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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2004431

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2004431

jeudi 21 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2004431
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formationjuge unique (4)
Avocat requérantANGLE DROIT AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 30 juin 2020 et 12 mars 2021, Mme B C, représentée par Me Ruef, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 30 avril 2020 par laquelle la directrice du centre hospitalier d'Hautmont lui a infligé un avertissement ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier d'Hautmont la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 30 avril 2020 lui infligeant un avertissement est entachée d'un vice de procédure en ce qu'elle n'a pas été en mesure de préparer sa défense, en méconnaissance des dispositions de l'article 1er du décret n° 89-822 du 7 novembre 1989 ;

- la matérialité des faits qui lui sont reprochés n'est pas établie ;

- les faits qui lui sont reprochés ne sont, en tout état de cause, pas constitutifs d'une faute et s'inscrivent dans le cadre de sa mission de représentante syndicale ;

- en prononçant à son égard une sanction disciplinaire alors que le comportement qui lui est reproché relève, à le supposer établi, de l'inaptitude professionnelle, la directrice du centre hospitalier d'Hautmont a commis une erreur de droit.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 octobre 2020, le centre hospitalier d'Hautmont, représenté par Me Brazier, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme C la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 23 février 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 avril 2022.

Le président a désigné Mme A en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983, portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986, portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;

- le décret n° 89-822 du 7 novembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires relevant de la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Quint, rapporteur public,

- les observations de Me Ruef, avocat de Mme C,

- et les observations de Me Brazier, avocat du centre hospitalier d'Hautmont.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, aide-soignante au centre hospitalier d'Hautmont, demande au tribunal d'annuler la décision en date du 30 avril 2020 par laquelle la directrice de cet établissement lui a infligé la sanction disciplinaire d'avertissement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 1er du décret du 7 novembre 1989 susvisé, dans sa version applicable au litige : " Le fonctionnaire contre lequel est engagée une procédure disciplinaire doit être informé qu'il a le droit d'obtenir la communication intégrale de son dossier individuel et de se faire assister par un ou plusieurs défenseurs de son choix. Il doit être invité à prendre connaissance du rapport mentionné à l'article 83 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée ".

3. Il ressort des pièces du dossier que, par courrier en date du 15 avril 2020 notifié le lendemain à Mme C, la directrice du centre hospitalier d'Hautmont a avisé la requérante, qui avait été suspendue à titre conservatoire de ses fonctions le 4 avril 2020, du déclenchement d'une procédure disciplinaire à son encontre et l'a informée de sa possibilité de consulter son dossier administratif et de se faire assister d'un ou plusieurs défenseurs de son choix dans le cadre de la procédure disciplinaire. Cette information, qui n'avait pas à figurer dans la décision de suspension conservatoire, a été délivrée quatorze jours avant que ne soit prise, le 30 avril 2020, la décision de sanction attaquée. Ce délai, dont la requérante a disposé, lui permettait de préparer utilement sa défense. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise à l'issue d'une procédure irrégulière doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale ". Aux termes de l'article 81 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : / Premier groupe : / L'avertissement, le blâme ; / () ".

5. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

6. Pour infliger à Mme C la sanction disciplinaire d'avertissement, la directrice du centre hospitalier d'Hautmont s'est fondée sur le comportement inapproprié de l'intéressée, qui se serait affranchie du respect qu'elle doit à sa hiérarchie et aurait adopté une attitude revendicatrice et anxiogène, ayant déstabilisé le bon fonctionnement du service. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du courriel du 3 avril 2020 de la cadre de santé adressé à la directrice de l'établissement ainsi que l'attestation du 7 septembre 2020 de l'attaché d'administration chargé des ressources humaines et des affaires générales, que le 1er avril 2020, à la suite de l'annonce d'un cas de covid-19 dans le service dans lequel la requérante exerce les fonctions d'aide-soignante, cette dernière a réagi vivement, en interpellant la cadre de santé du service et en exigeant auprès de celle-ci et de la direction des ressources humaines de l'établissement que l'ensemble du personnel du service fasse l'objet d'un dépistage. Ces revendications, que Mme C ne conteste pas sérieusement avoir eues, traduisent une prise de position et d'initiative qu'il n'appartient pas à une aide-soignante de prendre, remettant ainsi en cause l'autorité de ses supérieurs hiérarchiques. Si Mme C conteste avoir adopté un ton menaçant et se prévaut de nombreuses attestations de collègues de son service, aux termes desquelles elle ne serait pas la personne qui les aurait informées de la présence d'un cas de covid-19 et n'aurait pas fait régner un climat anxiogène, son comportement, en remettant en cause les mesures prises par sa hiérarchie dans le contexte particulièrement délicat de la gestion de la crise sanitaire tel qu'il existait à l'époque, a toutefois été de nature à fragiliser le service et à en perturber le bon fonctionnement. Dans ces conditions, les faits reprochés à la requérante sont établis. De tels agissements, qui ont eu lieu en dehors de toute manifestation syndicale ou instance de représentation du personnel, ne peuvent par ailleurs trouver leur justification dans les fonctions de membre du CHSCT de Mme C, et sont, par suite, fautifs. Compte tenu de leur gravité, la sanction d'avertissement infligée par la directrice du centre hospitalier d'Hautmont n'est pas disproportionnée.

7. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que l'attitude de Mme C constitue un manquement à ses devoirs de réserve et de respect envers sa hiérarchie. Dans ces conditions, en décidant de sanctionner ces agissements sur le terrain disciplinaire et non sur celui de l'insuffisance professionnelle, la directrice du centre hospitalier d'Hautmont n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision en date du 30 avril 2020 par laquelle la directrice du centre hospitalier d'Hautmont lui a infligé la sanction d'avertissement.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier d'Hautmont, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme C demande au titre des frais qu'elle a exposés.

10. D'autre part, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme C le versement au centre hospitalier d'Hautmont d'une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier d'Hautmont au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au centre hospitalier d'Hautmont.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juillet 2022.

La magistrate désignée,

Signé

F. ALa greffière,

Signé

S. RANWEZ

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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