mardi 11 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2004930 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | MARSEILLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces, enregistrées les 18 juillet 2020 et 8 juin 2022, M. B C, représenté par Me Marseille, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 août 2019 par lequel le préfet du Nord lui a refusé la délivrance d'une carte de résident en qualité de réfugié ;
2°) d'enjoindre à ce même préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans le même délai et sous la même astreinte, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
- la requête n'est pas tardive ;
- la décision a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît son droit d'être entendu, le droit à une bonne administration et, plus généralement, le respect de ses droits de la défense garantis par le droit de l'Union européenne et le droit interne ;
- le préfet ne démontre pas que la décision définitive portant rejet de sa demande d'asile lui a été régulièrement et préalablement notifiée conformément à l'article R. 723-19 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L.743-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L.313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les dispositions des 7°) et 11°) de l'article L.313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Des pièces, enregistrées le 29 juillet 2020, ont été produites par le préfet du Nord.
M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 janvier 2020.
La clôture de l'instruction a été fixée au 8 juillet 2022 à 23 h 59 par une ordonnance du 8 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le
26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Après avoir entendu le rapport de Mme A au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant albanais né le 31 octobre 1992 à Kukes (Albanie), déclare être entré sur le territoire français le 17 avril 2017, accompagné de son épouse, de nationalité albanaise également, ainsi que de leur premier enfant. Le 5 mai 2017, il a déposé une demande d'asile, à l'instar de son épouse, rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 31 août 2017, confirmée par un jugement de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 27 août 2018. Le 3 décembre 2018, il a déposé une demande de réexamen auprès de l'OFPRA, qui l'a rejetée pour irrecevabilité par décision du 19 décembre suivant, laquelle a été confirmée par jugement de la CNDA du 30 avril 2019. Par un arrêté du 9 août 2019, le préfet du Nord a en conséquence refusé de délivrer à l'intéressé une carte de résident en qualité de réfugié. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation
2. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté du 5 juillet 2019, publié le même jour au recueil n° 168 des actes administratifs de l'Etat dans le département, le préfet du Nord a donné délégation à Mme E D, attachée principale d'administration de l'Etat, cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, signataire de l'arrêté du 9 août 2019, à l'effet de signer, notamment, les décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué, qui manque en fait, ne peut qu'être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté en litige, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des circonstances de fait de l'espèce, comporte les considérations de droit et de fait permettant au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Plus particulièrement, il évoque ses conditions d'entrée sur le territoire, le dépôt de sa demande d'asile et son rejet par l'OFPRA, confirmé par la CNDA ainsi que le rejet définitif de sa demande de réexamen. Par suite, eu égard à l'objet de la demande sur laquelle cet arrêté se prononce, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté.
4. En troisième lieu, lorsqu'il se prononce sur une demande de titre de séjour, un Etat membre ne met pas en œuvre le droit de l'Union européenne. Ainsi, M. C ne peut utilement soutenir qu'il aurait été privé de son droit à être entendu, tel que garanti par le droit de l'Union européenne. S'il invoque également la méconnaissance du principe général des droits de la défense tel que garanti par le droit interne, il ressort des pièces du dossier que la décision en cause a été prise à la suite du dépôt par l'intéressé d'une demande de titre de séjour. Il a dès lors été en mesure de faire valoir toutes ses observations utiles lors du dépôt et de l'instruction de sa demande de titre. Par ailleurs, il ne soutient ni même n'allègue avoir été empêché de faire parvenir au préfet des informations utiles à l'étude de la demande à laquelle la décision contestée entend répondre. Enfin, il ne produit dans le cadre de la présente instance aucune information qui aurait été de nature à exercer une influence sur le sens de cette décision. Par suite, le moyen tiré de l'existence de ces vices de procédure doit être écarté.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 723-19 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " I.-La décision du directeur général de l'office est notifiée à l'intéressé par lettre recommandée avec demande d'avis de réception./ II.-La notification de la décision du directeur général de l'office mentionne :/ () III.-La date de notification de la décision de l'office et, le cas échéant, de la Cour nationale du droit d'asile qui figure dans le système d'information de l'office et est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques fait foi jusqu'à preuve du contraire./ () ".
6. Il ressort des pièces du dossier, notamment du relevé Télémofpra produit en défense, que la demande d'asile de l'intéressé a fait l'objet d'une décision de rejet de l'OFPRA en date du 31 août 2017, régulièrement notifiée le 13 septembre 2017, confirmée par un jugement de la CNDA du 27 août 2018, régulièrement notifié le 26 septembre 2018. Par ailleurs, sa demande de réexamen présentée le 3 décembre 2018 a également été rejetée par l'OFPRA pour irrecevabilité par décision du 19 décembre 2018, notifiée le 28 décembre suivant, confirmée par jugement de la CNDA du 30 avril 2019, notifié le 11 mai 2019. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il bénéficiait toujours à la date de la décision contestée d'un droit au séjour au titre de l'asile. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être écarté.
7. En cinquième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision contestée ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet du Nord n'aurait pas procédé à un examen particulier de la demande examinée. Plus particulièrement, s'il n'évoque pas les éléments transmis par le requérant à l'appui de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour en date du 2 juillet 2019, cette circonstance n'est pas de nature à entacher d'illégalité l'arrêté litigieux qui ne tend pas à répondre à cette demande, mais uniquement à celle présentée le 5 mai 2017 en qualité de réfugié. Par ailleurs, il ne résulte pas des dispositions de l'article L. 743-3, alors en vigueur, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet serait tenu, lorsqu'il refuse la délivrance d'une carte de résident en qualité de réfugié, d'examiner d'office si l'intéressé peut bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement d'autres dispositions. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du défaut d'examen de sa situation doivent être écartés.
8. En sixième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point précédent et eu égard à l'objet de la demande sur laquelle se prononce le préfet du Nord par l'arrêté en litige, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, des dispositions des 7°) et 11°) de l'article L. 313-11 et de celles de L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent qu'être écartés comme étant inopérants.
9. En septième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".
10. En l'espèce, la décision refusant à M. C la délivrance d'une carte de résident en qualité de réfugié ne fait pas obligation, par elle-même, à l'intéressé de quitter le territoire français et n'emporte pas séparation des enfants de l'un ou de l'autre de ses parents. Par suite, et en tout état de cause, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.
11. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 9 août 2019 qu'il conteste.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
12. L'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions de la requête aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme quelconque soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet du Nord.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Fabre, président,
Mme Monteil, première conseillère,
Mme Piou, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2022.
La rapporteure,
signé
C. A
Le président,
signé
X. FABRE
La greffière,
signé
A. HAUTCOEUR
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026