jeudi 29 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2005862 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | PAVOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 21 août 2020, 5 août et 14 septembre 2022, la société par actions simplifiée (SAS) Inovert, représentée par Me Pavot, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commune de Gondecourt a rejeté son mémoire en réclamation reçu le 31 décembre 2019 ;
2°) de condamner la commune de Gondecourt à lui verser la somme de 40 582,46 euros au titre du remboursement de la retenue de garantie, assortie des intérêts contractuels au taux de 8,05 %, courant à compter du 12 avril 2016 ;
3°) de condamner cette commune à lui verser la somme de 40 euros au titre de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement ;
4°) de mettre à la charge de cette commune la somme de 4 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision implicite portant rejet de sa réclamation préalable est entachée d'erreur de droit et d'appréciation dès lors que la commune de Gondecourt refuse à tort de lui restituer sa retenue de garantie ;
- les réserves ayant été levées avant l'expiration du délai de garantie de parfait achèvement, la commune devait lui rembourser la somme de 40 582,46 euros, au titre de la retenue de garantie prévue à l'article 5.1 du cahier des clauses administratives particulières, au plus tard le 12 avril 2016, en application de l'article 3 du décret du 29 mars 2013 ; la levée de la retenue de garantie est sans lien avec sa responsabilité décennale ;
- elle a droit aux intérêts moratoires sur cette somme à compter du 12 avril 2016 au taux de 8,05%, conformément aux dispositions des articles L. 2192-13 et R. 2192-31 du code de la commande publique ;
- elle est fondée à demander le versement de 40 euros au titre de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 4 décembre 2020, 6 juillet et 29 août 2022, la commune de Gondecourt, représentée par Me Duthoit, conclut :
1°) au rejet de la requête ;
2°) à ce qu'il soit ordonné à la société Inovert de lui restituer les sommes versées en exécution de l'ordonnance du juge des référés de ce tribunal du 12 juillet 2021 ;
3°) à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge de cette société sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- en vertu de l'article R. 2191-35 du code de la commande publique, la société Inovert n'est pas fondée à demander la restitution de la retenue de garantie dès lors que les réserves n'ont pas été levées et qu'elle a fait état le 9 juin 2016 de désordres affectant l'ouvrage ;
- dans une instance pendante devant la cour administrative de Douai, elle sollicite la condamnation de la société requérante au versement d'une somme supérieure au montant de la retenue de garantie au titre des désordres décennaux affectant l'ouvrage ;
- compte tenu de ce qui précède, les intérêts moratoires et l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement ne sont pas dus.
La clôture d'instruction a été fixée au 14 septembre 2022 à 23h59 par une ordonnance du 30 août 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des marchés publics ;
- la loi n° 2013-100 du 28 janvier 2013 ;
- le décret n° 76-87 du 21 janvier 1976 ;
- le décret n° 2013-269 du 29 mars 2013 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. Even, rapporteur public,
- et les observations de Me Bosquet, substituant Me Pavot, représentant la société Inovert.
Considérant ce qui suit :
1. Par acte d'engagement du 14 août 2013, la commune de Gondecourt a confié à la société Inovert la réalisation des travaux d'aménagement paysager de la place verte. La réception de ces travaux est intervenue le 12 mars 2015. Malgré une demande en ce sens, présentée par courrier reçu le 31 décembre 2019, cette commune a refusé de restituer à la société Inovert la retenue de garantie prévue par les stipulations de ce marché. Par une ordonnance du 12 juillet 2021, le juge des référés de ce tribunal a fait droit à la requête introduite par cette société tendant à l'octroi d'une provision d'un montant de 40 582,46 euros, majorée des intérêts moratoires à compter du 12 avril 2016 ainsi que d'une provision s'élevant à 40 euros. Par la présente requête, la société Inovert demande au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle la commune de Gondecourt a rejeté son mémoire en réclamation notifié le 31 décembre 2019, de condamner cette commune au versement de la somme précitée de 40 582,46 euros, assortie des intérêts moratoires, ainsi que de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement.
2. Toutefois, la légalité de la décision implicite portant rejet du mémoire en réclamation présenté par la société Inovert est sans incidence sur la solution du présent litige introduit par cette société en vue d'obtenir la condamnation de la commune de Gondecourt au versement des sommes qu'elle estime lui être dues. Par suite, il appartient au tribunal de se prononcer directement sur les conclusions pécuniaires dont il est saisi.
Sur les conclusions tendant à la restitution de la retenue de garantie :
3. En vertu des dispositions de l'article 101 du code des marchés publics, dans leur version applicable à la date de conclusion du marché : " Le marché peut prévoir, à la charge du titulaire, une retenue de garantie qui est prélevée par fractions sur chacun des versements autres qu'une avance. Le montant de la retenue de garantie ne peut être supérieur à 5 % du montant initial augmenté, le cas échéant, du montant des avenants. La retenue de garantie a pour seul objet de couvrir les réserves à la réception des travaux, fournitures ou services ainsi que celles formulées, le cas échéant, pendant le délai de garantie. Le délai de garantie est le délai, qui peut être prévu par le marché, pendant lequel le pouvoir adjudicateur peut formuler des réserves sur des malfaçons qui n'étaient pas apparentes ou dont les conséquences n'étaient pas identifiables au moment de la réception ". L'article 5.1 du cahier des clauses administratives particulières du marché en litige stipule que : " Une retenue de 5% du montant du marché est prévue () ". Et, aux termes de l'article 44.1 du cahier des clauses administratives générales applicable aux marchés de travaux, dans sa rédaction applicable au présent litige telle qu'issue du décret du 21 janvier 1976, auquel renvoie l'article 9.3 du cahier des clauses administratives particulières du marché en cause : " Le délai de garantie est, sauf stipulation différente du marché et sauf prolongation décidée comme il est dit au 2 du présent article, d'un an à compter de la date d'effet de la réception ()./Pendant le délai de garantie, (), l'entrepreneur est tenu à une obligation dite "obligation de parfait achèvement" ()/ ()/ A l'expiration du délai de garantie, l'entrepreneur est dégagé de ses obligations contractuelles, () ; les sûretés éventuellement constituées sont libérées dans les conditions prévues au 16 de l'article 4 ".
4. Par ailleurs, aux termes de l'article 3 du décret du 29 mars 2013 relatif à la lutte contre les retards de paiement dans les contrats : " Lorsque le contrat prévoit une retenue de garantie, celle-ci est remboursée dans un délai de trente jours à compter de la date d'expiration du délai de garantie./Toutefois, si des réserves ont été notifiées au créancier pendant le délai de garantie et si elles n'ont pas été levées avant l'expiration de ce délai, la retenue de garantie est remboursée dans un délai de trente jours après la date de leur levée ".
5. Il résulte de l'instruction que les travaux confiés à la société Inovert ont fait l'objet d'une réception, le 12 mars 2015, assortie de plusieurs réserves que le maître d'œuvre a proposé de lever par procès-verbal du 4 février 2016. Par décision non équivoque du 25 février suivant, le maître d'ouvrage a accepté de lever l'ensemble des réserves. Par ailleurs, aucune autre réserve n'a été émise avant l'expiration du délai de garantie qui arrivait à échéance le 12 mars 2016, soit un an après la date d'effet de la réception. Ainsi, la retenue de garantie prévue à l'article 5.1 précité du cahier des clauses administratives particulières, qui s'élève à 5% du montant du marché soit la somme de 40 582,46 euros, devait être libérée dans le délai de trente jours suivant l'expiration de ce délai de garantie, conformément aux dispositions précitées de l'article 3 du décret du 29 mars 2013, et au plus tard le 12 avril 2016. La circonstance que la commune ait fait état de nouveaux désordres par courrier du 6 juin 2016, soit postérieurement à l'expiration du délai de garantie, ainsi que celle tenant à l'existence de désordres de nature décennale, que la garantie n'a pas vocation à couvrir, objet d'une instance pendante devant la cour administrative d'appel de Douai sont sans incidence sur le droit de la société Inovert de voir levée cette retenue de garantie.
6. Il résulte de ce qui précède que la commune de Gondecourt doit être condamnée à verser à la société Inovert la somme de 40 582,46 euros en restitution de la retenue de garantie prévue par les stipulations de l'article 5.1 du cahier des clauses administratives particulières du marché, déduction faite des sommes provisionnelles déjà versées à ce titre en exécution de l'ordonnance du juge des référés du présent tribunal du 12 juillet 2021.
En ce qui concerne les intérêts moratoires contractuels :
7. Aux termes de l'article 39 de la loi du 28 janvier 2013 portant diverses dispositions d'adaptation de la législation au droit de l'Union européenne en matière économique et financière : " Le retard de paiement fait courir, de plein droit et sans autre formalité, des intérêts moratoires à compter du jour suivant l'expiration du délai de paiement ou l'échéance prévue au contrat. / () / Le taux des intérêts moratoires est fixé par décret ". Et aux termes de l'article 8 du décret du 29 mars 2013 relatif à la lutte contre les retards de paiement dans les contrats : " I. ' Le taux des intérêts moratoires est égal au taux d'intérêt appliqué par la Banque centrale européenne à ses opérations principales de refinancement les plus récentes, en vigueur au premier jour du semestre de l'année civile au cours duquel les intérêts moratoires ont commencé à courir, majoré de huit points de pourcentage. / Les intérêts moratoires courent à compter du jour suivant l'échéance prévue au contrat ou à l'expiration du délai de paiement jusqu'à la date de mise en paiement du principal incluse. / () ".
8. La société Inovert a droit aux intérêts moratoires sur la somme de 40 582,46 euros courant à compter du 13 avril 2016, correspondant au jour suivant celui de l'expiration du délai de paiement mentionné au point 5, et jusqu'à l'entier paiement de la somme due au principal, au taux d'intérêt appliqué par la banque centrale européenne à ses opérations principales de refinancement les plus récentes, en vigueur au 1er janvier 2016, majoré de huit points, déduction faite de la somme provisionnelle déjà versée à ce titre en exécution de l'ordonnance du juge des référés de ce tribunal du 12 juillet 2021.
En ce qui concerne l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement :
9. Aux termes de l'article 40 de la loi du 28 janvier 2013 portant diverses dispositions d'adaptation de la législation au droit de l'Union européenne en matière économique et financière : " Le retard de paiement donne lieu, de plein droit et sans autre formalité, au versement d'une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement, dont le montant est fixé par décret. / () ". L'article 9 du décret du 29 mars 2013 relatif à la lutte contre les retards de paiement dans les contrats fixe le montant de cette indemnité à 40 euros.
10. Compte tenu de ce qui précède, la société Inovert est également fondée à demander au tribunal de condamner la commune de Gondecourt au versement de la somme de 40 euros, en application des dispositions citées au point précédent, déduction faite de la somme provisionnelle versée à ce titre en exécution de l'ordonnance du juge des référés de ce tribunal du 12 juillet 2021.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Gondecourt la somme de 2 000 euros à verser à la société Inovert au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce qu'une somme quelconque soit mise à la charge de cette dernière, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La commune de Gondecourt est condamnée à verser à la société Inovert la somme de 40 582,46 euros au titre de sa retenue de garantie, majorée des intérêts moratoires contractuels à compter du 13 avril 2016 et jusqu'à la date de paiement de la somme due au principal, ainsi que la somme de 40 euros au titre de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement, déduction faite des sommes versées en exécution de l'ordonnance du juge des référés du présent tribunal du 12 juillet 2021.
Article 2 : La commune de Gondecourt versera à la société Inovert une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Gondecourt tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Inovert et à la commune de Gondecourt.
Délibéré après l'audience du 29 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Fabre, président,
Mme Monteil, première conseillère,
Mme Piou, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2022.
La rapporteure,
Signé
C. A
Le président,
Signé
X. FABRE
La greffière,
Signé
M. NICODEME
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026