mardi 4 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2005166 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | FLORCZAK |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 juillet 2020 et 8 juin 2021, M. A B, représenté par Me Florczak, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 juin 2020 par lequel le maire de la commune de Douai lui a infligé la sanction d'exclusion temporaire de fonction pour une durée de sept jours ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Douai la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- la procédure suivie est irrégulière dans la mesure où le rapport de saisine du conseil de discipline, non daté, était rédigé dans des termes généraux et que la sanction a été prononcée plus de six mois après la séance du conseil de discipline ;
- la sanction repose sur des faits dont la matérialité n'est pas établie ;
- elle présente un caractère disproportionné.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 10 février et 22 juin 2021, la commune de Douai conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- elle sollicite une substitution de motif ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 10 juin 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 25 juin 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 89-677 du 18 septembre 1989 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Zoubir, rapporteure,
- les conclusions Mme Allart, rapporteure publique,
- les observations de Me Florczak représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, éducateur des activités physiques et sportives titulaire, est employé par la commune de Douai où il exerce les fonctions de maître-nageur à la piscine des . Par un arrêté du 10 juin 2020, le maire de la commune de Douai lui a infligé la sanction d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de sept jours. Par la présente requête, le requérant demande l'annulation de cette sanction.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures qui infligent une sanction doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". L'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires prévoit que la décision prononçant une sanction disciplinaire doit être motivée. Ces dispositions imposent à l'autorité qui prononce la sanction de préciser elle-même, dans sa décision, les griefs qu'elle entend retenir à l'encontre de l'agent concerné, de telle sorte que ce dernier puisse, à la seule lecture de cette décision, connaître les motifs de la sanction qui le frappe.
3. En l'espèce, l'arrêté en litige vise la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et le décret du 18 septembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires territoriaux, et indique qu'il est reproché à M. B d'avoir manqué à son devoir de moralité par la tenue de propos à caractère sexuel à destination d'une collègue. La décision expose ainsi tant les considérations de droit que les considérations de faits sur lesquelles elle a entendu se fonder. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 90 de la loi du 26 janvier 1984 : " () Le conseil de discipline est saisi par un rapport de l'autorité territoriale. Ce rapport précise les faits reprochés et les circonstances dans lesquelles ils ont été commis () " et aux termes de l'article 5 du décret du 18 septembre 1989 : " Lorsqu'il y a lieu de saisir le conseil de discipline, le fonctionnaire poursuivi est invité à prendre connaissance, dans les mêmes conditions, du rapport mentionné au septième alinéa de l'article 90 de la loi du 26 janvier 1984 ".
5. Il ressort des pièces du dossier que le conseil de discipline a été saisi, le 11 octobre 2019, d'un rapport rédigé par la directrice des ressources humaines de la commune de Douai et que ce rapport a été communiqué à M. B. Ce rapport expose précisément les faits et griefs reprochés à M. B et les circonstances dans lesquels ils ont été commis. Par ailleurs, le requérant a été invité par courrier du 30 septembre 2019 du maire de la commune à consulter son dossier, et il n'est pas contesté que ce dernier contenait l'ensemble des témoignages recueillis dans le cadre de l'enquête administrative menée. La circonstance que ledit rapport ne comporterait pas mention d'une date précise de rédaction est sans influence sur la légalité de la décision attaquée, dès lors qu'aucune disposition législative ni réglementaire ne prévoit de formalisme particulier. Par suite, le moyen tiré de la saisine irrégulière du conseil de discipline doit être écarté.
6. En troisième lieu, la circonstance que la commune a attendu plus de six mois après que le conseil de discipline a rendu son avis pour prononcer une sanction est sans incidence sur la légalité de la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de ce que ce délai aurait été de nature à vicier la procédure par son caractère " dommageable " doit, en tout état de cause, être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire (). Aux termes de l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984: " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : () premier groupe : l'avertissement ; le blâme ; deuxième groupe : l'abaissement d'échelon ; l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de quinze jours () ".
8. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
9. L'arrêté du 10 juin 2020 reproche à M. B d'avoir manqué à son devoir de moralité par la tenue de propos à caractère sexuel à destination d'une collègue. Comme le fait valoir M. B, la tenue de tels propos ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des témoignages recueillis au cours de l'enquête administrative.
10. Toutefois, l'administration peut faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
11. Le maire de la commune de Douai soutient dans son mémoire en défense communiqué à M. B, qu'un autre motif tiré de ce que l'intéressé a, d'une part, manqué de respect envers une collègue en ayant, le 10 mai 2019, à la piscine des , apposé une banane sur la joue de celle-ci et, d'autre part, abusé d'un humour graveleux vis-à-vis de ses collègues peut être substitué au motif évoqué dans la décision attaquée en ce qu'il est établi, qu'il est de nature à caractériser le manquement fautif du requérant à ses obligations et qu'il justifie par suite la sanction prise.
12. Il ressort de l'audition de M. B du 20 juin 2019, conduite dans le cadre de l'enquête administrative, que celui-ci a reconnu avoir, le 10 mai 2019, en salle de repos de la piscine des , apposé une banane sur la joue d'une jeune stagiaire, laquelle, du propre aveu de M. B, n'aurait pas apprécié ce geste. Il ressort également, tant des auditions menées le 20 juin 2019 auprès des agents de la piscine, que de l'aveu même du requérant lors de son audition devant le conseil de discipline du 25 novembre 2019, que ce dernier est coutumier d'un humour graveleux dans le cadre professionnel. Ces agissements présentent un caractère fautif. Enfin, il n'apparait pas que la sanction prononcée à l'égard de M. B revêtirait un caractère disproportionné, quand bien même l'intéressé donnerait satisfaction dans l'accomplissement de ses missions et n'aurait jamais été sanctionné auparavant.
13. Il résulte, par suite, de l'instruction que le maire de la commune de Douai aurait pris la même décision de sanction en se fondant sur ce nouveau motif, lequel, existant à la date de la décision attaquée, ne prive le requérant d'aucune garantie procédurale dès lors que ce motif a pu être débattu tant dans le cadre de l'enquête administrative préalable que devant le conseil de discipline du 25 novembre 2019. Dès lors, il y a lieu de procéder à la substitution de motif demandée.
14. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 10 juin 2020.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Douai, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, verse à M. B la somme qu'il réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Douai.
Délibéré après l'audience du 13 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Leguin, présidente,
M. Borget, premier conseiller,
Mme Zoubir, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2022.
La rapporteure,
signé
N. ZOUBIR
La présidente,
signé
A.-M. LEGUIN
La greffière,
signé
S. MAUFROID
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026