vendredi 7 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2005177 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | BALAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 27 juillet 2020 et 31 août 2022, Mme C E, représentée par Me Balaÿ, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 juin 2019 par lequel le maire de Bondues a délivré à M. et Mme A un permis de construire une maison individuelle sur une parcelle située 2d Pavé des Bois Blancs, ensemble la décision du 26 mai 2020 rejetant son recours à fin d'abrogation de cet arrêté ;
2°) de mettre à la charge de M. et Mme A la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que le permis de construire attaqué a été obtenu frauduleusement dès lors que le dossier de demande n'a pas décrit avec sincérité la végétation existante, que les pétitionnaires ont sciemment dissimulé leur intention d'abattre un arbre, n'ont pas sincèrement calculé l'emprise au sol de leur projet et ont dissimulé leur intention de réaliser une cave.
Par un mémoire enregistré le 24 septembre 2020, la commune de Bondues, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire enregistré le 13 juillet 2022, M. et Mme D et G A, représentés par Me Pellen concluent au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de Mme E au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils font valoir :
- à titre principal, que la requête est irrecevable dès lors qu'elle est tardive, qu'elle méconnait les disposition de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme et que Mme E est dépourvue d'intérêt à agir ;
- à titre subsidiaire, que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les conclusions de M. Babski, rapporteur public,
- et les observations de Me Hermary, substituant Me Balaÿ, représentant Mme E.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 27 juin 2019, le maire de Bondues a délivré à M. et Mme A un permis de construire une maison individuelle sur un terrain situé 2d Pavé des Bois Blancs. Le 22 avril 2020, Mme E a sollicité l'abrogation de cet arrêté, que le maire de Bondues a rejeté par une décision du 26 mai 2020. Par la requête susvisée, Mme E demande au tribunal d'annuler ces deux décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les conclusions dirigées contre l'arrêté du 27 juin 2019 :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, dans sa rédaction applicable au litige : " () la juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". Aux termes de l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme : " Le délai de recours contentieux à l'encontre () d'un permis de construire () court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15 ". Aux termes de l'article R. 424-15 du même code : " Mention du permis explicite () doit être affichée sur le terrain, de manière visible de l'extérieur, par les soins de son bénéficiaire, dès la notification de l'arrêté () et pendant toute la durée du chantier. () ".
3. Si, ainsi que le prévoit l'article L. 241-2 du code des relations entre le public et l'administration, la circonstance qu'un acte administratif a été obtenu par fraude permet à l'autorité administrative compétente de l'abroger ou de le retirer à tout moment, elle ne saurait, en revanche, proroger le délai du recours contentieux.
4. Il ressort des pièces du dossier et notamment des constats d'huissier réalisés les 29 juillet 2019, 30 août 2019 et 30 septembre 2019 que le permis de construire délivré le 27 juin 2019 aux époux A a été affiché durant deux mois consécutifs sur le terrain d'assiette du projet dans des conditions conformes aux dispositions précitées de l'article R. 424-15 du code de l'urbanisme. Le recours administratif de Mme E, reçu par la commune de Bondues le 24 avril 2020, n'a pu ainsi préserver le délai du recours contentieux contre ce permis. Par suite, les conclusions présentées par Mme E à fin d'annulation de l'arrêté du 27 juin 2019 sont tardives et par suite irrecevables. La fin de non-recevoir opposée en défense sur ce point doit dès lors être accueillie.
En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision du 26 mai 2020 :
5. D'une part, un tiers justifiant d'un intérêt à agir est recevable à demander, dans le délai du recours contentieux, l'annulation de la décision par laquelle l'autorité administrative a refusé de faire usage de son pouvoir d'abroger ou de retirer un acte administratif obtenu par fraude, quelle que soit la date à laquelle il l'a saisie d'une demande à cette fin. Dans un tel cas, il incombe au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, d'une part, de vérifier la réalité de la fraude alléguée et, d'autre part, de contrôler que l'appréciation de l'administration sur l'opportunité de procéder ou non à l'abrogation ou au retrait n'est pas entachée d'erreur manifeste, compte tenu notamment de la gravité de la fraude et des atteintes aux divers intérêts publics ou privés en présence susceptibles de résulter soit du maintien de l'acte litigieux soit de son abrogation ou de son retrait.
6. D'autre part, un permis de construire n'a d'autre objet que d'autoriser la construction d'immeubles conformes aux plans et indications fournis par le pétitionnaire. La circonstance que ces plans et indications pourraient ne pas être respectés ou que ces immeubles risqueraient d'être ultérieurement transformés ou affectés à un usage non conforme aux documents et aux règles générales d'urbanisme n'est pas, par elle-même, sauf le cas d'éléments établissant l'existence d'une fraude à la date de la délivrance du permis, de nature à affecter la légalité de celui-ci. La caractérisation de la fraude résulte de ce que le pétitionnaire a procédé de manière intentionnelle à des manœuvres de nature à tromper l'administration sur la réalité du projet dans le but d'échapper à l'application d'une règle d'urbanisme. Une information erronée ne peut, à elle seule, faire regarder le pétitionnaire comme s'étant livré à l'occasion du dépôt de sa demande à des manœuvres destinées à tromper l'administration.
7. En premier lieu, la circonstance qu'un pommier que le dossier de demande de permis de construire indiquait comme devant être conservé aurait été abattu durant le chantier de construction de la maison de M. et Mme A concerne la seule exécution du permis de construire délivré aux pétitionnaires et n'est pas de nature à entacher celui-ci d'illégalité.
8. En deuxième lieu, la circonstance, à la supposer établie, que les époux A auraient fait creuser une cave ne figurant pas dans le dossier de demande de permis de construire ne saurait être regardée comme constitutive d'une fraude de la part des pétitionnaires dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que cette omission leur aurait permis d'échapper à l'application d'une règle d'urbanisme.
9. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des différents plans produits à l'appui de la demande de permis de construire, que le calcul de l'emprise au sol du projet déclarée par les pétitionnaires serait erronée.
10. En quatrième lieu, aux termes du I) de l'article UD 13 de la section IV du titre II du règlement du plan local d'urbanisme de la communauté urbaine de Lille Métropole, dans sa version applicable au litige : " () En cas d'abattage d'arbre de haute tige rendu nécessaire par un projet de construction ou d'aménagement, il doit être procédé au remplacement par un arbre de haute tige d'une essence régionale avec une hauteur minimale de 2 mètres ".
11. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des photographies versées par la requérante, voisine immédiate du terrain d'assiette du projet et ancienne propriétaire de celui-ci, que douze arbres résineux de haute tige d'une dizaine de mètres de hauteur étaient implantés en fond de parcelle. La seule circonstance que ceux-ci étaient alignés et formaient ainsi un écran végétal ne saurait les faire regarder, eu égard à leur hauteur, comme une " haie devenue trop imposante ", ainsi que le mentionne la notice descriptive jointe au dossier de demande de permis de construire, et dont l'abattage ne serait pas soumis aux règles de remplacement prévues par les dispositions précitées de l'article UD 13 du règlement du plan local d'urbanisme. Au regard du nombre et de la taille des arbres abattus, cette description manifestement erronée de la végétation présente sur cette partie du terrain d'assiette du projet ne pouvait avoir pour autre but que de fausser l'appréciation du service instructeur afin de contourner les règles relatives au remplacement des arbres de haute tige abattus. Dans ces conditions, leur qualification de haie par les pétitionnaires dans le dossier de demande de permis de construire est constitutive d'une manœuvre frauduleuse leur ayant permis d'échapper à l'application de l'article UD 13 du règlement du plan local d'urbanisme de la communauté urbaine de Lille métropole. Il suit de là que le permis de construire délivré le 27 juin 2019 aux époux A a été obtenu par fraude.
12. Toutefois, compte tenu de la gravité de la seule fraude ainsi commise et des atteintes aux divers intérêts publics ou privés en présence susceptibles de résulter soit du maintien de l'acte litigieux soit de son retrait, il ne ressort pas des pièces du dossier que le maire de Bondues a entaché son appréciation d'une erreur manifeste en refusant de procéder au retrait du permis de construire accordé aux époux A.
13. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme E contre la décision du 26 mai 2020 du maire de Bondues doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que M. et Mme A, qui ne sont pas partie perdante dans l'instance, versent la somme que Mme E demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme E la somme demandée par M. et Mme A au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de M. et Mme A présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E, à la commune de Bondues et à M. et Mme D et G A.
Délibéré après l'audience du 23 février 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Chevaldonnet, président,
- Mme Grard, première conseillère,
- M. Liénard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 avril 2023.
Le rapporteur,
Signé
Q. LIENARD
Le président,
Signé
B. CHEVALDONNET
La greffière,
Signé
M. F
La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme
La greffière,
N°2005177
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026