vendredi 9 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2005184 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | ZAIRI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 juillet 2020, M. C A, représenté par Me Zaïri, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 mai 2020 par lequel le préfet du Pas-de-Calais l'a expulsé du territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais d'abroger l'arrêté d'expulsion dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- il n'est pas établi que l'arrêté contesté ait été signé par une autorité habilitée ;
- la décision en litige est entachée d'un défaut de motivation ;
- il n'est pas établi que la procédure visée par les dispositions de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ait été respectée ;
- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que le préfet a interprété trop largement les dispositions de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 août 2020, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 novembre 2020 du bureau d'aide juridictionnelle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- et les conclusions de M. Christian, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant algérien né le 11 août 1998 à Oran (Algérie) et déclarant être entré en France, alors qu'il était âgé de 15 ans, au cours de l'année 2014, a été condamné à plusieurs peines cumulant quarante mois d'emprisonnement, pour différents faits de vol, de recel de biens, d'outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique et d'extorsion. Il a fait l'objet, le 24 avril 2018, d'une obligation de quitter le territoire français. Par un arrêté du 19 mai 2020, notifié le jour même, le préfet du Pas-de-Calais a décidé son expulsion du territoire français. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cette dernière décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté du 6 septembre 2019, publié le même jour au recueil spécial n° 75 des actes administratifs de l'Etat dans le département du Pas-de-Calais, le préfet a donné délégation à Monsieur Alain Castanier, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents en toutes matières à certaines exceptions près, parmi lesquelles ne figure pas la décision attaquée. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté en litige, qui n'avait pas à reprendre l'ensemble des circonstances de fait composant la situation personnelle de M. A, vise notamment les articles applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquels le ministre s'est fondé, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il énonce les faits reprochés à M. A puis relève " qu'en raison de la gravité des faits qui lui sont reprochés et du risque de récidive, la présence de l'intéressé sur le territoire français constitue une menace grave et persistante pour l'ordre public ". Si l'arrêté contesté ne détaille pas les éléments constituant la vie privée et familiale de l'intéressé, il est néanmoins implicitement indiqué que l'examen de ces derniers ne révèle aucune méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et donc que la mesure ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale eu égard à la gravité de la menace qu'il représente pour l'ordre et la sécurité publics. Cet arrêté comporte ainsi l'énoncé suffisant des considérations de droit et de fait qui fondent la décision et doit être regardé comme suffisamment motivé. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté prononçant l'expulsion de M. A doit être écarté.
4. En troisième lieu, le moyen tiré d'un vice de procédure n'est pas assorti des précisions suffisantes pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Il ne peut donc qu'être écarté.
5. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Pas-de-Calais n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A avant d'adopter la décision attaquée.
6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au présent litige : " Sous réserve des dispositions des articles L. 521-2, L. 521-3 et L. 521-4, l'expulsion peut être prononcée si la présence en France d'un étranger constitue une menace grave pour l'ordre public. ".
7. Les infractions pénales commises par un étranger ne sauraient, à elles seules, justifier légalement une mesure d'expulsion et ne dispensent pas l'autorité compétente d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace grave pour l'ordre public. Lorsque l'administration se fonde sur l'existence d'une telle menace pour prononcer l'expulsion d'un étranger, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.
8. D'une part, en se bornant à soutenir que le " préfet a commis une erreur de droit en appliquant l'article L. 521-1 de manière aussi large ", sans davantage de développements, le requérant n'apporte pas les précisions suffisantes pour apprécier le bien-fondé de ce moyen.
9. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné, le 20 septembre 2017, à une peine de quatre mois d'emprisonnement pour des faits recel de bien provenant d'un vol par effraction dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt, le 3 avril 2018 à une peine d'un mois d'emprisonnement pour des faits de vol commis le 18 janvier 2018, le 3 avril 2018 à une peine d'un mois d'emprisonnement pour des faits d'outrage sur personne dépositaire de l'autorité publique commis le 6 octobre 2017, le 3 avril 2018 à une peine de quatre mois d'emprisonnement pour des faits d'outrage sur personne dépositaire de l'autorité publique commis le 17 février 2018, le 18 avril 2018 à une peine de six mois d'emprisonnement pour des faits de vol aggravé par deux circonstances commis le 17 novembre 2017, le 6 juillet 2018 à une peine d'un an d'emprisonnement pour des faits, commis le 28 juin 2018, d'extorsion par violence, menace ou contrainte de signature, promesse, secret, fonds, valeur ou bien, de violences aggravées par trois circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours, de menace de mort avec ordre de remplir une condition et de recel de biens provenant d'un délit puni d'une peine n'excédant pas cinq ans d'emprisonnement, le 1er octobre 2018 à une peine de six mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de tentative de vol aggravé par deux circonstances commis le 1er mars 2018, enfin le 18 mars 2018 à une peine de six mois d'emprisonnement pour des faits de vol aggravé par deux circonstances commis le 24 octobre 2017.
10. Eu égard, d'une part, à la nature, à la gravité et au caractère relativement récent et répété des faits pour lesquels M. A a été condamné et, d'autre part, à l'absence de tout gage de réinsertion de sa part, le préfet du Pas-de-Calais a pu estimer, sans commettre d'erreur d'appréciation, que la présence de l'intéressé en France constitue une menace grave pour l'ordre public. Le moyen soulevé à ce titre doit, par suite, être écarté.
11. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
12. En l'espèce, M. A, qui est célibataire et sans enfant à charge, soutient être entré en France en 2014, alors âgé de 15 ans, accompagné de sa tante. Il indique résider sur le territoire français depuis cette date et avoir initié des études en CAP " maçonnerie " qu'il n'a pas pu achever en raison de son incarcération. Il soutient enfin entretenir une relation amoureuse avec une ressortissante française, avoir rompu tout contact avec ses parents et que plusieurs membres de sa famille résident sur le territoire français. Toutefois, le requérant n'apporte aucune justification à l'appui de ses affirmations. En revanche, et ainsi qu'il a été dit, il ressort des pièces du dossier que la présence de M. A en France constitue, compte tenu des éléments développés au point 9, une menace grave à l'ordre public. Il n'est pas dépourvu d'attaches privées et familiales en Algérie, où résident ses parents, son frère et sa grand-mère, et ne démontre pas qu'il ne pourrait pas se réinsérer, socialement et professionnellement, dans son pays d'origine. Dans ces circonstances, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Pas-de-Calais, en prononçant son expulsion, aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte excédant ce qui était nécessaire à la défense de l'ordre et de la sécurité publics. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 19 mai 2020 par lequel le préfet du Pas-de-Calais l'a expulsé du territoire français. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet du Pas-de-Calais et à Me Zaïri.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 18 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Marjanovic, président,
M. Caustier, premier conseiller ;
Mme Lançon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2022.
Le rapporteur,
Signé
G. B
Le président,
Signé
V. MARJANOVIC
La greffière,
Signé
D. WISNIEWSKI
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2005184
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026