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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2005259

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2005259

jeudi 20 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2005259
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantJAMAIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 30 juillet 2020 et 7 avril 2022, Mme B A, représentée par Me Jamais, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision en date du 1er avril 2020 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Valenciennes l'a radiée des cadres à compter du 21 février 2020 ;

2°) d'enjoindre au directeur du centre hospitalier de Valenciennes de la réintégrer et de régulariser sa situation administrative, dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Valenciennes la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- cette décision est entachée de vices de procédure dès lors que, dans l'hypothèse où elle serait analysée comme une décision de radiation des cadres pour abandon de poste, elle n'a pas été précédée d'une mise en demeure préalable et régulière et que, dans l'hypothèse où elle serait analysée comme une décision mettant fin à son contrat sur le fondement de l'article 23 du décret du 6 février 1991, l'administration ne l'a pas informée par écrit des conséquences de son absence de réponse ;

- elle est entachée d'erreur de droit dans la mesure où aucune disposition ne permet à l'administration de mettre fin au contrat d'un agent non titulaire sans préavis, ni mise en demeure préalable lorsque l'intéressé s'abstient de faire part à son employeur de sa volonté d'être réemployé à l'issue de son congé parental ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle a effectivement sollicité son réemploi à temps partiel dans le délai requis.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mars 2022, le centre hospitalier de Valenciennes conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de Mme A le versement de la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle a été enregistrée postérieurement à l'expiration du délai de recours contentieux ;

- en tout état de cause, les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 11 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 mai 2022.

En application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, l'instruction a été rouverte pour les éléments demandés en vue de compléter l'instruction par lettre du 3 février 2023.

Les parties ont été informées, par application de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'impliquer le prononcé d'office d'une injonction tendant à l'examen de la possibilité de réemployer Mme A ou, le cas échéant, de la reclasser.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- l'ordonnance n° 2020-305 du 25 mars 2020 ;

- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;

- l'ordonnance n° 2020-560 du 13 mai 2020 ;

- le décret n° 91-155 du 6 février 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les conclusions de M. Quint, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a été recrutée par le centre hospitalier de Valenciennes, par un contrat à durée indéterminée, pour exercer les fonctions de préparatrice en pharmacie hospitalière à compter du 1er septembre 2012. Par une décision en date du 1er avril 2020, le directeur de cet établissement l'a radiée des cadres à compter du 21 février 2020. Mme A demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée par le centre hospitalier de Valenciennes :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / () ". Aux termes de l'article R. 421-5 de ce code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

3. D'autre part, aux termes du premier alinéa de l'article 2 de l'ordonnance du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période, rendu applicable aux procédures devant les juridictions de l'ordre administratif par l'article 15 de l'ordonnance du 25 mars 2020 portant adaptation des règles applicables devant les juridictions de l'ordre administratif : " Tout acte, recours, action en justice, formalité, inscription, déclaration, notification ou publication prescrit par la loi ou le règlement à peine de nullité, sanction, caducité, forclusion, prescription, inopposabilité, irrecevabilité, péremption, désistement d'office, application d'un régime particulier, non avenu ou déchéance d'un droit quelconque et qui aurait dû être accompli pendant la période mentionnée à l'article 1er sera réputé avoir été fait à temps s'il a été effectué dans un délai qui ne peut excéder, à compter de la fin de cette période, le délai légalement imparti pour agir, dans la limite de deux mois ". Aux termes de l'article 1er de la même ordonnance, dans sa rédaction résultant de l'ordonnance du 13 mai 2020 fixant les délais applicables à diverses procédures pendant la période d'urgence sanitaire : " I. - Les dispositions du présent titre sont applicables aux délais et mesures qui ont expiré ou qui expirent entre le 12 mars 2020 et le 23 juin 2020 inclus () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que la décision en date du 1er avril 2020 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Valenciennes a radié Mme A des cadres et qui mentionnait les voies et délais de recours, a été notifiée à l'intéressée le 10 avril 2020, de sorte que le délai de recours expirait le 24 août 2020. La requête de Mme A, enregistrée au greffe du tribunal le 30 juillet 2020, avant l'expiration du délai de recours, n'est dès lors pas tardive. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le centre hospitalier de Valenciennes ne peut qu'être écartée.

En ce qui concerne le bien-fondé des conclusions à fin d'annulation :

5. Aux termes de l'article 18 du décret du 6 février 1991 susvisé, relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels des établissements mentionnés à l'article 2 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, dans sa rédaction applicable au litige : " L'agent contractuel qui justifie d'une ancienneté d'au moins un an à la date de naissance de son enfant ou de l'arrivée au foyer d'un enfant a droit, sur sa demande, à un congé parental. () / () / Le congé parental est accordé par périodes de six mois renouvelables par tacite reconduction. Il prend fin au plus tard au troisième anniversaire de l'enfant. () / () / L'agent est réemployé dans les conditions définies aux articles 30 et 31 ci-dessous : / 1° Au terme du congé parental s'il en a formulé la demande par lettre recommandée au plus tard un mois avant ce terme ; / () / 3° Un mois au plus tard après que le congé a cessé de plein droit () ". Aux termes de l'article 30 de ce décret, dans sa rédaction applicable au litige et applicable aux agents recrutés pour une durée indéterminée en vertu de l'article 31 du même décret : " À l'issue des congés prévus aux titres IV, V et VI, les agents physiquement aptes et qui remplissent toujours les conditions énumérées à l'article 3 sont réemployés sur leur emploi ou occupation précédente dans la mesure permise par le service. Dans le cas contraire, ils sont licenciés et disposent d'une priorité de réemploi dans l'établissement pour exercer des fonctions similaires assorties d'une rémunération équivalente ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a été placée en congé parental à compter du 3 mai 2017, ce congé ayant été prolongé jusqu'au 20 février 2020, date à laquelle il a cessé de plein droit. Pour la licencier à compter du 21 février 2020, par la décision en date du 1er avril 2020 dont elle demande l'annulation, le directeur du centre hospitalier de Valenciennes s'est fondé sur la circonstance qu'elle n'avait pas manifesté son intention d'être réemployée. Toutefois, cette seule circonstance n'était pas de nature à justifier le licenciement de l'intéressée au terme de son congé parental, l'administration étant tenue, en l'absence de demande de réemploi présentée par l'agent avant le terme de son congé, de le réemployer un mois au plus tard après que le congé a cessé de plein droit et, en cas d'impossibilité de réemploi, de le licencier dans les conditions prévues par l'article 30 du décret du 6 février 1991. Par suite, Mme A est fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et, par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, à en demander l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. L'annulation du directeur du centre hospitalier de Valenciennes en date du 1er avril 2020 n'implique pas nécessairement que cette autorité réintègre Mme A et régularise sa situation administrative en conséquence. En revanche, elle implique nécessairement qu'elle examine la possibilité de réemployer Mme A ou, le cas échéant, de la reclasser. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au directeur du centre hospitalier de Valenciennes d'y procéder, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Valenciennes le versement à Mme A d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, les dispositions de cet article font obstacle à ce que soit mis à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement à cet établissement de la somme qu'il demande au titre des frais qu'il aurait exposés.

DÉCIDE :

Article 1er : La décision du directeur du centre hospitalier de Valenciennes en date du 1er avril 2020 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au directeur du centre hospitalier de Valenciennes d'examiner la possibilité de réemployer Mme A ou, le cas échéant, de la reclasser, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le centre hospitalier de Valenciennes versera à Mme A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 5 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier de Valenciennes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre hospitalier de Valenciennes.

Délibéré après l'audience du 30 mars 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Lemaire, président,

- Mme Dang, première conseillère,

- Mme Courtois, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

L. DANGLe président-rapporteur,

Signé

O. C

La greffière,

Signé

S. RANWEZ

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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