lundi 18 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2004796 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SARRAZIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 13 juillet 2020, le 28 septembre 2020, le 22 décembre 2020 et le 11 février 2022, M. A B, M. E B et Mme D B, représentés par Me Sarrazin, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la délibération du 18 février 2020 par laquelle le conseil municipal de la commune d'Estrun a approuvé son plan local d'urbanisme ;
2°) de mettre à la charge de la commune d'Estrun la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'enquête publique est entachée d'irrégularité faute pour le commissaire enquêteur d'avoir analysé les observations déposées par le public en méconnaissance des dispositions de l'article R. 123-19 du code l'environnement ;
- l'enquête publique est entachée d'irrégularité en raison de l'absence du commissaire enquêteur lors de la permanence prévue le 5 décembre 2019 et de l'absence de tenue de cette dernière ;
- le maire de la commune, qui a pris part au vote de la délibération en litige, était intéressé au sens des dispositions de l'article L. 2131-11 du code général des collectivités territoriales ;
- l'évaluation environnementale est insuffisante dès lors que, d'une part, elle ne comporte pas d'inventaire des habitats et des espèces faunistiques et floristiques et, d'autre part, que le rapport de présentation conclut, en ce qui concerne le projet d'aménagement " cœur d'îlot " à l'absence d'impact sur les espaces agricoles ;
- le plan local d'urbanisme est incompatible avec le schéma de cohérence territoriale du Cambrésis et le schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux Artois-Picardie ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme ;
- la délibération attaquée méconnait les dispositions des articles L. 151-6 et L. 151-8 du code de l'urbanisme, les deux orientations d'aménagement et de programmation étant incohérentes à l'égard du projet d'aménagement et de développement durables ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qui concerne l'instauration d'emplacements réservés.
La requête a été communiquée à la commune d'Estrun qui n'a pas produit de mémoire.
En application des dispositions de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme, les parties ont été invitées à présenter leurs observations sur un éventuel sursis à statuer dans l'attente de la régularisation du vice tenant à l'insuffisance, au regard des dispositions de l'article R. 151-3 du code de l'urbanisme, de l'évaluation environnementale produite dans le cadre du rapport de présentation du plan local d'urbanisme.
Par un mémoire enregistré le 10 mars 2022, MM. et Mme B, représentés par Me Sarrazin, ont présenté des observations sur cet éventuel sursis à statuer.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de M. Babski, rapporteur public,
- et les observations de Me Sarrazin, représentant MM. Et Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Par la requête susvisée, MM. et Mme B, propriétaires indivis de plusieurs parcelles situées sur le territoire de la commune d'Estrun, demandent au tribunal d'annuler la délibération du 18 février 2020 par laquelle le conseil municipal de cette commune a approuvé son plan local d'urbanisme.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'enquête publique :
2. Aux termes de l'article L. 153-19 du code de l'urbanisme : " Le projet de plan local d'urbanisme arrêté est soumis à enquête publique réalisée conformément au chapitre III du titre II du livre Ier du code de l'environnement par () le maire ". Aux termes de l'article L. 123-1 du code de l'environnement : " L'enquête publique a pour but d'assurer l'information et la participation du public ainsi que la prise en compte des intérêts des tiers lors de l'élaboration des décisions susceptibles d'affecter l'environnement (). Les observations et propositions parvenues pendant le délai de l'enquête sont prises en considération par le maître d'ouvrage et par l'autorité compétente pour prendre la décision. ". Le I de l'article L. 123-13 de ce code dispose que : " Le commissaire enquêteur () conduit l'enquête de manière à permettre au public de disposer d'une information complète sur le projet, plan ou programme, et de participer effectivement au processus de décision en lui permettant de présenter ses observations et propositions. Dans les conditions fixées par décret en Conseil d'Etat, la participation du public peut s'effectuer par voie électronique. () " Aux termes de l'article R. 123-10 du même code : " Les jours et heures, ouvrables ou non, où le public pourra consulter gratuitement l'exemplaire du dossier et présenter ses observations et propositions sont fixés de manière à permettre la participation de la plus grande partie de la population, compte tenu notamment de ses horaires normaux de travail. Ils comprennent au minimum les jours et heures habituels d'ouverture au public de chacun des lieux où est déposé le dossier ; ils peuvent en outre comprendre des heures en soirée ainsi que plusieurs demi-journées prises parmi les samedis, dimanches et jours fériés. / Lorsqu'un registre dématérialisé est mis en place, il est accessible sur internet durant toute la durée de l'enquête. ". Aux termes de l'article R. 123-13 de ce code, dans sa rédaction applicable au présent litige : " I. - Pendant la durée de l'enquête, le public peut consigner ses observations et propositions sur le registre d'enquête, établi sur feuillets non mobiles, coté et paraphé par le commissaire enquêteur ou un membre de la commission d'enquête, tenu à sa disposition dans chaque lieu d'enquête ou sur le registre dématérialisé si celui-ci est mis en place. / En outre, les observations et propositions écrites et orales du public sont également reçues par le commissaire enquêteur ou par un membre de la commission d'enquête, aux lieux, jours et heures qui auront été fixés et annoncés dans les conditions prévues aux articles R. 123-9 à R. 123-11. / Les observations et propositions du public peuvent également être adressées par voie postale ou par courrier électronique au commissaire enquêteur ou au président de la commission d'enquête () ".
3. En l'espèce, par un arrêté du 15 octobre 2019, le maire de la commune d'Estrun a prescrit l'ouverture d'une enquête publique concernant le plan local d'urbanisme communal. Au cours de cette enquête, qui s'est tenue du 4 novembre 2019 au 5 décembre 2019, le dossier a été mis à la disposition du public aux jours et heures d'ouverture habituels de la mairie ainsi que sur le site internet de la commune. Un registre d'enquête était accessible dans les mêmes conditions, le public pouvant par ailleurs formuler des observations par correspondance postale ou électronique. La tenue de quatre permanences par le commissaire enquêteur a en outre été prévue. Si la permanence programmée le jeudi 5 décembre 2019 n'a pu se tenir en raison de l'état de santé du commissaire enquêteur, il ne ressort pas des pièces du dossier que des habitants ou des personnes intéressées ont pour autant été empêchés de consulter le dossier et de présenter des observations orales ou écrites, aucune disposition législative ou réglementaire ne fixant au demeurant un nombre minimal de permanences. Ainsi, il n'apparaît pas que les conditions d'organisation de cette enquête ont eu pour effet de nuire à la bonne information de l'ensemble des personnes intéressées par l'opération ou ont été de nature à exercer une influence sur les résultats de l'enquête. Par suite, le moyen doit être écarté.
4. Aux termes de l'article L. 123-15 du code de l'environnement : " Le commissaire enquêteur () rend son rapport et ses conclusions motivées dans un délai de trente jours à compter de la fin de l'enquête. () Le rapport doit faire état des observations et propositions qui ont été produites pendant la durée de l'enquête ainsi que des réponses éventuelles du maître d'ouvrage. () ". Aux termes de l'article R. 123-19 de ce code : " Le commissaire enquêteur () établit un rapport qui relate le déroulement de l'enquête et examine les observations recueillies. / Le rapport comporte le rappel de l'objet du projet, plan ou programme, la liste de l'ensemble des pièces figurant dans le dossier d'enquête, une synthèse des observations du public, une analyse des propositions produites durant l'enquête et, le cas échéant, les observations du responsable du projet, plan ou programme en réponse aux observations du public. / Le commissaire enquêteur () consigne, dans une présentation séparée, ses conclusions motivées, en précisant si elles sont favorables, favorables sous réserves ou défavorables au projet. () ".
5. Il résulte de ces dispositions que le commissaire enquêteur se doit d'apprécier les avantages et inconvénients du projet et d'indiquer, au moins sommairement, en donnant son propre avis, les raisons qui déterminent le sens de cet avis. Elles ne lui imposent toutefois pas de répondre à chacune des observations présentées par le public au cours de l'enquête.
6. Il ressort des pièces du dossier et notamment du rapport établi par le commissaire enquêteur que douze observations ont été déposées par le public et qu'elles ont chacune fait l'objet d'une analyse. Si le commissaire s'est mépris sur la portée des observations présentées par M. B dans le cadre de l'enquête publique et qu'il ne s'est pas spécifiquement prononcé sur les conséquences environnementales de l'orientation d'aménagement et de programmation " Cœur d'îlot ", ces circonstances ne sont pas de nature à caractériser, à elles seules, une insuffisance de l'avis du commissaire enquêteur ni un manquement à son obligation d'impartialité dans l'accomplissement de sa mission. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 123-19 du code de l'environnement doit être écarté.
En ce qui concerne l'évaluation environnementale :
7. D'une part aux termes de l'article L. 151-4 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " Le rapport de présentation explique les choix retenus pour établir le projet d'aménagement et de développement durables, les orientations d'aménagement et de programmation et le règlement. / Il s'appuie sur un diagnostic établi au regard des prévisions économiques et démographiques et des besoins répertoriés en matière de développement économique, de surfaces et de développement agricoles, de développement forestier, d'aménagement de l'espace, d'environnement, notamment en matière de biodiversité, d'équilibre social de l'habitat, de transports, de commerce, d'équipements et de services () ".
8. D'autre part, aux termes de l'article L. 104-2 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable au litige : " Font également l'objet de l'évaluation environnementale prévue à l'article L. 104-1 les documents suivants qui déterminent l'usage de petites zones au niveau local : / 1° Les plans locaux d'urbanisme : a) Qui sont susceptibles d'avoir des effets notables sur l'environnement, au sens de l'annexe II à la directive 2001/42/CE du Parlement européen et du Conseil du 27 juin 2001, compte tenu notamment de la superficie du territoire auquel ils s'appliquent, de la nature et de l'importance des travaux et aménagements qu'ils autorisent et de la sensibilité du milieu dans lequel ceux-ci doivent être réalisés; () ". Selon l'article L. 104-4 de ce code : " Le rapport de présentation des documents d'urbanisme mentionnés aux articles L. 104-1 et L. 104-2 : / 1° Décrit et évalue les incidences notables que peut avoir le document sur l'environnement ; / 2° Présente les mesures envisagées pour éviter, réduire et, dans la mesure du possible, compenser ces incidences négatives ; / 3° Expose les raisons pour lesquelles, notamment du point de vue de la protection de l'environnement, parmi les partis d'aménagement envisagés, le projet a été retenu ". L'article L. 104-5 du même code dispose que : " Le rapport de présentation contient les informations qui peuvent être raisonnablement exigées, compte tenu des connaissances et des méthodes d'évaluation existant à la date à laquelle est élaboré ou révisé le document, de son contenu et de son degré de précision et, le cas échéant, de l'existence d'autres documents ou plans relatifs à tout ou partie de la même zone géographique ou de procédures d'évaluation environnementale prévues à un stade ultérieur ". Aux termes de l'article R. 151-3 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable au litige : " Au titre de l'évaluation environnementale lorsqu'elle est requise, le rapport de présentation : / 1° Décrit l'articulation du plan avec les autres documents d'urbanisme et les plans ou programmes mentionnés à l'article L. 122-4 du code de l'environnement avec lesquels il doit être compatible ou qu'il doit prendre en compte ; / 2° Analyse les perspectives d'évolution de l'état initial de l'environnement en exposant, notamment, les caractéristiques des zones susceptibles d'être touchées de manière notable par la mise en œuvre du plan ; / 3° Expose les conséquences éventuelles de l'adoption du plan sur la protection des zones revêtant une importance particulière pour l'environnement, en particulier l'évaluation des incidences Natura 2000 mentionnée à l'article L. 414-4 du code de l'environnement ; / 4° Explique les choix retenus mentionnés au premier alinéa de l'article L. 151-4 au regard notamment des objectifs de protection de l'environnement établis au niveau international, communautaire ou national, ainsi que les raisons qui justifient le choix opéré au regard des solutions de substitution raisonnables tenant compte des objectifs et du champ d'application géographique du plan ; / 5° Présente les mesures envisagées pour éviter, réduire et, si possible, compenser, s'il y a lieu, les conséquences dommageables de la mise en œuvre du plan sur l'environnement ; / 6° Définit les critères, indicateurs et modalités retenus pour l'analyse des résultats de l'application du plan mentionnée à l'article L. 153-27 et, le cas échéant, pour le bilan de l'application des dispositions relatives à l'habitat prévu à l'article L. 153-29. Ils doivent permettre notamment de suivre les effets du plan sur l'environnement afin d'identifier, le cas échéant, à un stade précoce, les impacts négatifs imprévus et envisager, si nécessaire, les mesures appropriées ; / 7° Comprend un résumé non technique des éléments précédents et une description de la manière dont l'évaluation a été effectuée. / Le rapport de présentation au titre de l'évaluation environnementale est proportionné à l'importance du plan local d'urbanisme, aux effets de sa mise en œuvre ainsi qu'aux enjeux environnementaux de la zone considérée () ".
9. Il ressort des pièces du dossier que le rapport de présentation comporte un diagnostic territorial incluant une analyse de l'état initial de l'environnement. A cet égard, il est fait mention des deux zones naturelles d'intérêt écologique, faunistique et floristique situées sur la partie nord du territoire de la commune ainsi que de zones à dominante humide telle qu'identifiées par le schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux Artois Picardie. Sont aussi identifiés un réservoir de biodiversité, un espace naturel relais et un corridor aquatique au titre de la trame verte et bleue. Si les requérants invoquent, en se bornant sur ce point à citer une recommandation de la mission régionale de l'autorité environnementale, l'absence de détails en ce qui concerne les habitats et les espèces floristiques et faunistiques ayant permis de déterminer ces zonages environnementaux et ces continuités écologiques, l'absence de ces éléments ne permet pas, à elle seule, de regarder le rapport de présentation au titre de l'évaluation environnementale comme insuffisant ou dépourvu de caractère proportionné à l'importance du plan local d'urbanisme, aux effets de sa mise en œuvre ainsi qu'aux enjeux environnementaux du territoire concerné. Au surplus, ces zones, en raison de leur classement en zone naturelle, ne sont pas au nombre de celles susceptibles d'être touchées de manière notable par la mise en œuvre du plan. Au titre de l'évaluation environnementale, le rapport comprend en outre des développements relatifs aux " incidences du projet sur son environnement et sur les mesures mises en œuvre pour sa préservation et sa mise en valeur ". Le rapport souligne ainsi que pour les deux secteurs faisant l'objet d'une orientation d'aménagement et de programmation (OAP), l'enjeu écologique est modéré pour le secteur classé en zone 1AU, compte-tenu de la présence d'alignements d'arbres en bordure de site pouvant présenter un intérêt écologique et nul pour le secteur à vocation d'équipements publics. La circonstance qu'il mentionnerait, à tort selon les requérants, l'absence d'intérêt agricole des parcelles inclues dans le périmètre de l'OAP " Cœur d'îlot " n'est pas de nature à caractériser une insuffisance de l'évaluation environnementale. Dans ces circonstances et eu égard à la teneur de la seule argumentation dont le tribunal est saisi sur ce point, le moyen tiré de l'insuffisance de l'évaluation environnementale telle que prévue par les dispositions du code de l'urbanisme citées au point précédent, doit être écarté.
En ce qui concerne le vote de la délibération :
10. Aux termes de l'article L. 2131-11 du code général des collectivités territoriales, dans sa version applicable au litige : " Sont illégales les délibérations auxquelles ont pris part un ou plusieurs membres du conseil intéressés à l'affaire qui en fait l'objet, soit en leur nom personnel, soit comme mandataires. ".
11. Il résulte de ces dispositions que la participation au vote permettant l'adoption d'une délibération d'un conseiller municipal intéressé à l'affaire qui fait l'objet de cette délibération, c'est-à-dire y ayant un intérêt qui ne se confond pas avec ceux de la généralité des habitants de la commune, est de nature à en entraîner l'illégalité. De même, sa participation aux travaux préparatoires et aux débats précédant l'adoption d'une telle délibération est susceptible de vicier sa légalité, alors même que cette participation préalable ne serait pas suivie d'une participation à son vote, si le conseiller municipal intéressé a été en mesure d'exercer une influence sur la délibération. Cependant, s'agissant d'une délibération déterminant des prévisions et règles d'urbanisme applicables dans l'ensemble d'une commune, la circonstance qu'un conseiller municipal intéressé au classement d'une parcelle ait participé aux travaux préparatoires et aux débats précédant son adoption ou à son vote n'est de nature à entraîner son illégalité que s'il ressort des pièces du dossier que, du fait de l'influence que ce conseiller a exercée, la délibération prend en compte son intérêt personnel.
12. Si, ainsi que le relèvent les consorts B, le maire d'Estrun est le propriétaire de la parcelle 000ZA 187 situé sur le territoire de la commune, ils ne font toutefois état d'aucun élément de nature à établir que du fait de l'influence exercée par ce maire, ce secteur a été classé en zone à urbaniser et ce quand bien même aucun autre secteur de la commune n'a été ouvert à l'urbanisation par la délibération litigieuse et qu'un tel classement est susceptible d'engendrer une plus-value financière pour le propriétaire de la parcelle en cause. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que la délibération du 18 février 2020, du fait de l'influence que le maire d'Estrun a exercée, aurait pris en compte son intérêt personnel. Dans ces conditions, le moyen selon lequel la délibération en litige serait illégale au regard des dispositions citées au point 10 doit être écarté.
En ce qui concerne la compatibilité avec le SDAGE Artois-Picardie :
13. Aux termes de l'article L. 131-7 du code de de l'urbanisme, dans sa version applicable au litige : " En l'absence de schéma de cohérence territoriale, les plans locaux d'urbanisme, les documents en tenant lieu et les cartes communales sont compatibles, s'il y a lieu, avec les documents énumérés aux 1° à 10° de l'article L. 131-1 et prennent en compte les documents énumérés à l'article L. 131-2. /Lorsqu'un de ces documents est approuvé après l'approbation d'un plan local d'urbanisme, d'un document en tenant lieu ou d'une carte communale, ces derniers sont, si nécessaire, rendus compatibles ou les prennent en compte dans un délai de trois ans. "
14. Il résulte de ces dispositions que ce n'est qu'en l'absence de schéma de cohérence territoriale (SCoT) qu'un plan local d'urbanisme doit être compatible avec un schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux (SDAGE). En l'espèce, compte tenu de l'existence du SCoT du Cambrésis couvrant le territoire de la commune d'Estrun, les consort B ne peuvent utilement soutenir que le PLU attaqué n'est pas compatible avec le SDAGE Artois-Picardie adopté le 16 octobre 2015. Par suite, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne la compatibilité du PLU d'Estrun avec le SCoT :
15. Aux termes de l'article L. 151-1 du code de l'urbanisme : " Le plan local d'urbanisme respecte les principes énoncés aux articles L. 101-1 à L. 101-3. Il est compatible avec les documents énumérés à l'article L. 131-4 et prend en compte ceux énumérés à l'article L. 131-5 ". Aux termes de l'article L. 131-4 du même code : " Les plans locaux d'urbanisme et les documents en tenant lieu ainsi que les cartes communales sont compatibles avec : / 1° Les schémas de cohérence territoriale prévus à l'article L. 141-1 () ".
16. Pour apprécier la compatibilité d'un plan local d'urbanisme avec un schéma de cohérence territoriale, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle de l'ensemble du territoire couvert en prenant en compte l'ensemble des prescriptions du document supérieur, si le plan ne contrarie pas les objectifs qu'impose le schéma, compte tenu des orientations adoptées et de leur degré de précision, sans rechercher l'adéquation du plan à chaque disposition ou objectif particulier.
17. Il ressort du document d'orientations générales (DOG) du SCoT du Cambrèsis, que celui-ci promeut notamment le maintien du caractère agricole du territoire, le ralentissement de la consommation des espaces agricoles et naturels et la protection des cœurs de nature et des espaces naturels relais. Si les OAP " Cœur de village " et " Habitat " prévoient à terme l'artificialisation de deux hectares et demi via la construction d'équipements publics et de logements ainsi que le retournement de prairie pour un total inférieur à un hectare, elles ne sont pas pour autant incompatibles avec les objectifs et orientations du SCoT appréciés dans leur globalité qui mentionne aussi comme objectifs, outre ceux précités, ceux de garder et accueillir de nouvelles populations en augmentant le rythme de constructions neuves ainsi que de diversifier la production de logements pour loger toutes les catégories de population. Par suite, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne la cohérence entre le PADD et les OAP du PLU contesté :
18. Aux termes de l'article L. 151-2 du code de l'urbanisme : " I.- Le plan local d'urbanisme comprend : / () / 2° Un projet d'aménagement et de développement durables ; / () / 3° Des orientations d'aménagement et de programmation / () / Chacun de ces éléments peut comprendre un ou plusieurs documents graphiques. Ces documents graphiques peuvent contenir des indications relatives au relief des espaces auxquels il s'applique. ". Aux termes de l'article L. 151-5 du même code : " Le projet d'aménagement et de développement durables définit les orientations générales des politiques d'aménagement, d'équipement, d'urbanisme, de paysage, de protection des espaces naturels, agricoles et forestiers, et de préservation ou de remise en bon état des continuités écologiques. / Le projet d'aménagement et de développement durables arrête les orientations générales concernant l'habitat, les transports et les déplacements, les réseaux d'énergie, le développement des communications numériques, l'équipement commercial, le développement économique et les loisirs, retenues pour l'ensemble de l'établissement public de coopération intercommunale ou de la commune. / Il fixe des objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain. / () ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 151-6 de ce code : " Les orientations d'aménagement et de programmation comprennent, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, des dispositions portant sur l'aménagement, l'habitat, les transports, les déplacements et, en zone de montagne, sur les unités touristiques nouvelles. ".
19. Pour apprécier la cohérence exigée au sein du plan local d'urbanisme entre les orientations d'aménagement et de programmation et le projet d'aménagement et de développement durables, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si ces orientations ne contrarient pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le projet d'aménagement et de développement durables, compte tenu de leur degré de précision.
20. En l'espèce, au titre des orientations qu'il arrête, le PADD du PLU de la commune d'Estrun prévoit notamment de " limiter la consommation d'espaces agricoles et naturels en accentuant l'intensification urbaine ", de " préserver l'agriculture pour son rôle écologique et paysager " et de " garantir une qualité du cadre de vie en révélant les paysages d'Estrun ". Les OAP " Cœur de village " et " Habitat " définissent quant à elles les conditions d'aménagement de deux zones distinctes, composées de terrains à vocation naturelle ou agricole, et qui portent pour l'une sur l'aménagement d'une superficie d'un hectare et demi en vue de la création d'équipements publics tels qu'une crèche, une maison médicale et un terrain multisports et pour l'autre sur un secteur d'un hectare consacré à la construction de logements. Ces OAP s'inscrivent ainsi dans les objectifs du PADD portant sur la nécessité d' " assurer la cohérence du tissu urbain et permettre l'utilisation de la ville au quotidien ", qui prévoit notamment la concentration des équipements communaux en un secteur unique, sur le développement de la " mixité sociale et générationnelle ", en permettant le renforcement de l'offre de logement à destination des personnes âgées et sur l'adaptation de " l'offre d'équipement ". Il ne ressort ainsi pas des pièces du dossier que les OAP invoquées par les requérants ne présentent pas de cohérence avec les objectifs et orientation du PADD pris dans leur ensemble. Par suite, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne le principe d'équilibre :
21. Aux termes de l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable au litige : " Dans le respect des objectifs du développement durable, l'action des collectivités publiques en matière d'urbanisme vise à atteindre les objectifs suivants : / 1° L'équilibre entre : / a) Les populations résidant dans les zones urbaines et rurales ; / b) Le renouvellement urbain, le développement urbain maîtrisé, la restructuration des espaces urbanisés, la revitalisation des centres urbains et ruraux, la lutte contre l'étalement urbain ; / c) Une utilisation économe des espaces naturels, la préservation des espaces affectés aux activités agricoles et forestières et la protection des sites, des milieux et paysages naturels () ". Ces dispositions imposent seulement aux auteurs des documents d'urbanisme d'y faire figurer des mesures tendant à la réalisation des objectifs qu'elles énoncent. Il en résulte que le juge administratif exerce un simple contrôle de compatibilité entre ces documents et les dispositions de l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme, en se plaçant au niveau de l'ensemble du territoire couvert par le document d'urbanisme et non pas à l'échelle d'un seul secteur.
22. En l'espèce, eu égard au contenu des OAP " Cœur de village " et " Habitat " tel qu'il a été rappelé au point 20 du présent jugement, à la taille des secteurs sur lesquelles elles portent et à la préservation assurée par le PLU de la zone agricole constitutive des quatre cinquièmes du territoire communal, ces OAP n'ont pas pour effet, à elles seules, de rendre le plan local d'urbanisme contesté incompatible avec le principe d'équilibre résultant du 1° de l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.
En ce qui concerne les emplacements réservés :
23. Aux termes de l'article L. 151-41 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable au litige : " Le règlement peut délimiter des terrains sur lesquels sont institués : / 1° Des emplacements réservés aux voies et ouvrages publics dont il précise la localisation et les caractéristiques ; / 2° Des emplacements réservés aux installations d'intérêt général à créer ou à modifier ; / 3° Des emplacements réservés aux espaces verts à créer ou à modifier ou aux espaces nécessaires aux continuités écologiques () ".
24. La création d'un emplacement réservé dans un document d'urbanisme a pour seul objet de protéger un terrain d'opérations qui seraient susceptibles de compromettre la réalisation future d'un ouvrage ou aménagement présentant un intérêt général. L'appréciation à laquelle se livrent les auteurs d'un plan local d'urbanisme lorsqu'ils décident de créer des emplacements réservés ne peut être discutée devant le juge de l'excès de pouvoir que si elle repose sur des faits matériellement inexacts, si elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ou si elle procède d'un détournement de pouvoir.
25. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la création de deux emplacements réservés sur les parcelles 150 et 151 dans la perspective de l'aménagement du centre bourg, eu égard à l'intérêt public qui s'attache à densifier le tissu urbain communal afin de préserver les terres agricoles situées hors du bourg et à la concentration des équipements publics en cœur de bourg, soit entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, le moyen doit être écarté.
Sur les frais liés au litige :
26. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par les consorts B doivent dès lors être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de MM. B et de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Mme D B, à M. E B et à la commune d'Estrun.
Délibéré après l'audience du 17 mars 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Chevaldonnet, président,
- M. Liénard, conseiller,
- Mme Leclère, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.
La rapporteure,
Signé
M. LECLERELe président,
Signé
B. CHEVALDONNET
La greffière,
Signé
J. DEREGNIEAUX
La République mande et ordonne au préfet du Nord ce en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026