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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2005145

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2005145

vendredi 1 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2005145
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantDAVID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 juillet 2020, M. A B, représenté par Me Benoît David, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de la commission pluridisciplinaire unique de Vendin-le-Vieil du 12 décembre 2019 confirmant la suppression de son droit à bénéficier de " doublettes-café " ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- sa requête est recevable dès lors que la décision attaquée lui fait grief en ce qu'elle modifie ses conditions d'incarcération, le plaçant dans un régime plus contraignant que celui dans lequel il se trouvait précédemment ;

- la décision attaquée ne comporte aucune mention de son auteur en méconnaissance de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et est également entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle méconnait les dispositions de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 décembre 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête de M. B.

Il soutient que la requête est irrecevable dès lors que la décision attaquée constitue une mesure d'ordre intérieur insusceptible de faire l'objet d'un recours en excès de pouvoir.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 mars 2020 du bureau d'aide juridictionnelle.

Par ordonnance du 6 décembre 2022, la date de clôture de l'instruction a été fixée au 6 janvier 2023 à 14 heures.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 2009-1436 du 24 novembre 2009 pénitentiaire ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Stefanczyk,

- et les conclusions de M. Christian, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision prise à l'issue de la réunion de la commission pluridisciplinaire unique du 12 décembre 2019, le directeur du centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil a confirmé la suppression du droit de M. A B, incarcéré au sein de cet établissement depuis le 20 décembre 2016, à bénéficier de " doublettes-café ". Par la présente requête, M. B doit être regardé comme demandant l'annulation de cette décision.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le garde des sceaux, ministre de la justice :

2. Aux termes de l'article R. 57-6-18 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " Le chef d'établissement adapte le règlement intérieur type applicable à la catégorie dont relève l'établissement qu'il dirige en prenant en compte les modalités spécifiques de fonctionnement de ce dernier. Il recueille l'avis des personnels ". Aux termes de l'article 47 de l'annexe à l'article R. 57-6-18 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " () Dans les maisons centrales et dans les quartiers maison centrale, établissements qui comportent une organisation et un régime de sécurité renforcé, la personne détenue est enfermée dans sa cellule durant la nuit. Elle ne peut librement sortir de sa cellule durant la journée. / Les déplacements, hors de la cellule, doivent être autorisés par un personnel pénitentiaire et justifiés par l'accès à la promenade, par un rendez-vous qui lui est fixé, par une convocation qui lui est adressée ou par une inscription à une activité. Ils sont accompagnés par un personnel pénitentiaire. () " Aux termes de l'article D. 71 de même code, alors en vigueur : " Les maisons centrales et les quartiers maison centrale comportement une organisation et un régime de sécurité renforcé dont les modalités internes permettent également de préserver et développer les possibilités de réinsertion sociale des condamnés ". Enfin, selon l'article A. 39 de ce code, alors en vigueur : " La liste des établissements pénitentiaires classés dans la catégorie des maisons centrales ou comportant un quartier maison centrale prévue à l'article D. 71 est fixée comme suit : / () / Quartier centre de détention du centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil. () ".

3. Pour déterminer si une mesure prise par l'administration pénitentiaire à l'égard d'un détenu constitue un acte administratif susceptible de recours pour excès de pouvoir, il y a lieu d'apprécier sa nature et l'importance de ses effets sur la situation du détenu. Doivent être regardées comme mettant en cause des libertés et des droits fondamentaux des détenus les décisions qui portent à ces droits et libertés une atteinte qui excède les contraintes inhérentes à leur détention.

4. Le garde des sceaux, ministre de la justice soutient, sans être contesté, que la suppression des " doublettes café " dont bénéficiait M. B au sein du quartier maison centrale du centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil, permettant aux personnes détenues d'accueillir ou d'être accueillies dans un cellule afin de prendre un café ou de jouer aux jeux-vidéos avec un autre co-détenu, a été motivée, d'une part, par sa condamnation à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une période de sureté de vingt-deux ans et d'une rétention de sureté pour assassinat, prononcée par le 1er octobre 2014 par la cour d'assises de l'Asine, d'autre part, par son comportement violent et agressif en détention et, enfin, au regard de son récent repli sur soi, l'intéressé refusant de communiquer avec les autres détenus, de se rendre aux ateliers, de prendre son traitement médical et d'être suivi sur le plan psychologique. Contrairement à ce que soutient le requérant, la décision attaquée n'a pas eu d'effet notable sur ses conditions de vie en détention dès lors qu'il n'est pas établi qu'il se soit vu attribuer à une fréquence régulière des " doublettes café ", lesquelles, au demeurant, ne reposaient sur aucun fondement légal ou réglementaire et ne présentaient aucune automaticité dans leur mise en œuvre, l'accord de l'autre co-détenu étant nécessaire. Par ailleurs, la pratique des " doublettes-café " ne constituait pas l'unique possibilité pour le requérant, placé en régime " porte fermée ", de nouer des liens avec les autres détenus dès lors qu'il ressort des pièces du dossier, et notamment de la synthèse des activités et examens produits en défense, que l'intéressé était classé aux ateliers, participait à de nombreuses activités sportives et de formation professionnelle et sortait en promenade. Ainsi, la mesure en litige n'a pas remis en cause les droits et libertés fondamentaux du requérant dans des conditions qui excèdent les contraintes inhérentes à sa détention. Il en résulte que le défendeur est fondé à soutenir que la décision en litige constitue une mesure d'ordre intérieur qui n'est pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, il y a lieu d'accueillir la fin de non-recevoir opposée par le ministre de la justice et de rejeter les conclusions aux fins d'annulation de la décision du directeur du centre pénitentiaire de de Vendin-le-Vieil prise à l'issue de la commission pluridisciplinaire unique du 12 décembre 2019 confirmant la suppression du droit à bénéficier de " doublettes-café, qui sont irrecevables.

5. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens, que la requête de M. B doit être rejetée dans l'ensemble de ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au garde des sceaux, ministre de la justice et à Me Benoît David.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Stefanczyk, présidente,

M. Babski, premier conseiller,

M. Caustier, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2023.

La présidente-rapporteure,

Signé

S. STEFANCZYK

L'assesseur le plus ancien,

Signé

D. BABSKI

La greffière,

Signé

D. WISNIEWSKI

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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