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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2005845

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2005845

mardi 4 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2005845
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDANSET-VERGOTEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 août 2020, Mme D A, représentée par Me Danset-Vergoten, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 26 juin 2020 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de procéder au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de procéder au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil, à titre rétroactif, dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la décision contestée est insuffisamment motivée en fait ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, par méconnaissance des articles L. 744-7 et D. 744-39 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle n'a pas été informée, dans une langue qu'elle comprend, de la possibilité de se voir refuser, retirer ou suspendre les conditions matérielles d'accueil lorsqu'elle les a acceptées ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle au regard de sa particulière vulnérabilité résultant de son état de santé ;

- elle est disproportionnée au regard des dispositions de l'article 20 de la directive 2013/33 du fait de sa particulière vulnérabilité résultant de ses problèmes de santé ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa particulière vulnérabilité et des conséquences de cette décision sur son état de santé et sa prise en charge médicale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 octobre 2022, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La demande d'aide juridictionnelle présentée par Mme A a été rejetée par une décision du 26 octobre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D A, née le 1er octobre 1993 au Nigéria, de nationalité nigériane, est entrée en France le 1er octobre 2019 selon ses déclarations. Le 14 février 2019, elle a présenté une demande d'asile en préfecture du Nord, enregistrée en procédure " Dublin ". Le même jour, elle a accepté l'offre de prise en charge de l'OFII et a bénéficié des conditions matérielles d'accueil. Le 12 novembre 2019, l'OFII a prononcé la suspension du bénéfice de ces conditions matérielles d'accueil. Le 3 janvier 2020, sa demande d'asile a été requalifiée en procédure normale. Sous couvert de cette nouvelle attestation, elle a sollicité de l'OFII le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 26 juin 2020, dont la requérante demande l'annulation, le directeur territorial de l'OFII de Lille a rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d'octroi de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Par une décision du 26 octobre 2020, le bureau d'aide juridictionnelle a rejeté la demande d'aide juridictionnelle présentée par Mme A. Les conclusions tendant à ce que lui soit accordé le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a, dès lors, plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, la décision contestée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fait état du motif justifiant le refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, à savoir que l'intéressée a abandonné son lieu d'hébergement depuis le 13 août 2019 et précise que l'évaluation de sa situation personnelle et familiale ne fait pas apparaître de facteur particulier de vulnérabilité ni de besoins particuliers en matière d'accueil. La décision contestée, qui permet suffisamment à la requérante de comprendre que la décision en cause repose notamment sur la circonstance qu'elle n'a pas respecté les obligations auxquelles elle avait consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge par l'OFII, est ainsi suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, et n'est d'ailleurs pas sérieusement contesté, que, à l'occasion de l'offre de prise en charge par l'OFII, le 14 février 2019, Mme A a été informée, dans une langue qu'elle comprend, des conditions et modalités de suspension, de retrait et de refus des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté comme manquant en fait.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme A a bénéficié d'un entretien de vulnérabilité le jour du dépôt de sa demande d'asile le 14 février 2019, que l'OFII, le 23 juin 2020, a procédé au réexamen de sa situation personnelle par l'établissement d'une fiche d'évaluation de vulnérabilité et qu'un avis médical concernant l'intéressée a été établi, le 24 juin 2020, par le médecin coordinateur de zone de l'OFII de Lille. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision en cause n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle au regard de sa particulière vulnérabilité résultant de son état de santé.

6. En quatrième et dernier lieu, si le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office, qui devra apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

7. La requérante ne peut utilement se prévaloir directement des dispositions de l'article 20 de la directive 2013/33 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 sans faire état de l'incompatibilité des règles nationales dont l'OFII a fait application avec les dispositions de cette directive. En tout état de cause, la décision contestée a été prise au motif non sérieusement contesté, que la requérante avait abandonné, sans motif valable, son lieu d'hébergement depuis le 13 août 2019. Enfin, pour justifier de sa particulière vulnérabilité, Mme A se borne à produire, d'une part, un compte-rendu de consultation au centre hospitalier de Roubaix du 28 juin 2019 faisant état d'une hépatite B ancienne et d'une infection spermatique à traiter par antibiotique et, d'autre part, d'un compte-rendu de passage aux urgences du CHU de Lille le 23 juillet 2019 pour des douleurs abdominales sans suites connues ni prise en charge ultérieure. Ainsi, au vu de ces éléments, c'est à juste titre que le directeur territorial de l'OFII a refusé de procéder au rétablissement des conditions matérielles d'accueil de Mme A.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et les conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'octroi de l'aide juridictionnelle à titre provisoire présentées par Mme A.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2023 à laquelle siégeaient :

M. Fabre, président,

Mme Monteil, première conseillère,

Mme Piou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023

Le président-rapporteur,

Signé

X. BL'assesseur le plus ancien,

Signé

A.-L. MONTEIL

La greffière,

Signé

M. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

5

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