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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2005412

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2005412

mardi 29 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2005412
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantPOTIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des pièces et un mémoire, enregistrés les 4 et 7 août 2020, puis le 22 octobre 2020, M. B C, représenté par Me Potier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle la ville de Lille a décidé la démolition de l'immeuble situé au 76 rue Eugène Jacquet à Lille ;

2°) d'annuler tous les actes subséquents, notamment les mesures d'exécution prises par la ville de Lille concernant le prix des travaux de démolition ;

3°) d'ordonner la suspension de tout acte de poursuite tendant au recouvrement de cette créance ;

4°) de mettre à la charge de la ville de Lille la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est conforme aux exigences de l'article R.411-1 du code de justice administrative ;

- les décisions contestées ne peuvent être produites en l'absence de toute notification faite à l'intéressé ;

- sa requête n'est pas tardive, les délais ne lui étant pas opposables faute de notification ;

- la requête a été régularisée et les pièces ont été transmises conformément aux dispositions de l'article R. 414-3 du code de justice administrative ;

- les conclusions à fin de suspension ne sont pas dirigées contre la décision mais visent la poursuite du recouvrement de la créance irrégulière de la commune ;

- ni la production de la délibération du conseil municipal de Lille du 3 juillet 2020 ni la mention de l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales ne permettent de justifier de la compétence de la maire de Lille pour prendre la décision litigieuse ou de sa base légale ;

- en procédant à la démolition de l'immeuble sans notification préalable de la décision prise en ce sens et du coût des travaux, la ville a entachée sa décision d'illégalité ;

- la décision litigieuse méconnait la chose jugée par le jugement du tribunal administratif de Lille du 12 février 2004 ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation faute de tenir compte des difficultés qu'il a rencontrées et compte tenu de l'absence de péril imminent ou de menace de ruine ;

- le prix des travaux, sur lequel il n'a pas été concerté, apparait excessif.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 9 octobre 2020 et 30 septembre 2021, la ville de Lille conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la juridiction administrative n'est pas compétente pour connaitre des actes de poursuite relatifs à des créances non fiscales des collectivités territoriales ;

- le jugement du tribunal du 12 février 2004, qui est définitif et revêtu de l'autorité de chose jugée, n'est pas susceptible de recours devant ce même tribunal, rendant les conclusions à fin d'annulation irrecevables ;

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle ne contient ni conclusion ni moyen clairement identifiable en méconnaissance des dispositions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative ;

- la requête est irrecevable faute de production de la décision attaquée, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 412-1 du code de justice administrative ;

- la requête est tardive pour avoir été introduite au-delà d'un délai raisonnable ;

- la requête est irrecevable dès lors que les pièces produites n'ont pas été présentées conformément aux dispositions de l'article R. 414-3 du code de justice administrative ;

- les conclusions tendant à obtenir la suspension de la décision attaquée sont irrecevables, hors le cadre de la procédure de référé prévue par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ;

- la requête est irrecevable faute de recours administratif préalablement exercé contre l'avis à tiers détenteur du 21 septembre 2019 ;

- les circonstances que l'intéressé disposait d'un devis moins élevé, que le montant de sa créance est trois fois supérieur au prix d'achat de l'immeuble et qu'il aurait rencontré des difficultés dans la réalisation des travaux sont sans incidence sur la légalité de la décision ;

- la décision du 6 juin 2011 ne méconnait pas le jugement du 12 février 2004 qui ne prévoyait pas que les frais de démolition seraient à la charge de la commune de Lille.

La clôture d'instruction a été fixée au 11 octobre 2021 à 12 h 00 par ordonnance du 9 septembre 2021.

Un mémoire, enregistré le 3 novembre 2022, a été produit pour M. C.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Even, rapporteur public,

- et les observations de M. D, représentant la ville de Lille.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a acquis un immeuble sis 76 rue Eugène Jacquet à Lille le 30 octobre 1998. Par jugement n° 04-85 du 12 février 2004, le présent tribunal a confirmé l'arrêté de péril non imminent pris par la maire de Lille le 19 juin 2003 concernant cet immeuble et a enjoint à M. C d'exécuter les travaux de démolition prescrits dans un délai d'un mois, lesquels seraient à défaut réalisés d'office et à ses frais. Ces travaux n'ayant pas été réalisés, la maire de Lille a, une nouvelle fois, mis en demeure M. C, par courrier du 6 juin 2011, de les exécuter, sous quinze jours, en l'informant qu'à défaut il y serait procédé d'office et à ses frais. N'y déférant pas davantage, la ville a fait réaliser les travaux de démolition de cet immeuble et mis à la charge de M. C les coûts correspondants. Par la présente requête, M. C doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision précitée du 6 juin 2011 et tous actes subséquents relatifs à la fixation du prix de démolition.

Sur les exceptions d'incompétence soulevées en défense :

2. En premier lieu, si la ville de Lille soutient que le tribunal administratif n'est pas compétent pour connaitre de la contestation du recouvrement d'une créance non fiscale poursuivie par des collectivités territoriales et, plus particulièrement des conclusions tendant à l'annulation de l'avis à tiers détenteur adressé au requérant le 26 septembre 2019, il ne ressort pas des écritures du requérant qu'il ait entendu contester un tel acte. Par suite, cette exception d'incompétence ne peut qu'être écartée comme étant inopérante.

3. En second lieu, si la défenderesse soutient également que le tribunal n'est pas davantage compétent pour se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation du jugement du présent tribunal n° 0400085 du 12 février 2004, il ne ressort pas davantage des écritures du requérant qu'il ait entendu contester ce jugement. Cette seconde exception d'incompétence doit dès lors également être écartée comme étant inopérante.

Sur la recevabilité de la requête :

4. En premier lieu, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ./ () ".

5. Le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. Une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. C a, par l'intermédiaire de son conseil, saisi la ville de Lille le 7 juillet 2011 afin d'obtenir de plus amples informations sur la démolition d'office de son immeuble et que cette dernière a adressé à son conseil, mandataire du requérant, un courrier du 27 juillet 2011 auquel était joint la décision du 6 juin 2011 contestée dans la présente instance. Par ailleurs, il ressort également des pièces du dossier que ce courrier a été réceptionné par le mandataire du requérant le 2 août suivant. Ainsi, M. C doit être regardé comme s'étant au plus tard à cette date régulièrement vu notifier la décision litigieuse. Dès lors, les conclusions tendant à son annulation, enregistrées au greffe du tribunal le 4 août 2020, soit bien au-delà du délai raisonnable d'un an, sont tardives et ne peuvent ainsi qu'être rejetées comme étant irrecevables.

7. En second lieu, en vertu de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. / L'auteur d'une requête ne contenant l'exposé d'aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d'un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu'à l'expiration du délai de recours ". Et aux termes de l'article R. 412-1 du code de justice administrative : " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué ou, dans le cas mentionné à l'article R. 421-2, de la pièce justifiant de la date de dépôt de la réclamation./() ".

8. Les conclusions présentées par M. C et tendant à l'annulation de " tous les actes subséquents, et notamment de toutes les mesures d'exécution prises sur la base de la fixation du prix de la démolition par la ville et dont l'exécution a été mise en œuvre par la trésorerie municipale de Lille ", lesquels ne sont ni produits ni identifiables, ne satisfont ainsi ni aux dispositions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative ni à celles de l'article R. 412-1 du même code. Par suite, ces conclusions doivent être rejetées comme étant irrecevables.

9. Il résulte de tout ce qui précède que l'ensemble des conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées comme étant irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions de la requête à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme quelconque soit mise à la charge de la ville de Lille, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la ville de Lille.

Délibéré après l'audience du 8 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Fabre, président,

M. Groutsch, premier conseiller,

Mme Piou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.

La rapporteure,

Signé

C. A

Le président,

Signé

X. FABRE

La greffière,

Signé

M. NICODEME

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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