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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2005044

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2005044

mardi 11 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2005044
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLEQUIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 juillet 2020, Mme B D, représentée par Me Lequien, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du 19 mars 2020 par laquelle le préfet du Nord lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à ce préfet de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, outre les entiers dépens.

Elle soutient que :

- cette décision est dépourvue de motivation ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien et de celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire.

La clôture de l'instruction a été fixée au 12 juillet 2021 à 12 h 00 par une ordonnance 11 juin 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Lequien, représentant Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B D, ressortissante algérienne née le 17 mars 1961 à Messerghin (Algérie), est entrée pour la dernière fois en France au mois de mars 2017, munie d'un visa délivré par les autorités consulaires portugaises. Par un courrier reçu le 19 novembre 2020, elle a présenté une demande de titre de séjour au titre de ses liens personnels et familiaux en France. Le silence gardé pendant quatre mois sur sa demande a fait naître une décision implicite de rejet. Par la présente requête, Mme D demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes des dispositions l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes des dispositions de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

3. Il ressort des pièces du dossier que le préfet du Nord a implicitement rejeté, le 19 mars 2020, la demande présentée par Mme D tendant à la délivrance d'un titre de séjour. Par un courrier reçu le 1er avril 2020, elle a saisi ce même préfet d'une demande de communication des motifs fondant cette décision. Il est constant que le préfet n'a pas répondu à cette demande de communication dans le délai d'un mois prévu par les dispositions précitées de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, Mme D est fondée à soutenir que la décision en litige lui refusant la délivrance d'un titre de séjour est entachée d'un défaut de motivation.

4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision implicite du préfet du Nord en date du 19 mars 2020 doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. Il résulte de ce qui précède que l'exécution du présent jugement implique seulement que le préfet du Nord procède au réexamen de la demande de titre de séjour présentée par Mme D. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les dépens :

6. La présente instance n'a donné lieu à aucun dépens. Par suite, les conclusions présentées par la requérante à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Mme D au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite du 19 mars 2020 portant refus de délivrance d'un titre de séjour à Mme D est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour de Mme D dans un délai deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme D la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et au préfet du Nord.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Fabre, président,

Mme Monteil, première conseillère,

Mme Piou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2022.

La rapporteure,

signé

C. A

Le président,

signé

X. FABRE

La greffière,

signé

A. HAUTCOEUR

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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