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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2005817

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2005817

lundi 20 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2005817
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSELARL RESSOURCES PUBLIQUES AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 août 2020, M et Mme B et Fatiha C, représentés par Me Fillieux, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 mars 2018 de l'Agence nationale de l'habitat (ANAH) portant rejet de leur demande de subvention, ensemble la décision du 30 septembre 2019 rejetant leur recours gracieux.

2°) d'enjoindre à l'ANAH de procéder à une nouvelle instruction de leur demande de subvention dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

3°) de mettre à la charge de l'ANAH une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

-les décisions attaquées ont été édictées et signées par une autorité incompétente ;

- elles ont été édictées en méconnaissance des dispositions de l'article 9 du règlement général de l'ANAH ;

- leur dossier de demande de subvention était complet.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 juin 2022, l'Agence nationale de l'habitat conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. et Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 1er aout 2014 portant approbation du règlement de l'Agence nationale de l'habitat ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. E,

- les conclusions de M. Babski, rapporteur public,

Considérant ce qui suit :

1. En vue de financer des travaux de rénovation d'un immeuble situé 13 rue Malakoff à Lille, M. et Mme C ont déposé le 08 juin 2017 une demande de subvention auprès de l'Agence nationale de l'habitat (ANAH). Par une décision du 22 mars 2018, le président de la métropole européenne de Lille a rejeté leur demande au motif que leur dossier était incomplet. Les intéressés ont alors formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision qui a été rejeté par une décision du 30 septembre 2019 au motif que l'ensemble des pièces réclamées n'avait pas été fourni. Par la requête susvisée, M. et Mme C demandent au tribunal d'annuler les décisions des 22 mars 2018 et 30 septembre 2019.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 321-1-1 du code de la construction et de l'habitation : " Lorsqu'un établissement public de coopération intercommunale () a conclu une convention avec l'Etat en application des articles L. 301-5-1 ou L. 301-5-2, il conclut également une convention avec l'Agence nationale de l'habitat. Cette convention détermine les conditions de gestion par l'agence, ou, à leur demande, par l'établissement public de coopération intercommunale ou le département, des aides destinées aux propriétaires privés. () / Elle prévoit les conditions dans lesquelles le président () de l'établissement public de coopération intercommunale signe au nom de l'agence les conventions mentionnées à l'article L. 321-4 ".

3. Il ressort des pièces du dossier, qu'en application des dispositions précitées, l'ANAH et la métropole européenne de Lille ont conclu le 1er juillet 2016 une convention relative à la gestion des aides à l'habitat privé. L'article 3 de cette convention, relatif à l'instruction et l'octroi des aides de l'ANAH aux propriétaires, stipule que " les décisions d'attribution et de rejet des demandes d'aide sont prises conformément aux dispositions des articles R. 321-1 et suivants du code de la construction et de l'habitation et du règlement général de l'Agence ". Il prévoit en outre qu'à " l'issue de l'instruction, le délégué de l'agence dans le département transmet au délégataire les propositions de décision et de notification et tous les éléments utiles concernant les dossiers () Le délégataire procède à la notification des décisions aux bénéficiaires et en adresse une copie au délégué de l'agence dans le département. Ces courriers () sont signés par le représentant du délégataire ". Il en résulte que le président du conseil de la métropole européenne de Lille était compétent pour prendre les décisions contestées refusant des aides relevant de l'ANAH. Par ailleurs par un arrêté du 3 janvier 2018 affiché et transmis au représentant de l'Etat dans le département le même jour, le président de la métropole européenne de Lille a donné délégation à M. Bernard Haesebroeck, vice-président de la métropole, à l'effet de signer, notamment, les décisions telles que celles attaquées. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur et du signataire des décisions attaquées manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations. ". Aux termes de l'article 9 du règlement général de l'ANAH, dans sa version applicable au litige : " () Pour être réputé complet, un dossier doit comporter l'imprimé de demande de subvention dûment rempli et signé, accompagné des pièces définies en annexe pour chaque type de bénéficiaires. Au cours de l'instruction, le service en charge de celle-ci pourra exiger la production de pièces supplémentaires, lorsque celles-ci s'avèrent indispensables au traitement du dossier. Dans ce cas, le dossier ne sera réputé complet qu'à réception des pièces demandées. / Lorsque le dossier n'est pas réputé complet, le responsable de l'instruction du dossier demande à la personne sollicitant la subvention ou à son mandataire de lui adresser les pièces complémentaires en précisant la date à laquelle, à défaut de réception des pièces demandées, la demande pourra être classée sans suite. En cas de demande de pièces complémentaires, le délai à partir duquel, à défaut de décision expresse, la demande de subvention est réputée rejetée ne court qu'à compter de la réception des pièces dans le délai requis. / Si les pièces n'ont pas été produites dans le délai imparti, le délégué de l'agence dans le département ou le délégataire notifie au demandeur le classement sans suite du dossier en l'informant des voies de recours dont il dispose. "

5. Il ressort des pièces du dossier que par un courrier daté du 20 octobre 2017, le délégué de l'ANAH dans le département du Nord a sollicité M. et Mme C en vue de la production de différentes pièces afin de compléter leur dossier de demande de subvention tout en précisant que les pièces manquantes devaient être transmises avant le 20 novembre 2017. Si dans le cadre de la présente instance, les requérants allèguent ne pas avoir été rendus destinataires de cette demande, ils ont toutefois indiqué dans leur recours gracieux en date du 27 juin 2018 y avoir répondu par un courrier daté du 16 novembre 2017, expédié en lettre recommandée avec accusé de réception. A la suite de ce recours, l'Agence a, par un courrier du 21 mars 2019, à nouveau sollicité la production de différentes pièces. En réponse, les intéressés ont, le 6 mai 2019, produit un ensemble de pièces. Ainsi contrairement à ce qu'ils soutiennent, le courrier du 16 novembre 2017 leur a nécessairement été notifié. Par suite, le moyen tiré de l'absence de demande de pièces complémentaires doit être écarté.

6. En troisième et dernier lieu, si M. et Mme C soutiennent que le dossier qu'ils ont déposé était complet, ils ne l'établissent en aucune manière. Par ailleurs, leurs allégations en ce qui concerne l'absence de nécessité pour l'ANAH de disposer des pièces sollicitées pour traiter leur demande sont insuffisamment étayées. Dans ces circonstances, le moyen tiré de l'absence d'incomplétude de leur dossier doit être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision du 22 mars 2018 de l'ANAH portant rejet de leur demande de subvention ainsi que celle de la décision du 30 septembre 2019 rejetant leur recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de M. et Mme C n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés aux litiges :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'ANAH, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. et Mme C demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, Mme A C et à l'Agence nationale de l'habitat.

Délibéré après l'audience du 23 février 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Chevaldonnet, président,

- Mme Grard, première conseillère.

- M. Liénard, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2023.

Le président-rapporteur,

Signé

B. E

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

Signé

E. GRARD

La greffière,

Signé

M. D

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires ce en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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