lundi 15 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2005143 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | ROBILLIART |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 24 juillet 2020 et le 29 septembre 2021, M. A B demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 12 juin 2020 par laquelle le conseil départemental de l'ordre des médecins du Nord a refusé de déférer le docteur C devant la chambre disciplinaire de première instance de l'ordre des médecins ;
2°) d'enjoindre au conseil départemental de l'ordre des médecins du Nord de déférer le docteur C devant la chambre disciplinaire de première instance de l'ordre des médecins ;
3°) de mettre à la charge du conseil départemental de l'ordre des médecins du Nord la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée n'est pas motivée en méconnaissance des dispositions de l'article R. 4127-112 du code de la santé publique ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le conseil départemental de l'ordre des médecins du Nord s'est considéré à tort incompétent pour apprécier les faits relatés dans le cadre de sa plainte ;
- le conseil départemental de l'ordre des médecins du Nord a omis de se prononcer sur le grief tiré du manquement à l'indépendance du médecin dans son exercice médical prévu à l'article R. 4127-5 et à l'alinéa 2 de l'article R. 4127-95 du code de la santé publique ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que les faits relatés relèvent d'une atteinte au principe de confraternité justifiant la transmission de la plainte à la chambre disciplinaire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er septembre 2021, le conseil départemental de l'ordre des médecins du Nord conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 840 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 19 octobre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 22 novembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bergerat, rapporteure ;
- les conclusions de Mme Lançon, rapporteure publique,
- et les observations de Me Robilliart, représentant M. B, et de Me Paternoster, représentant le conseil départemental de l'ordre des médecins du Nord.
Considérant ce qui suit :
1. Le docteur B, gynécologue obstétricien, praticien hospitalier exerçant ses fonctions au centre hospitalier du Cateau-Cambrésis, a saisi le 16 décembre 2019 le conseil départemental de l'ordre des médecins du Nord d'une plainte pour méconnaissance des règles de confraternité de la part du docteur C, gynécologue obstétricien, exerçant les fonctions de chef de service de la maternité du centre hospitalier du Cateau-Cambrésis. Le requérant a demandé au conseil départemental de l'ordre des médecins du Nord que sa plainte soit transmise à la chambre disciplinaire de première instance. Le conseil départemental de l'ordre des médecins du Nord, après avoir engagé des démarches de conciliation et pris acte de leur échec, a refusé, par une délibération du 12 juin 2020, de saisir la chambre disciplinaire de première instance. M. B demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 4123-2 du code de la santé publique : " Il est constitué auprès de chaque conseil départemental une commission de conciliation composée d'au moins trois de ses membres. La conciliation peut être réalisée par un ou plusieurs des membres de cette commission, selon des modalités fixées par décret en Conseil d'Etat. / Lorsqu'une plainte est portée devant le conseil départemental, son président en accuse réception à l'auteur, en informe le médecin, le chirurgien-dentiste ou la sage-femme mis en cause et les convoque dans un délai d'un mois à compter de la date d'enregistrement de la plainte en vue d'une conciliation. En cas d'échec de celle-ci, il transmet la plainte à la chambre disciplinaire de première instance avec l'avis motivé du conseil dans un délai de trois mois à compter de la date d'enregistrement de la plainte, en s'y associant le cas échéant. ( ) En cas de carence du conseil départemental, l'auteur de la plainte peut demander au président du conseil national de saisir la chambre disciplinaire de première instance compétente. Le président du conseil national transmet la plainte dans le délai d'un mois ".
3. Par dérogation à ces dispositions, l'article L. 4124-2 du code la santé publique prévoit, s'agissant des " médecins () chargés d'un service public et inscrits au tableau de l'ordre ", qu'ils " ne peuvent être traduits devant la chambre disciplinaire de première instance, à l'occasion des actes de leur fonction publique, que par le ministre chargé de la santé, le représentant de l'Etat dans le département, le directeur général de l'agence régionale de santé, le procureur de la République, le conseil national ou le conseil départemental au tableau duquel le praticien est inscrit () ". Les personnes et autorités publiques mentionnées à cet article ont seules le pouvoir de traduire un médecin chargé d'un service public devant la juridiction disciplinaire à raison d'actes commis dans l'exercice de cette fonction publique. En particulier, un conseil départemental de l'ordre des médecins exerce, en la matière, une compétence propre et les décisions par lesquelles il décide de ne pas déférer un médecin devant la juridiction disciplinaire peuvent faire directement l'objet d'un recours pour excès de pouvoir devant la juridiction administrative.
4. Par ailleurs, aux termes de l'article R. 4127-112 du même code : " Toutes les décisions prises par l'ordre des médecins en application du présent code de déontologie doivent être motivées. / Celles de ces décisions qui sont prises par les conseils départementaux peuvent être réformées ou annulées par le conseil national soit d'office, soit à la demande des intéressés ; celle-ci doit être présentée dans les deux mois de la notification de la décision ". Les décisions visées par ces dispositions sont les décisions d'ordre administratif prises par les instances ordinales en application du code de déontologie des médecins, lesquelles ne comprennent pas les décisions que ces instances peuvent prendre en matière disciplinaire, comme celles qui sont mentionnées aux articles L. 4124-2 et L. 4123-2 du code de la santé publique, cités aux points précédents. Dès lors, M. B ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article R. 4127-112 pour soutenir que la décision attaquée est insuffisamment motivée. Le moyen doit être écarté.
5. En deuxième lieu, s'il ressort des termes de la délibération du 12 juin 2020, par laquelle le conseil départemental de l'ordre des médecins du Nord a refusé de transmettre la plainte de M. B à la chambre disciplinaire de première instance, que le conseil a d'abord considéré qu'il appartenait à d'autres instances de se prononcer sur les conditions d'exercice des fonctions de chef de service de la maternité par le docteur C, qui constituaient une partie des griefs reprochés par le requérant à sa consœur, il a toutefois ensuite apprécié ces faits pour conclure que le manquement au devoir de confraternité invoqué par M. B n'était pas établi. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le conseil départemental de l'ordre des médecins du Nord se serait à tort estimé incompétent pour apprécier les faits portés à sa connaissance. Le moyen tiré de l'erreur de droit, sur cette branche, doit être écarté.
6. En troisième lieu, M. B soutient qu'il invoquait également, au sein de sa plainte déposée le 16 décembre 2019, un manquement, tiré de l'atteinte à l'indépendance du médecin prévue à l'alinéa 2 de l'article R. 4127-95 du code de la santé publique, auquel le conseil départemental de l'ordre des médecins n'aurait pas répondu. Toutefois, il ne résulte d'aucun texte, ni d'aucun principe que les instances ordinales doivent expressément se prononcer, dans le cadre de la procédure prévue à l'article L. 4124-2 du code de la santé publique, sur l'ensemble des griefs énoncés par les plaignants. Dès lors, le conseil départemental de l'ordre des médecins du Nord, qui a refusé de déférer le docteur C devant la chambre disciplinaire de première instance, doit être réputé avoir implicitement écarté ce grief. Le moyen tiré de l'erreur de droit, sur cette branche, doit être écarté.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 4127-5 du code de la santé publique : " Le médecin ne peut aliéner son indépendance professionnelle sous quelque forme que ce soit. ". En outre, en vertu du deuxième alinéa de l'article R. 4127-95 du même code : " En aucune circonstance, le médecin ne peut accepter de limitation à son indépendance dans son exercice médical de la part du médecin, de l'entreprise ou de l'organisme qui l'emploie. Il doit toujours agir, en priorité, dans l'intérêt de la santé publique et dans l'intérêt des personnes et de leur sécurité au sein des entreprises ou des collectivités où il exerce. ". Enfin, aux termes de l'article R. 4127-56 de ce code : " Les médecins doivent entretenir entre eux des rapports de bonne confraternité. / Un médecin qui a un différend avec un confrère doit rechercher une conciliation, au besoin par l'intermédiaire du conseil départemental de l'ordre. / Les médecins se doivent assistance dans l'adversité. "
8. Lorsqu'il est saisi d'une plainte d'une personne qui ne dispose pas du droit de traduire elle-même un médecin en chambre de discipline, il appartient au conseil de l'ordre des médecins de décider des suites à donner à la plainte. Il dispose, à cet effet, d'un large pouvoir d'appréciation et peut tenir compte notamment de la gravité des manquements allégués, du sérieux des éléments de preuve recueillis ainsi que de l'opportunité d'engager des poursuites compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
9. Il ressort des pièces du dossier que le docteur C, mise en cause par M. B, a été désignée à compter du 28 mars 2019 pour exercer les fonctions de chef de service de la maternité à la suite de la décision du 15 novembre 2018 par laquelle il a été mis fin aux fonctions du requérant en qualité de responsable de structure de la maternité, pour des motifs liés à l'intérêt du service tels que la dégradation des relations entretenues entre ce dernier et certains confrères ainsi que des membres des équipes médicales et des responsables administratifs, l'absence d'implication du médecin dans l'élaboration du projet médical d'établissement et du projet maternité 2017-2022 ou encore la forte baisse de l'activité de la maternité et principalement son activité propre en son sein. Lors d'une réunion de service du 17 avril 2019, le docteur C a demandé aux praticiens, dans le cadre d'une démarche d'amélioration de la qualité de prise en charge des patientes et de pérennisation de l'activité de la maternité, de ne plus annuler ou déplacer de consultation d'obstétrique sans son accord préalable, demande formalisée dans une note de service du 26 avril 2019. En outre, elle a indiqué que, compte tenu de l'impossibilité de couvrir les astreintes par accord amiable des praticiens, elle organiserait désormais le tableau des astreintes de la maternité et demandé à cette fin que les disponibilités des médecins lui soient transmises avant le 15 du mois précédant chaque trimestre, ce qu'elle a réitéré par un courriel du 21 août 2019. Enfin, elle a informé les médecins qu'en cas de césarienne pratiquée au centre hospitalier de Cambrai, elle supprimerait les plages de consultation d'obstétrique prévues au centre hospitalier du Cateau-Cambrésis. En outre, par courrier et courriel des 5 juin 2019 et 19 juin 2019, elle a demandé à M. B de justifier ses absences les après-midi du mercredi et du vendredi ainsi que sa participation le 14 juin 2019 à une formation. Contrairement à ce que fait valoir M. B, ces instructions, qui participent de l'exercice des fonctions de chef de service, ne constituent pas des agissements de non-confraternité ou d'atteinte à l'indépendance de l'exercice médical du praticien. Dès lors, le conseil départemental de l'ordre des médecins du Nord a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, estimer que les faits exposés par M. B ne méconnaissaient pas les règles déontologiques précitées.
10. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 12 juin 2020 du conseil départemental de l'ordre des médecins du Nord.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
11. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution particulière. Les conclusions aux fins d'injonction présentées par M. B doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du conseil départemental de l'ordre des médecins du Nord, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du requérant la somme demandée par le conseil départemental de l'ordre des médecins du Nord au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du conseil départemental de l'ordre des médecins du Nord présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au conseil départemental de l'ordre des médecins du Nord.
Délibéré après l'audience du 21 avril 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Paganel, président,
- Mme Bergerat, première conseillère,
- Mme Dang, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mai 2023.
La rapporteure,
signé
S. BERGERAT
Le président,
signé
M. PAGANELLa greffière,
signé
N. PAULET
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026