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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2004838

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2004838

mardi 4 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2004838
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCLEMENT D'ARMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 juillet 2020, M. E D, représenté par Me Clément, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 6 mars 2020 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Lille a suspendu le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil à compter de ce jour ;

3°) d'enjoindre à l'OFII, à titre principal, de procéder au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil à compter de la date du 6 mars 2020, de procéder au versement des sommes non perçues depuis cette date et de lui fournir un logement adapté à ses besoins, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre à l'OFII, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

5°) en cas d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle ;

6°) en cas de refus d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que la décision contestée a été prise par une personne qui était compétente pour ce faire ;

- la décision en litige est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure par méconnaissance des dispositions de l'article R. 744-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aucun avis n'ayant été émis par un médecin de l'OFII ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ainsi que des articles L. 744-8 et D. 744-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur rédaction antérieure à la loi n°2018-778 du 10 septembre 2018 dès lors qu'il conteste ne pas s'être présenté aux autorités ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile eu égard à sa particulière vulnérabilité du fait de sa précarité matérielle, de ses problèmes de santé et de sa situation familiale en France.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2022, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La demande d'aide juridictionnelle de M. D a été rejetée par une décision du 24 août 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E D, né le 10 août 1988 au Nigéria, de nationalité nigériane, est entré en France, le 30 avril 2018, selon ses déclarations. Le 22 juin 2018, il a accepté l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et a bénéficié des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 6 mars 2020, dont le requérant demande l'annulation, le directeur territorial de l'OFII de Lille a prononcé la suspension du bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil à compter de ce jour.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Le bureau d'aide juridictionnelle a rejeté la demande d'aide juridictionnelle, présentée par le requérant, par une décision du 24 août 2020. Il n'y a, par suite, plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à ce qu'il bénéficie de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur le surplus des conclusions :

3. En premier lieu, la décision contestée a été signée par M. B C, directeur territorial de l'OFII de Lille, qui était compétent pour ce faire en vertu d'une décision de délégation de signature du 1er août 2019 du directeur général de l'OFII, régulièrement publié sur le site internet de l'OFII et au bulletin officiel du ministère de l'intérieur.

4. En deuxième lieu, la décision contestée cite les textes dont elle fait application, indique qu'elle est fondée sur la circonstance que l'intéressé n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités et/ou n'a pas répondu aux demandes d'information, ayant été déclaré en fuite par la préfecture le 28 novembre 2018 et précise enfin que l'évaluation de sa situation personnelle et familiale ne fait pas apparaître de facteur particulier de vulnérabilité au sens de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni de besoins particuliers en matière d'accueil. Ainsi, et alors que l'autorité administrative n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments de fait relatifs à la situation personnelle et familiale de M. D, la décision en litige comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et est, par suite, suffisamment motivée.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 744-14, dans sa rédaction applicable, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'appréciation de la vulnérabilité des demandeurs d'asile est effectuée par les agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en application de l'article L. 744-6, à l'aide d'un questionnaire dont le contenu est fixé par arrêté des ministres chargés de l'asile et de la santé. / Si le demandeur d'asile présente des documents à caractère médical, en vue de bénéficier de conditions matérielles d'accueil adaptée à sa situation, ceux-ci seront examinés par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui émet un avis ".

6. Il ressort des pièces du dossier que la demande présentée par M. D a donné lieu à un examen médical de la part du médecin coordinateur de la zone Nord de l'OFII, qui a rendu un avis le 4 février 2020 consistant en un " suivi spécialisé sans caractère d'urgence à l'hébergement ". Par suite, le vice de procédure tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent doit être écarté.

7. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment de la décision contestée ou bien encore de l'avis médical du 4 février 2020, que, avant de prendre la décision en litige, le directeur territorial a procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle.

8. En cinquième lieu, si le requérant soutient que la décision contestée a été prise en méconnaissance des dispositions du paragraphe 5 de l'article 20 de la directive 2013/33 il ne soutient ni même n'allègue que la décision en litige aurait été prise sur le fondement de dispositions législatives ou réglementaires incompatibles avec ces dispositions ou que cette directive n'aurait, à cet égard, pas été transposée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut être utilement invoqué.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 744-8, dans sa rédaction alors applicable, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile ; / () La décision de suspension, de retrait ou de refus des conditions matérielles d'accueil est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. / () ". Par ailleurs, aux termes de l'article D. 744-35, dans sa rédaction alors applicable, du même code : " Le versement de l'allocation peut être suspendu lorsqu'un bénéficiaire : / () 2° Sans motif légitime, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'information ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile ; / () L'interruption du versement de l'allocation prend effet à compter de la date de la décision de suspension ".

10. Il ressort des pièces du dossier, en particulier des documents produits en défense et non sérieusement contestés, que le requérant était convoqué à se présenter aux autorités en charge de l'asile, en vue de son transfert en Italie, pays compétent pour le traitement de sa demande d'asile mais qu'il ne s'est pas présenté le 28 novembre 2018, rendant ainsi impossible son transfert prévu le même jour et entraînant cette déclaration " en fuite " de la part du préfet du Nord. Par suite, et alors que l'intéressé ne fait état d'aucun motif légitime pour cette absence, c'est à juste titre que le directeur territorial a retenu, pour fonder la décision de suspension, que M. D n'avait pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités.

11. En septième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 744-6, dans sa rédaction alors applicable, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. / L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. / () ".

12. S'il ressort des pièces du dossier que l'intéressé présente une dentalgie, une gonalgie mécanique et une presbytie et qu'une prise en charge spécialisée est ainsi nécessaire en rhumatologie, orthopédie, ophtalmologie et dentisterie, il ressort également de l'avis médical établi par le médecin de l'OFII le 4 février 2020 que l'intéressé nécessite un suivi spécialisé mais sans caractère d'urgence à l'hébergement. Par ailleurs, si le requérant fait valoir que, à la date de la décision contestée, il était père d'un enfant nouveau-né, il est constant que cet enfant ne vit pas avec lui mais avec sa mère qui est hébergée dans une structure associative à Roubaix. Au vu des pièces du dossier, M. D ne saurait être regardé comme présentant une vulnérabilité particulière au sens et pour l'application des dispositions citées au point précédent. Les dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ont ainsi pas été méconnues.

13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'obtention de l'aide juridictionnelle à titre provisoire de M. D.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2023 à laquelle siégeaient :

M. Fabre, président,

Mme Monteil, première conseillère,

Mme Piou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023

Le président-rapporteur,

Signé

X. AL'assesseur le plus ancien,

Signé

A.-L. MONTEIL

La greffière,

Signé

M. F

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

5

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