lundi 18 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2005126 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | BODART |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 juillet 2020, la société civile immobilière (SCI) Bâtissons bien, représentée par Me Bodart, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 janvier 2019 par lequel le maire d'Hames-Boucres a refusé de lui délivrer un permis de construire pour l'édification d'une maison individuelle et la démolition d'une dépendance sur un terrain cadastré AH 72, 73 166 et 225 situé 3078 route de Guines sur le territoire communal ;
2°) d'annuler le courrier du 23 mars 2020 par lequel le maire d'Hames-Boucres lui a indiqué " qu'il ne peut être entrepris aucun travaux " ;
3°) d'annuler la décision du 25 mai 2020 par laquelle le maire d'Hames-Boucres a rejeté son recours gracieux et lui a refusé la délivrance du certificat prévu par les dispositions de l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme ;
4°) d'enjoindre au maire d'Hames-Boucres de lui délivrer un certificat de permis de construire tacite dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête n'est pas tardive ;
- l'arrêté du 9 janvier 2019 portant refus de délivrance d'un permis de construire et la décision de retrait du permis tacite dont elle est titulaire depuis le 20 janvier 2019 sont insuffisamment motivés, en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ainsi que des articles L. 424-3 et A. 424-4 du code de l'urbanisme ;
- la décision de retrait du permis qui lui a été tacitement accordé le 20 janvier 2019 est entachée d'un vice de procédure, faute de mise en œuvre de la procédure contradictoire préalable prévue par les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la décision de retrait du permis qui lui a été tacitement accordé le 20 janvier 2019 méconnait les dispositions de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme pour être intervenue au-delà du délai de trois mois prescrit.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 décembre 2021, la commune d'Hames-Boucres doit être regardée comme concluant au rejet de la requête.
Elle valoir que :
- l'arrêté portant refus de délivrance du permis de construire sollicité a été notifié à la pétitionnaire dans les délais requis ;
- la direction départementale des territoires et de la mer a émis un avis conforme défavorable, motivé par la dangerosité à édifier des constructions sur des terrains en zone humide, exposés aux aléas climatiques.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 août 2023, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 9 janvier 2019 sont tardives ;
- les moyens tirés de l'insuffisante motivation, du non-respect du principe du contradictoire et de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 424-5 du code l'urbanisme sont inopérants ;
- l'arrêté du 9 janvier 2019 portant refus de délivrance d'un permis de construire est bien-fondé.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation du courrier du 23 mars 2020 dès lors qu'il ne constitue pas une décision faisant grief.
La clôture d'instruction a été fixée au 19 septembre 2023 par une ordonnance du 18 août 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Piou,
- les conclusions de Mme Allart, rapporteure publique,
- et les observations de Me Guilbeau, substituant Me Bodart, représentant la SCI Bâtissons bien.
Considérant ce qui suit :
1. La société civile immobilière (SCI) Bâtissons bien a présenté, le 2 août 2018, une demande de permis de construire en vue de l'édification d'une résidence principale et de la démolition d'une dépendance sur un terrain situé 3078 route de Guines à Hames-Boucres. Par courrier du 25 septembre 2018, la commune d'Hames-Boucres l'a informée que l'instruction de sa demande prendrait fin le 20 janvier 2019, date à laquelle, en cas de silence de l'administration, elle disposerait d'un permis de construire tacite. Par un arrêté du 9 janvier 2019, le maire de cette commune a décidé, après avoir recueilli, le 21 décembre 2018, l'avis conforme défavorable du préfet du Pas-de-Calais, de lui refuser la délivrance de ce permis de construire. Par un courrier du 3 mars 2020, la SCI Bâtissons bien a informé la commune du démarrage imminent des travaux. Toutefois, par courrier du 23 mars 2020, le maire d'Hames-Boucres lui a fait part de l'existence d'un refus de permis de construire pris par arrêté du 9 janvier 2019 et de l'impossibilité en résultant de commencer les travaux de construction envisagés. Par un courrier du 7 avril 2020, reçu le 15 avril suivant, la SCI Bâtissons bien a contesté tant l'arrêté du 9 janvier 2019 que le courrier du 23 mars 2020 et sollicité la délivrance d'un certificat de permis de construire tacite. Par une décision du 25 mai 2020, la commune a rejeté ces demandes. Par la présente requête, la SCI Bâtissons bien demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 9 janvier 2019, le courrier du 23 mars 2020 ainsi que la décision du 25 mai 2020.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". Et, aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".
3. Il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé.
4. Si le préfet du Pas-de-Calais soutient que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 9 janvier 2019 seraient tardives pour être présentées au-delà du délai de deux mois suivant sa notification, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté litigieux ne comporte pas la mention des voies et délai de recours contentieux. Par suite, le délai de recours prévu à l'article R. 421-1 du code de justice administrative ne peut être opposé. Au surplus, le préfet du Pas-de-Calais ne produit au soutien de cette fin de non-recevoir aucune pièce de nature à établir la date certaine de réception de cet arrêté par la pétitionnaire. L'attestation établie par un agent municipal le 4 mai 2020 ne fait pas davantage mention d'une date de notification de cet arrêté et se borne à faire état d'une demande de rendez-vous présentée par le gérant de la SCI Bâtissons bien, à une date non précisée, et d'une réunion organisée en mairie à une date comprise entre la fin du mois de janvier 2019 et le début du mois suivant, au cours de laquelle aurait notamment été évoqué l'arrêté du 9 janvier 2019. Compte tenu de ces imprécisions et en l'absence de tout élément de nature à corroborer les faits tels que relatés dans cette attestation, il ne peut être tenu pour établi que la SCI Bâtissons bien aurait eu connaissance de l'existence de l'arrêté de refus de permis de construire du 9 janvier 2019 avant qu'il ne lui soit transmis par courrier du 23 mars 2020. Cette société a formé un recours gracieux le 15 avril suivant, rejeté le 25 mai 2020, avant d'introduire la présente requête enregistrée au greffe de ce tribunal le 24 juillet suivant. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté des conclusions à fin d'annulation de cet arrêté doit être écartée.
Sur l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre le courrier du 23 mars 2020 :
5. Il ressort des pièces du dossier que le courrier du 23 mars 2020 se borne à transmettre à la requérante copie de l'arrêté du maire d'Hames-Boucres du 9 janvier 2019, à lui communiquer l'avis défavorable émis sur sa demande de permis de construire par le préfet du Pas-de-Calais le 21 décembre 2018 et à lui indiquer qu'en conséquence elle ne peut procéder à la réalisation des travaux envisagés. Un tel courrier, purement informatif, ne constitue pas une décision susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions tendant à son annulation doivent être rejetées comme étant irrecevables.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
6. Aux termes de l'article L. 424-2 du code de l'urbanisme : " Le permis est tacitement accordé si aucune décision n'est notifiée au demandeur à l'issue du délai d'instruction ".
7. D'une part, il résulte de ces dispositions que le pétitionnaire est réputé être titulaire d'un permis tacite si aucune décision ne lui a été notifiée avant l'expiration du délai réglementaire d'instruction de son dossier. Cette notification intervient à la date à laquelle le demandeur accuse réception de la décision, en cas de réception dès la première présentation du pli la contenant, ou, à défaut, doit être regardée comme intervenant à la date à laquelle le pli est présenté pour la première fois à l'adresse indiquée par le demandeur.
8. D'autre part, il incombe à l'administration d'établir la date à laquelle le pli accompagnant sa décision a régulièrement fait l'objet d'une première présentation à l'adresse de l'intéressé. Cette preuve peut résulter des mentions précises, claires et concordantes figurant sur les documents, le cas échéant électroniques, remis à l'expéditeur conformément à la réglementation postale. A défaut, cette preuve peut résulter d'une attestation circonstanciée du prestataire ou d'autres éléments de preuve établissant que le courrier a bien été présenté au destinataire dans les conditions prévues par cette réglementation.
9. Ainsi qu'il a été dit au 1er point, il ressort des pièces du dossier que la SCI Bâtissons bien a déposé une demande de permis de construire le 2 août 2018 en vue de l'édification d'une résidence principale et de la démolition d'une dépendance sur un terrain situé 3078 route de Guines à Hames-Boucres, complétée le 20 septembre 2018. Par courrier du 25 septembre 2018, le maire de cette commune l'a informée de ce que le délai d'instruction de sa demande arriverait à échéance le 20 janvier 2019. Par ailleurs, comme retenu au point 4, il ne ressort pas des pièces du dossier que la SCI Bâtissons bien se soit vue notifier l'arrêté du 9 janvier 2019 avant l'expiration de ce délai d'instruction. Par suite, la requérante est fondée à soutenir qu'elle était titulaire d'un permis de construire tacitement né le 20 janvier 2019.
10. Il en résulte que l'arrêté du 9 janvier 2019 lui refusant la délivrance de ce même permis, notifié postérieurement comme indiqué au point 4, doit être regardé comme retirant le permis tacitement accordé le 20 janvier 2019.
11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits () ". Et, aux termes de l'article L. 121-1 du même code : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".
12. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision litigieuse portant retrait d'un permis de construire ait été précédée de la mise en œuvre de la procédure contradictoire prévue par les dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, la requérante est fondée à soutenir qu'elle est entachée d'un vice de procédure.
13. En second lieu, aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire ".
14. Ainsi qu'il a été dit précédemment, l'arrêté du 9 janvier 2019 a été notifié à la requérante par un courrier qui lui a été adressé le 23 mars 2020, soit après l'expiration du délai de trois mois suivant la naissance du permis de construire tacite. Par suite, la requérante est également fondée à soutenir que la décision de retrait méconnait les dispositions précitées du code de l'urbanisme, la circonstance que le préfet ait rendu un avis conforme défavorable étant à cet égard sans incidence.
15. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est susceptible de fonder l'annulation de l'arrêté du 9 janvier 2019.
16. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté contesté du 9 janvier 2019 ainsi que, par voie de conséquence, la décision du 25 mai 2020 portant rejet du recours gracieux présenté par la requérante et refus de délivrance du certificat prévu par les dispositions de l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme doivent être annulés.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
17. Aux termes de l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme : " En cas de permis tacite ou de non-opposition à un projet ayant fait l'objet d'une déclaration, l'autorité compétente en délivre certificat sur simple demande du demandeur, du déclarant ou de ses ayants droit. / () ".
18. Le présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, que le maire d'Hames-Boucres délivre à la SCI Bâtissons bien un certificat de permis tacite en application des dispositions précitées de l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans le délai d'un mois, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
19. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme que la SCI Bâtissons bien demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du maire d'Hames-Boucres du 9 janvier 2019 et sa décision du 25 mai 2020 sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au maire d'Hames-Boucres de délivrer à la SCI Bâtissons bien un certificat de permis de construire tacite en application de l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Bâtissons bien, à la commune d'Hames-Boucres et au préfet du Pas-de-Calais.
Délibéré après l'audience du 21 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Leguin, présidente,
M. Borget, premier conseiller,
Mme Piou, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 décembre 2023.
La rapporteure,
signé
C. PIOU
La présidente,
signé
A-M. LEGUINLa greffière,
signé
S. SING
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
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Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
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