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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2004621

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2004621

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2004621
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCLEMENT D'ARMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 juillet 2020, M. C B, représenté par Me Clément, demande au tribunal :

1°) de lui accorder, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 16 mars 2020 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a suspendu le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à ce directeur général de procéder au rétablissement de ces conditions à compter de la date d'enregistrement de sa demande d'asile et de procéder au versement des sommes non perçues depuis lors ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat, en cas d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire, ou à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, en cas de refus d'admission.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que la décision attaquée ait été prise par une autorité habilitée ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'a pas été procédé à un entretien individuel en méconnaissance des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que d'un défaut d'examen particulier de sa situation.

La requête a été communiquée à l'OFII qui n'a pas produit de mémoire antérieurement à la clôture d'instruction.

Par une ordonnance du 9 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 24 mai 2022.

Un mémoire en défense produit par l'OFII a été enregistré le 30 juin 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu le rapport de Mme A au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant guinéen né le 11 décembre 1997 à Mamou (Guinée), a présenté une première demande d'asile en France le 29 juillet 2019 et accepté le même jour le bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Par un arrêté du 22 août 2019, le préfet du Nord a décidé de son transfert aux autorités belges, lequel a été exécuté le 23 janvier 2020. L'intéressé est cependant revenu en France, y a déposé une nouvelle demande d'asile le 19 février 2020 et a accepté une seconde fois le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 16 mars 2020, le directeur général de l'OFII lui en a suspendu le bénéfice. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. B demande au tribunal de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Toutefois, par une décision du 24 août 2020, le bureau d'aide juridictionnelle s'est prononcé sur sa demande et l'a rejetée. Par suite, de telles conclusions ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : / (). /2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. / Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le fait de refuser ou de quitter le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation mentionnés au 1° du présent article ainsi que le non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile prévues au 2° entraîne de plein droit le refus ou, le cas échéant, le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. / () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale : " 1. Les Etats membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur (). / 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil () sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. () ".

5. Dans sa décision du 31 juillet 2019, Association la CIMADE et autres, n°428530, 428564, le Conseil d'Etat a jugé que, dans l'attente de la modification des articles L. 744 -7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction issue de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018, jugées partiellement incompatibles avec la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013, il reste possible à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, après examen de sa situation particulière et par une décision motivée, au demandeur qui a refusé le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation. Il lui est également possible, dans les mêmes conditions et après avoir mis, sauf impossibilité, l'intéressé en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice de ces conditions lorsque le demandeur a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes.

6. Il résulte de ce qui précède que si les conditions matérielles d'accueil peuvent être retirées ou suspendues, notamment lorsque le bénéficiaire ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, une telle décision ne peut être prise qu'après un examen au cas par cas de la situation de l'intéressé, notamment de sa vulnérabilité. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B est revenu en France moins d'un mois après son transfert par les autorités françaises aux autorités belges, responsables de sa demande d'asile en application des dispositions du règlement européen " Dublin ". Par ailleurs, l'intéressé ne soutient ni même n'allègue que les autorités belges auraient rejeté sa demande d'asile ou refusé sa prise en charge après son transfert. Par suite, il a effectivement méconnu les exigences des autorités chargées de l'asile. En revanche, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est atteint d'un handicap depuis sa naissance caractérisé par une déminéralisation de l'hémi-bassin et de l'extrémité supérieure du fémur droit avec aspect gracile de la diaphyse fémorale droite et un pied bot équin extrême, qui affecte notablement sa motricité l'obligeant à se déplacer au moyen d'une canne qu'il doit tenir de ses deux mains limitant également son autonomie, réduit considérablement ses possibilités de déplacements et de station debout. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier, notamment des certificats médicaux de son médecin généraliste, que l'intéressé nécessite un logement ainsi que des équipements matériels adaptés à ce handicap. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir qu'en ne prenant pas compte cet état de vulnérabilité, au sens des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et en décidant de lui suspendre le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil, le directeur général de l'OFII a commis une erreur d'appréciation.

7. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, la décision contestée doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que l'OFII verse à l'intéressé les sommes dont il a été privé depuis la suspension de ses conditions matérielles d'accueil et, sous réserve d'un changement de circonstance de droit ou de fait, lui en rétablisse le bénéfice. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de lui enjoindre d'y procéder dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. M. B n'ayant pas obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle, ainsi qu'il a été dit au point 2, il ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'OFII le versement directement à M. B d'une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 16 mars 2020 portant suspension des conditions matérielles d'accueil de M. B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au directeur général de l'OFII de verser à M. B les sommes dont il a été indûment privé par la décision du 16 mars 2020 et de lui rétablir, sous réserve d'un changement de circonstance de fait ou de droit, le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'OFII versera à M. B la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Clément et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 5 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. Bauzerand, président,

M. Even, premier conseiller,

Mme Piou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

La rapporteure,

signé

C. A

Le président,

signé

Ch. BAUZERAND

La greffière,

signé

M. NICODEME

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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