mardi 5 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2006190 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL SAMSON & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 septembre et 23 décembre 2020, M. B C, représenté par Me Samson, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 12 août 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a refusé de rectifier les mentions de son relevé d'information intégral concernant l'arrêt de la Cour d'appel de Douai du 23 février 2016, a refusé de lui restituer les trois points retirés à la suite des infractions des 20 décembre 2014 à 12h59 et 16h27 et du 30 janvier 2015 à 10h58 ainsi que de reconstituer son capital de points ;
2°) d'enjoindre à l'administration de rectifier les mentions dudit relevé, de lui réattribuer les points liés aux infractions précitées et de reconstituer le capital de points affectant son permis de conduite avec effet rétroactif au 22 avril 2018 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le relevé d'information intégral comportant des mentions erronées s'agissant de l'arrêt de la Cour d'appel de Douai du 23 février 2016, le refus de correction de ces mentions est entaché d'erreur de fait ; son permis de conduire est toujours valide ; le ministre de l'intérieur n'établit pas que son titre de conduite aurait fait l'objet d'une invalidation qui n'apparait au demeurant pas dans le relevé d'information intégral ;
- les points retirés consécutivement aux infractions du 20 décembre 2014 ne lui ont pas été réattribués, en violation de l'alinéa 3 de l'article L. 223-6 du code de la route ;
- le point retiré consécutivement à l'infraction du 30 janvier 2015 ne lui a pas été réattribué, en violation de l'alinéa 3 de l'article L. 223-6 du code de la route ;
- conformément à l'article L. 223-6 du code de la route, en l'absence d'infraction ayant entrainé une perte de point commise entre le 22 avril 2015 et le 22 avril 2018, il a droit à la reconstitution de son capital de douze points.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 décembre 2020, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la juridiction administrative est incompétente pour connaitre du présent litige dès lors que l'invalidation du titre de conduire de l'intéressé résulte d'une décision judiciaire ;
- les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de restitution des points retirés antérieurement à la décision judiciaire de la cour d'appel de Douai ont perdu leur objet et sont par, suite, irrecevables ;
- les moyens invoqués dans la requête sont infondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
L'affaire, qui relève du 9° de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, a été renvoyée en formation collégiale, en application de l'article R. 222-19 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Après avoir entendu le rapport de Mme A au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par un courriel du 11 juin 2020, M. B C a demandé au ministre de l'intérieur de rectifier les mentions apparaissant sur son relevé d'information intégral faisant état d'une annulation judicaire de son titre de conduite par un arrêt de la cour d'appel de Douai du 23 février 2016, l'estimant erroné. Il a par ailleurs sollicité, en application des dispositions de l'article L. 223-6 du code de la route, la restitution de trois points retirés à la suite des infractions commises les 20 décembre 2014 et 30 janvier 2015 ainsi que la reconstitution de total du capital de points de son permis de conduire. Le même jour, il a été accusé réception de ce courriel, avec mention des voies et délais de recours. Le silence gardé pendant deux mois par le ministre de l'intérieur a fait naitre une décision implicite de rejet de cette demande. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cette décision implicite.
Sur l'exception d'incompétence de la juridiction administrative :
2. Il ressort des pièces du dossier que la présente requête tend, non à la remise en cause d'une décision juridictionnelle judiciaire ou de ses mesures d'exécution, mais à l'annulation de décisions implicites du ministre de l'intérieur portant refus, d'une part, de rectifier des mentions du relevé d'information intégral, extrait du système de traitement informatisé relatif aux permis de conduire dont il est chargé, et d'autre part, de lui restituer des points sur le capital de points affecté à son titre de conduite dans les conditions prévues à l'article L. 223-6 du code de la route. De telles décisions constituent des décisions administratives dont la contestation relève de l'ordre de juridiction administrative. L'exception d'incompétence soulevée en défense par le ministre de l'intérieur ne peut, dès lors, qu'être écartée.
Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de rectification des mentions du relevé d'information intégral :
3. Aux termes de l'article L. 224-12 du code de la route : " Lorsqu'un conducteur a fait l'objet d'une condamnation susceptible de motiver le prononcé des peines complémentaires de suspension ou d'annulation du permis de conduire et qu'il n'est pas titulaire de celui-ci, ces peines sont remplacées à son égard, pour la même durée, par la peine d'interdiction d'obtenir la délivrance du permis de conduire ".
4. Il résulte de l'instruction que, saisie de deux infractions commises par M. C le 25 avril 2014 consistant en la conduite sous l'emprise d'un état alcoolique ) à 0,40 mg/l d'air et la conduite malgré l'invalidation d'un permis de conduire, la cour d'appel de Douai a, par un arrêt du 23 février 2016, condamné M. C à une peine d'emprisonnement avec sursis ainsi qu'à une peine complémentaire d'interdiction d'obtenir la délivrance d'un nouveau permis de conduire pendant six mois, après avoir constaté l'invalidation de son titre de conduite par une décision administrative du 5 décembre 2005. Toutefois, cette décision administrative a été, postérieurement à la lecture de l'arrêt de la cour, annulé par le tribunal administratif et sa mention a en conséquence été supprimée du relevé d'information intégral. Il en résulte que le permis de conduire de l'intéressé est réputé n'avoir jamais fait l'objet d'une invalidation administrative et que l'autorité judiciaire n'a pas davantage prononcé son annulation. Ainsi, M. C est fondé à soutenir que les mentions du relevé d'information intégral le concernant sont erronées en tant qu'elles visent une invalidation judiciaire de son titre de conduite par décision juridictionnelle du 23 février 2016. Le moyen ainsi soulevé dirigé contre le refus du ministre de l'intérieur de rectifier de telles mentions doit, par suite, être accueilli.
5. Par conséquent, la fin de non-recevoir opposée en défense et tirée de ce que les conclusions dirigées contre la décision portant refus de restitution des points retirés antérieurement à cette décision judiciaire auraient perdu leur objet ne peut, quant à elle, qu'être écartée.
Sur les conclusions tendant à la restitution de trois points retirés à la suite des infractions commises les 20 décembre 2014 à 12h59 et 16h27 et le 30 janvier 2015 :
6. Aux termes de l'article L. 223-6 du code de la route : " Si le titulaire du permis de conduire n'a pas commis, dans le délai de deux ans à compter de la date du paiement de la dernière amende forfaitaire, de l'émission du titre exécutoire de la dernière amende forfaitaire majorée, de l'exécution de la dernière composition pénale ou de la dernière condamnation définitive, une nouvelle infraction ayant donné lieu au retrait de points, son permis est affecté du nombre maximal de points. / Le délai de deux ans mentionné au premier alinéa est porté à trois ans si l'une des infractions ayant entraîné un retrait de points est un délit ou une contravention de la quatrième ou de la cinquième classe. /Toutefois, en cas de commission d'une infraction ayant entraîné le retrait d'un point, ce point est réattribué au terme du délai de six mois à compter de la date mentionnée au premier alinéa, si le titulaire du permis de conduire n'a pas commis, dans cet intervalle, une infraction ayant donné lieu à un nouveau retrait de points. / () ".
7. Il résulte de l'instruction que M. C a commis le 20 décembre 2014 à 12h59 puis à 16h57 un excès de vitesse inférieur à 20 km/h, dont la réalité a été établie par l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée le 18 mars 2015, ayant entrainé un retrait d'un point. Par ailleurs, il ressort également du relevé d'information intégral et n'est au demeurant pas contesté que l'intéressé a commis le 30 janvier 2015 un nouvel excès de vitesse inférieur à 20 km/h, dont la réalité a été établie par l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée le 22 avril 2015, ayant entrainé un retrait d'un point. Toutefois dans les six mois suivant ces deux dates, aucune nouvelle infraction n'a été commise. Par suite, et en application des dispositions précitées, M. C est droit de soutenir qu'il aurait dû se voir réattribuer les trois points ainsi retirés.
Sur les conclusions tendant à la reconstitution totale du capital de points affectant son permis de conduire :
8. Aux termes de l'article L. 234-1 du code de la route : " I.- Même en l'absence de tout signe d'ivresse manifeste, le fait de conduire un véhicule sous l'empire d'un état alcoolique caractérisé par une concentration d'alcool dans le sang égale ou supérieure à 0,80 gramme par litre ou par une concentration d'alcool dans l'air expiré égale ou supérieure à 0,40 milligramme par litre est puni de deux ans d'emprisonnement et de 4 500 euros d'amende. / II.- Le fait de conduire un véhicule en état d'ivresse manifeste est puni des mêmes peines. / () / IV.- Ces délits donnent lieu de plein droit à la réduction de la moitié du nombre maximal de points du permis de conduire. / () ".
9. Il résulte de l'instruction que M. C a commis les 24 décembre 2014 et 30 janvier 2015 trois excès de vitesse inférieurs à 20 km/h, dont les titres exécutoires des amendes forfaitaires majorées ont été respectivement émis les 18 mars et 22 avril 2015, ayant entrainé le retrait d'un point par infraction et n'a pas respecté l'arrêt à un feu rouge fixe ou clignotant le 21 janvier 2015 ayant entrainé le retrait de trois points. Cette dernière infraction, qui a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée le 15 avril 2015, constitue en application des dispositions de l'article R. 412-30 du code de la route une contravention de quatrième classe. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que le requérant a également commis le 27 avril 2016, soit avant le terme du délai de trois ans, une nouvelle infraction consistant en la conduite d'un véhicule sous l'empire d'un état alcoolique ) à 40 mg/l d'air expiré laquelle donne lieu, conformément à l'article L. 234-1 précité du code de la route, à la réduction de plein droit du capital de points affectant son titre de conduite. M. C n'est ainsi pas fondé à soutenir qu'il aurait dû bénéficier d'une reconstitution totale du capital de points affectant son titre de conduite en application des dispositions de l'article L. 223-6 du code de la route précité. Le moyen doit, dès lors, être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est seulement fondé à demander l'annulation de la décision implicite qu'il conteste en tant qu'elle refuse la rectification des mentions erronées de son relevé d'information intégral s'agissant de l'arrêt de la cour d'appel de Douai du 23 février 2016 et la restitution des trois points retirés à la suite des deux infractions du 20 décembre 2014 et de celle du 30 janvier 2015.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
11. Le présent jugement implique nécessairement que l'administration, d'une part, rectifie les mentions de son relevé d'information intégral relatives à l'arrêt de la cour d'appel de Douai, lequel se borne à lui interdire de se voir délivrer un nouveau titre de conduite pendant six mois, et d'autre part, lui réattribue les trois points retirés à la suite des deux infractions du 20 décembre 2014 et de celle du 30 janvier 2015 et recalcule en conséquence son capital de points, dans la limite du capital de points affecté à son permis de conduire, en tenant compte des éventuelles infractions non encore prise en compte dans le décompte de ses points mais également du droit du requérant à l'application des dispositions de l'article L. 223-6 du code de la route. Il y dès lors lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur d'y procéder dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à M. C au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce qu'une somme quelconque soit mise à la charge de ce dernier, qui n'est pas la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite du ministre de l'intérieur du 11 août 2020 est annulée en tant qu'elle refuse la rectification des mentions erronées du relevé d'information intégral relatives à l'arrêt de la cour d'appel de Douai du 23 février 2016 et en tant qu'elle lui refuse la restitution de trois points retirés à la suite des infractions commises les 20 décembre 2014 à 12h59 et à 16h27 et le 30 janvier 2015.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur, dans un délai de trois mois, de rectifier les mentions de son relevé d'information intégral relatives à l'arrêt de la cour d'appel de Douai, de lui réattribuer les trois points retirés à la suite des infractions du 20 décembre 2014 et de celle du 30 janvier 2015 et de recalculer en conséquence son capital de points, dans les limites prévues au point 11.
Article 3 : L'Etat versera à M. C la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 14 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Bauzerand, président,
M. Even, premier conseiller,
Mme Piou, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.
La rapporteure,
signé
C. A
Le président,
signé
Ch. BAUZERAND
La greffière,
signé
M. NICODEME
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026