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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2005952

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2005952

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2005952
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantNAVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I) Par une requête, enregistrée le 25 août 2020 sous le n° 2005952 et un mémoire, enregistré le 28 octobre 2020, Mme C D, représentée par Me Navy, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 juin 2020 par lequel le préfet du Nord lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à ce préfet de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou, à défaut, de réexaminer sa situation, sous astreinte de 155 euros par jour de retard, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas établi que la décision attaquée ait été prise par une autorité habilitée ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 septembre 2020, le préfet du Nord conclut au non-lieu à statuer.

Il fait valoir que, postérieurement à l'introduction de la requête, il a, par un arrêté du 18 septembre 2020, abrogé l'arrêté litigieux du 19 juin 2020.

Par ordonnance du 8 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 8 juillet 2022 à 23h59.

II) Par une requête, enregistrée le 28 octobre 2020 sous le n° 2007850 et des mémoires, enregistrés le 24 février 2021 et le 9 septembre 2022, Mme C D, représentée par Me Navy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 septembre 2020 par lequel le préfet du Nord lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à ce préfet de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou, à défaut, de réexaminer sa situation, sous astreinte de 155 euros par jour de retard, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas établi que la décision attaquée ait été prise par une autorité habilitée ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière pour avoir méconnu son droit à être entendue et le principe du contradictoire ;

- elle méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 janvier 2021, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 21 septembre 2022 à 23 h 59 par une ordonnance du 6 septembre 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu le rapport de Mme B au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C D, ressortissante ivoirienne née le 28 août 1989 à Yamoussoukro (Côte d'Ivoire), déclare être entrée sur le territoire français le 21 septembre 2015, alors titulaire d'un visa long séjour en qualité d'étudiante. Elle s'est ensuite vue délivrer un titre de séjour en cette même qualité, régulièrement renouvelé jusqu'au 5 novembre 2019. Le 19 octobre 2019, elle a sollicité du préfet du Nord la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en raison de ses liens personnels et familiaux en France. Par un arrêté du 19 juin 2020, le préfet lui en a refusé la délivrance. Par la requête enregistrée sous le n° 2005952, Mme D demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 19 juin 2020.

2. Postérieurement à l'enregistrement de cette première requête, le préfet du Nord, par un second arrêté du 29 septembre 2020, lui a, à nouveau, refusé la délivrance du titre de séjour sollicité le 19 octobre 2019. Par la requête enregistrée sous le n° 2007850, l'intéressée demande au tribunal d'annuler ce dernier arrêté du 29 septembre 2020.

Sur la jonction :

3. Les requêtes n° 2005952 et n° 2007850 présentées par Mme D concernent la situation d'une même personne, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul et même jugement.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 19 juin 2020 :

4. Il ressort des pièces du dossier que par arrêté du 19 juin 2020, le préfet du Nord s'est prononcé sur la demande présentée par Mme D le 19 octobre 2019 tendant à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, par un arrêté du 18 septembre 2020, il doit être regardé comme ayant retiré cet arrêté du 19 juin 2020, objet du recours pour excès de pouvoir enregistré sous le n° 2005952, avant de se prononcer une nouvelle fois sur cette demande par un arrêté du 29 septembre 2020.

5. Dans ces circonstances, les conclusions dirigées contre l'arrêté du 19 juin 2020 ont perdu leur objet. Il n'y a, dès lors, plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 29 septembre 2020 :

6. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté du 7 septembre 2020, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs n° 228 de l'Etat dans le département du Nord, le préfet du Nord a donné à Mme A de la Perrière, cheffe du bureau du contentieux et des étrangers, signataire de l'arrêté attaqué, délégation à l'effet de signer les décisions telles que celle en litige. Le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été signée par une autorité incompétente manquant en fait, il doit être écarté.

7. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressée, mentionne avec suffisamment de précisions les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

8. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision ni des pièces du dossier que le préfet du Nord n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressée, malgré l'absence de mention de son mariage intervenu le 22 août 2020. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation doit également être écarté.

9. En quatrième lieu, lorsqu'il statue sur une demande de titre de séjour, le préfet ne met pas en œuvre le droit de l'Union européenne. Le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire garanti par l'article 41 de la Charte de droits fondamentaux de l'Union européenne est donc inopérant et ne peut être qu'écarté.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".

11. Ainsi qu'il a été dit précédemment, le préfet du Nord doit être regardé comme ayant, par l'arrêté du 18 septembre 2020, retiré son arrêté du 19 août 2020. Cette circonstance n'a pas eu pour effet, contrairement à ce que soutient la requérante, de le dessaisir de la demande de délivrance d'un titre de séjour qu'elle avait présentée le 10 octobre 2019 et réitérée le 16 juillet 2020. Ainsi, en prenant l'arrêté litigieux, le préfet a statué sur une demande au sens de l'article L. 121-1 précité du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte que Mme D ne peut utilement se prévaloir du moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire tel que prévu par ces dispositions. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être écarté.

12. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () : 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. () ;/ () ". Par ailleurs, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

13. Il ressort des pièces du dossier que Mme D est arrivée en France pour poursuivre ses études en 2015, qu'en février 2018 elle s'est installée avec un ressortissant ivoirien, lequel bénéficie d'un titre de séjour en qualité de salarié valable jusqu'au 19 janvier 2023, qu'ils ont conclu un pacte civil de solidarité le 5 juillet 2019 puis se sont mariés le 22 août 2020. Toutefois, leur vie commune et leur union étaient pour le moins récentes à la date de la décision contestée et l'intéressée n'établit pas par les seules pièces produites l'existence d'une relation stable et ancienne antérieurement à l'année 2018. Par ailleurs, si elle évoque également les liens amicaux noués sur le territoire français ainsi qu'un engagement bénévole au sein d'une association caritative, ces éléments ne suffisent pas à établir qu'à la date de la décision en cause le centre de ses intérêts se situait dorénavant en France. Par suite, la décision contestée n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de Mme D de mener une vie privée et familiale normale et, ainsi ni les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'ont été méconnues.

14. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du préfet du Nord en date du 29 septembre 2020.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

15. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions des requêtes aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme quelconque soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du préfet du Nord en date du 19 juin 2020.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes n°2005952 et 2007850 est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 11 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Fabre, président,

Mme Monteil, première conseillère,

Mme Piou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.

La rapporteure,

signé

C. B

Le président,

signé

X. FABRE

La greffière,

signé

A. HAUTCOEUR

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

2-2007850

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