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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2004937

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2004937

vendredi 30 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2004937
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantCABINET QUENNEHEN - TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 juillet 2020, Mme C E, représentée par Me Tourbier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 juillet 2020 par laquelle le préfet du Pas-de-Calais a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ; la pathologie de son enfant nécessite des soins qui ne sont pas accessibles en Géorgie ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11, 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 janvier 2021, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 octobre 2020 du bureau d'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New-York le

26 janvier 1990 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C E, ressortissante géorgienne née le 25 juillet 1985 à Dmanisi (Géorgie) et déclarant être entrée en France en février 2018 accompagnée de son époux et de leurs trois enfants, a sollicité l'asile. Par une décision du 26 février 2019, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande. Le 12 septembre 2019, Mme E a fait l'objet d'un premier refus de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par un jugement n°1908751 du 27 novembre 2019, le magistrat désigné du tribunal a rejeté le recours formé par l'intéressée à l'encontre de ces décisions. Entretemps, le 25 novembre 2019, Mme E a demandé la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'accompagnant d'un enfant malade. Par l'arrêté attaqué du 16 juillet 2020, le préfet du Pas-de-Calais a rejeté cette demande. Par la présente requête, elle demande au tribunal d'annuler cette dernière décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté en litige, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des circonstances de fait se rapportant à la situation personnelle de Mme E, énonce les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles il se fonde, en visant, notamment, les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application, la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que la convention internationale des droits de l'enfant, en décrivant les conditions d'entrée et de séjour de la requérante sur le territoire français, en expliquant que les éléments produits par cette dernière ne sont pas de nature à remettre en cause les conclusions du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) selon lesquelles son fils, M. B F, peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état de santé en Géorgie, et en analysant l'impact de sa décision tant sur la vie privée et familiale de Mme E que sur la situation de ses enfants. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version alors en vigueur : " Sauf si leur présence constitue une menace pour l'ordre public, une autorisation provisoire de séjour est délivrée aux parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions mentionnées au 11° de l'article L. 313-11, ou à l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. / L'autorisation provisoire de séjour mentionnée au premier alinéa, qui ne peut être d'une durée supérieure à six mois, est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues au 11° de l'article L. 313-11. Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. ".

4. Il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-11, 11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII, que cette décision ne peut avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'intéressé fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou en l'absence de modes de prises en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

5. En l'espèce, le collège de médecins de l'OFII a estimé, dans un avis du 9 avril 2020, que l'état de santé du fils de A E, M. B F, nécessite une prise en charge médicale, dont le défaut devrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé en Géorgie, il peut y bénéficier d'un traitement approprié. En se bornant à soutenir que son fils ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement en Géorgie, sans apporter le moindre élément probant à ce titre, la requérant n'apporte aucun élément de nature à établir qu'en rejetant sa demande de titre de séjour, le préfet du Pas-de-Calais aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. En troisième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé.

7. Il est constant que la requérante a présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que le préfet s'est borné à examiner sa demande au regard de ce seul article. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant et doit, pour ce motif, être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Il ressort des pièces du dossier que Mme E indique, sans l'établir, être entrée sur le territoire français en février 2018 accompagnée de son époux et de leurs trois enfants, nés en 2005, 2007 et 2010. Il est constant que la décision en litige n'a pas pour objet d'éloigner la requérante. En tout état de cause, son époux fait l'objet d'une même décision portant refus de séjour et, ainsi qu'il a été dit, il n'est pas établi que leur fils ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé en Géorgie. Aucun élément versé à l'instance n'est ainsi de nature à établir que la cellule familiale de la requérante ne pourrait se poursuivre dans son pays d'origine, ni que ses enfants ne pourraient y poursuivre leur scolarité. Par ailleurs, la requérante ne justifie pas être dépourvue d'attaches privées et familiales dans son pays d'origine, ni d'une intégration, sociale ou professionnelle, d'une particulière intensité en France. Dans ces circonstances, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté en litige porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts d'intérêt public en vue desquels il a été pris. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

11. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 5 et 9, Mme E n'est pas fondée à soutenir qu'en adaptant la décision attaquée, le préfet du Pas-de-Calais aurait méconnu l'intérêt supérieur de son enfant et, par suite, les stipulations citées au point précédent.

12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté en litige du préfet du Pas-de-Calais. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E, au préfet du Pas-de-Calais et à Me Tourbier.

Délibéré après l'audience du 9 septembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Marjanovic, président,

M. Larue, premier conseiller,

M. Caustier, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

G. D

Le président,

Signé

V. MARJANOVIC

La greffière,

Signé

D. WISNIEWSKI

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2004937

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