretien soit à nouveau mené préalablement à une décision de suspension des conditions matérielles d'accueil. Ainsi, M. D, qui n'allègue, ni avoir demandé un nouvel entretien, ni avoir fait état de circonstances nouvelles quant à sa vulnérabilité, ne peut utilement se prévaloir de l'absence d'un tel entretien avant que l'OFII ne suspende le bénéfice les conditions matérielles d'accueil.
7. En quatrième lieu, d'une part, aux termes des dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : / (). / 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. / Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le fait de refuser ou de quitter le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation mentionnés au 1° du présent article ainsi que le non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile prévues au 2° entraîne de plein droit le refus ou, le cas échéant, le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. / () ".
8. D'autre part, aux termes des dispositions de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale : " 1. Les Etats membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur (). / 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil () sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. / () ".
9. Dans sa décision du 31 juillet 2019, Association la CIMADE et autres, n° 428530, 428564, le Conseil d'Etat a jugé que, dans l'attente de la modification des articles L. 744 -7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction issue de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018, jugées partiellement incompatibles avec la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013, il reste possible à l'OFII de refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, après examen de sa situation particulière et par une décision motivée, au demandeur qui a refusé le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation. Il lui est également possible, dans les mêmes conditions et après avoir mis, sauf impossibilité, l'intéressé en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice de ces conditions lorsque le demandeur a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes.
10. En l'espèce, l'intéressé ne soutient ni même n'allègue que les autorités allemandes, responsables de sa demande d'asile en application des dispositions du règlement européen " Dublin ", auraient, après son transfert, rejeté sa demande d'asile ou refusé sa prise en charge. Ainsi, l'intéressé a effectivement méconnu les exigences des autorités chargées de l'asile en revenant déposer une seconde demande d'asile en France. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 744-7 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
11. En cinquième lieu, si les conditions d'accueil peuvent être retirées ou suspendues, notamment lorsque le bénéficiaire ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, une telle décision ne peut être prise qu'après un examen au cas par cas de la situation de l'intéressé, notamment de sa vulnérabilité. M. D fait valoir qu'il est isolé, qu'il souffre de problèmes de santé et qu'il est dépourvu de ressources et d'hébergement. Toutefois, il est constant que sa situation ne correspond à aucune des hypothèses prévues à l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, la seule production d'un certificat médical faisant état d'une pathologie cardiovasculaire, ainsi que deux ordonnances prescrivant des examens médicaux, datés des mois d'octobre et novembre 2019, ne suffit pas à établir l'existence de facteurs particuliers de vulnérabilité. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 744-6 précité du code de l'entre et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
12. En sixième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision ni d'aucune autre pièce du dossier qu'il n'aurait pas été procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé, et plus particulièrement de sa vulnérabilité. Par suite, et alors au demeurant que M. D n'établit pas avoir fait état de difficultés particulières, le moyen tiré de l'erreur de droit ainsi soulevé doit également être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision qu'il conteste.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
14. L'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions de la requête aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
15. M. D n'ayant pas obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle, ainsi qu'il a été dit au point 2, il ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Par ailleurs, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme quelconque soit mise à la charge de l'OFII, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, à Me Marseille et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 5 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
M. Bauzerand, président,
M. Even, premier conseiller,
Mme Piou, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.
La rapporteure,
signé
C. A
Le président,
signé
Ch. BAUZERAND
La greffière,
signé
M. NICODEME
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026