vendredi 28 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2004992 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | DECAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 juillet 2020, l'association Au Pas de Cal'Anes, représentée par Me Decat, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision du 17 décembre 2019 par laquelle le président du conseil départemental du Pas-de-Calais lui a signifié l'expiration de l'autorisation qui lui avait été accordée aux fins d'exploitation d'un lieu de vie et d'accueil pour mineurs présentant des troubles psychiques, lui a refusé le renouvellement de cette autorisation ainsi que la délivrance d'une nouvelle autorisation pour accueillir des mineurs non accompagnés ;
2°) d'annuler la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental a rejeté son recours gracieux contre cette décision et a refusé de l'abroger ;
3°) d'enjoindre au département du Pas-de-Calais de lui délivrer une autorisation aux fins d'exploitation d'un lieu de vie et d'accueil ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, et ce sous astreinte.
Elle soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application de l'article L. 313-7 du code de l'action sociale et des familles.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 avril 2021, le département du Pas-de-Calais, représenté par Me Vergnon, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de l'association Au Pas de Cal'Anes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
-la requête est irrecevable, faute de comporter des moyens ;
-les conclusions dirigées contre la décision du président du conseil départemental du Pas-de-Calais du 17 décembre 2019, qui est purement confirmative et ne fait pas grief à l'association requérante, sont irrecevables ;
- les conclusions dirigées contre le refus implicite du président du conseil départemental du Pas-de-Calais d'abroger la décision du 17 décembre 2019, qui ne fait pas grief, sont également irrecevables ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 22 juin 2022 la clôture de l'instruction a été fixée au 29 juillet 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique ;
- les observations de Me Jounier, représentant le département du Pas-de-Calais.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 7 mars 2016, le président du conseil départemental du Pas-de-Calais a autorisé l'association Au Pas de Cal'Anes, sise à Le Ponchel (62), en application de l'article L. 313-7 du code de l'action sociale et des familles et pour une durée de deux ans, à créer un lieu de vie et d'accueil pour des garçons de 13 à 18 ans présentant des troubles psychiques et confiés à l'aide sociale à l'enfance. A compter du 24 avril 2017, le département du Pas-de-Calais a décidé de ne plus adresser d'adolescents dans cette structure. En revanche, celle-ci a continué à accueillir des mineurs non accompagnés en provenance de pays tiers à l'Union européenne qui lui étaient adressés par le département de Seine-Saint-Denis, et ce jusqu'au début de l'année 2019. Par un courrier du 19 juin 2019, l'association Au Pas de Cal'Anes a sollicité la reprise de son activité en tant que lieu de vie et d'accueil telle que prévue par l'arrêté du 7 mars 2016. En l'absence de réponse écrite, l'association, par un courrier du 19 novembre 2019, a sollicité sa " réouverture " en tant que lieu de vie et d'accueil, en particulier pour des mineurs non accompagnés. Par une décision du 17 décembre 2019, le président du conseil départemental du Pas-de-Calais a indiqué à l'association Au Pas de Cal'Anes que l'arrêté du 7 mars 2016 avait cessé de produire ses effets depuis le 8 mars 2018, que son autorisation n'avait pas été renouvelée et qu'elle ne pouvait l'être. Par un courrier du 14 mai 2020, reçu le 19 mai suivant, l'association Au Pas de Cal'Anes a demandé au président du conseil départemental du Pas-de-Calais de retirer ou, à défaut, d'abroger sa décision du 17 décembre 2019. Cette demande est demeurée sans réponse. Cette association doit être regardée comme demandant, d'une part, l'annulation de la décision du 17 décembre 2019 en tant qu'elle lui signifie l'expiration de l'autorisation qui lui avait été accordée par l'arrêté du 7 mars 2016, refuse de lui renouveler cette autorisation et de lui en délivrer une nouvelle en vue d'accueillir des mineurs non accompagnés et, d'autre part, l'annulation de la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental du Pas-de-Calais a refusé de retirer ou d'abroger sa décision du 17 décembre 2019.
Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 17 décembre 2019 :
2. Aux termes de l'article L. 312-1 du code de l'action sociale et des familles : " I. Sont des établissements et services sociaux et médico-sociaux, au sens du présent code, les établissements et les services, dotés ou non d'une personnalité morale propre, énumérés ci-après : / () / 12° Les établissements ou services à caractère expérimental ; () ". En outre, aux termes de l'article L. 313-7 du code de l'action sociale et des familles : " Les autorisations des établissements et services à caractère expérimental mentionnés au 12° du I de l'article L. 312-1 sont accordées pour une durée déterminée, qui ne peut être supérieure à cinq ans. Elles sont renouvelables une fois au vu des résultats positifs d'une évaluation. Au terme de la période ouverte par le renouvellement et au vu d'une nouvelle évaluation positive, l'établissement ou le service relève alors de l'autorisation à durée déterminée mentionnée à l'article L. 313-1. " Enfin, aux termes de l'article L 312-8 du même code : " Dans un objectif d'amélioration continue de la qualité, les établissements et services mentionnés à l'article L. 312-1 évaluent et font procéder à l'évaluation de la qualité des prestations qu'ils délivrent selon une procédure élaborée par la Haute Autorité de santé mentionnée à l'article L. 161-37 du code de la sécurité sociale. Les organismes pouvant procéder à cette évaluation sont habilités par la Haute Autorité de santé, qui définit le cahier des charges auquel ils sont soumis. Les résultats de cette évaluation sont communiqués à l'autorité ayant délivré l'autorisation ainsi qu'à la Haute Autorité de santé. Un décret détermine les modalités de leur publication ainsi que le rythme des évaluations. () ".
3. Il ressort des termes mêmes du courrier du 17 décembre 2019 que le président du conseil départemental du Pas-de-Calais a, par cette décision, rappelé à l'association requérante que l'autorisation qui lui avait été délivrée le 7 mars 2016 n'était plus valable, lui a signifié son refus de renouveler cette autorisation ainsi que son refus de lui délivrer une autorisation pour accueillir des mineurs non accompagnés, soit un public autre que celui visé dans l'autorisation initiale du 7 mars 2016 permettant uniquement la création d'un lieu de vie et d'accueil pour des garçons âgés de 13 à 18 ans souffrant de troubles psychiques. Si l'arrêté initial du 7 mars 2016, qui fixe à deux ans la durée de l'autorisation accordée, ne mentionne pas les conditions de renouvellement de cette autorisation, les dispositions précitées de l'article L. 313-7 du code de l'action et des familles prévoient que le renouvellement d'une autorisation délivrée sur le fondement de cet article ne peut intervenir qu'après la réalisation d'une évaluation positive effectuée selon les formes prévues à l'article L. 312-8 du même code, ce qui implique que le renouvellement ne peut être tacite, contrairement à ce que suggère l'association. En outre, si l'association fait valoir, sans en justifier, qu'elle a procédé à une " auto-évaluation " le 17 janvier 2018, cette évaluation, à la supposer avérée, ne remplit pas les critères fixés par les dispositions précitées de l'article L. 312-8 du code de l'action sociale et des familles. Ainsi, et quand bien même l'association Au Pas de Cal'Anes a pu accueillir jusqu'au début de l'année 2019 des jeunes mineurs isolés qui lui étaient adressés par le département de Seine-Saint-Denis, en contravention avec l'autorisation du 7 mars 2016, le département du Pas-de-Calais ne peut, contrairement à ce que soutient l'association requérante, être regardé comme ayant tacitement renouvelé l'autorisation qui lui avait été délivrée le 7 mars 2016 et qui prenait donc automatiquement fin le 8 mars 2018. Par ailleurs, ainsi qu'il vient d'être énoncé, l'association Au Pas de Cal'Anes n'ayant pas procédé à l'évaluation prévue par les dispositions de l'article L. 312-8 du code de l'action sociale et des familles avant sa demande de renouvellement, qui peut être regardée comme formulée dans son courrier du 19 juin 2019 à l'occasion duquel elle demande au département de pouvoir reprendre son activité de lieu de vie et d'accueil puis réitérée dans son courrier du 19 novembre 2019, le président du conseil départemental ne pouvait faire droit à sa demande. Enfin, à supposer que l'association requérante ait entendu, par les deux courriers précités, solliciter une nouvelle autorisation afin de pouvoir accueillir des mineurs isolés, il est constant qu'elle n'a pas déposé à cette fin de nouveau dossier auprès du conseil départemental du Pas-de-Calais. Par suite, le président du conseil départemental du Pas-de-Calais qui, contrairement à ce que soutient l'association requérante, n'a pas fondé sa décision du 17 décembre 2019 sur les poursuites judiciaires engagées en 2018 à l'encontre de son responsable mais sur les motifs ci-dessus énoncés, n'a commis aucune erreur d'appréciation dans l'application des dispositions précitées de l'article L. 313-7 du code de l'action sociale et des familles.
4. Il résulte de ce qui précède que l'association Au Pas de Cal'Anes n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du président du conseil départemental du Pas-de-Calais du 17 décembre 2019 et de la décision implicite par laquelle son recours gracieux contre cette décision a été rejeté.
Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite du président du conseil départemental portant refus d'abrogation de sa décision du 17 décembre 2019 :
5. Aux termes de l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration : " () / L'administration est tenue d'abroger expressément un acte non réglementaire non créateur de droits devenu illégal ou sans objet en raison de circonstances de droit ou de fait postérieures à son édiction, sauf à ce que l'illégalité ait cessé. ".
6. En l'espèce, compte tenu de ce qui a été énoncé au point 3 et dès lors qu'il n'est ni démontré, ni même allégué, que seraient intervenus, depuis la décision du 17 décembre 2019, des changements dans les circonstances de fait ou de droit de nature à rendre cette décision illégale, l'association Au Pas de Cal'Anes n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision implicite, née le 19 juillet 2020, par laquelle le président du conseil départemental du Pas-de-Calais a refusé d'abroger sa décision du 17 décembre 2019.
7. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir soulevées en défense, que l'association Au Pas de Cal'Anes n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 17 décembre 2019 par laquelle le président du conseil départemental du Pas-de-Calais lui a signifié que l'autorisation qui lui avait été délivrée le 7 mars 2016 n'était plus valable, et a refusé de renouveler cette autorisation et de lui en délivrer une nouvelle pour accueillir des mineurs non accompagnés. Elle n'est pas davantage fondée à demander l'annulation de la décision implicite, née le 19 juillet 2020, par laquelle le président du conseil départemental du Pas-de-Calais a refusé d'abroger sa décision du 17 décembre 2019.
Sur les conclusions relatives aux frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département du Pas-de-Calais, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par l'association Au Pas de Cal'Anes au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'association Au Pas de Cal'Anes la somme demandée par le département du Pas-de-Calais au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de l'association Au Pas de Cal'Anes est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du département du Pas-de-Calais présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association Au Pas de Cal'Anes et au département du Pas-de-Calais.
Délibéré après l'audience du 14 octobre 2022, à laquelle siégeaient
- M. Riou, président ;
- M. Fougères, premier conseiller ;
- Mme Varenne, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2022.
Le président,
signé
J-M. RIOU La rapporteure,
signé
M. A
La greffière,
signé
I. BAUDRY
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026