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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2006308

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2006308

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2006308
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantROBILLARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 8 septembre 2020 et les 23 août et 7 septembre 2022, Mme G A, M. H E et la société civile immobilière La Revanche, représentés par Me Robillard, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler la décision du 30 juillet 2020 par laquelle le président de la communauté d'agglomération de la Porte du Hainaut a procédé au retrait de la subvention d'un montant de 44 000 euros accordée à Mme A le 9 décembre 2015 et a ordonné le reversement de la somme de 33 000 euros versée à titre d'avance à Mme A le 1er juillet 2016;

2°) de les décharger, dans une proportion qu'il appartiendra au tribunal de déterminer, des sommes mises à leur charge ;

3°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération de la Porte du Hainaut la somme de 1 500 euros à verser à Mme A et M. E au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 321-21 du code de la construction et de l'habitation dès lors qu'ils n'ont pas effectué de fausse déclaration ou de manœuvre frauduleuse et ont respecté les engagements pris en 2015;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation en tant que les sommes sont réclamées à M. E, qui n'a pas bénéficié des sommes allouées ;

- la défaillance des entreprises auxquelles la réalisation des travaux a été confiée constitue un cas de force majeure et alors qu'ils sont de bonne foi.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 juillet 2022, la communauté d'agglomération de la Porte du Hainaut conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A, M. E et la société civile immobilière La Revanche ne sont pas fondés.

Par des mémoires enregistrés les 13 juillet et 1er septembre 2022, l'Agence nationale de l'habitat conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- l'arrêté du 1er août 2014 portant approbation du règlement général de l'Agence nationale de l'habitat ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Babski, rapporteur public,

- les observations de Me Robillard, représentant Mme A, M. E et la société civile immobilière La Revanche ;

- et les observations de M. C, représentant la communauté d'agglomération de la Porte du Hainaut.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 9 décembre 2015, le président de la communauté d'agglomération de la Porte du Hainaut (CAPH), délégataire des aides de l'Agence nationale de l'habitat (ANAH), a alloué à Mme A une subvention d'un montant de 44 000 euros, en vue de la réalisation de travaux d'amélioration thermique du logement sis 1 254 rue Pierre Nève à Denain. A ce titre, une somme de 33 000 euros a été versée à Mme A le 1er juillet 2016. Le délai d'achèvement des travaux, fixé initialement à trois ans, a été prorogé jusqu'au 7 juin 2019, à la demande de Mme A. Faute de réception des pièces justifiant de l'exécution des travaux en vue de la réalisation desquels la subvention avait été accordée, le président de la CAPH, par un courrier du 10 novembre 2019, a fait part à Mme A de son intention d'ordonner le reversement de l'acompte de 33 000 euros perçu. Par une décision du 30 juillet 2020 adressée à Mme A et M. Lamblin, le président de la CAPH a procédé au retrait de la subvention d'un montant de 44 000 euros accordée le 9 décembre 2015 à Mme A et a ordonné le reversement de la somme de 33 000 euros versée à titre d'avance à Mme A le 1er juillet 2016. Par leur requête, Mme A, M. E et la société civile immobilière La Revanche demandent au tribunal d'annuler la décision du 30 juillet 2020 et de les décharger des sommes réclamées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 20 juillet 2020, affiché le 21 juillet 2020 et transmis le même jour aux services préfectoraux dans le cadre du contrôle de légalité, le président de la CAPH a donné délégation à Mme D F, directrice du pôle aménagement du territoire et du développement durable à l'effet de signer, notamment, la décision attaquée. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes des quatrième et cinquième alinéas du I de l'article R. 321-21 du code de la construction et de l'habitation : " Le retrait de l'aide versée par l'agence est prononcé et le reversement des sommes perçues exigé s'il s'avère que celle-ci a été obtenue à la suite de fausses déclarations ou de manœuvres frauduleuses. / Le retrait et le reversement total ou partiel peuvent également être prononcés en cas de non-respect des prescriptions de la présente section ou des conventions conclues en application des articles L. 321-4 et L. 321-8, ou de toute autre convention liée au bénéfice des aides de l'agence, selon les modalités fixées par le règlement général de l'agence. () / Ces décisions sont prises à tout moment, avant ou après le versement du solde de la subvention ". Aux termes de l'article 14 du règlement général de l'ANAH : " I. - Les travaux doivent commencer dans les conditions et délais suivants°: / 1°Si une avance mentionnée à l'article R. 321-18 a été versée au bénéficiaire de la subvention, les travaux doivent débuter dans le délai de six mois à compter de la date de la notification de la décision attributive de la subvention. En cas de non-respect de ce délai, l'avance versée doit être remboursée dans les conditions fixées à l'article 21 bis du présent règlement () II. - L'achèvement des travaux doit être justifié par le bénéficiaire de la subvention sous peine de retrait de la décision d'octroi de la subvention et du remboursement des sommes déjà perçues, dans un délai de trois ans () à compter de la notification de la décision attributive de la subvention. Sur demande motivée du bénéficiaire de la subvention, une prorogation de ces délais, de deux ans maximum, peut être accordée par le délégué de l'agence dans le département ou le délégataire, notamment lorsque des circonstances extérieures à la volonté du demandeur ont fait obstacle à la réalisation des travaux, telles que : - un motif d'ordre familial ou de santé ; - une défaillance d'entreprise ; - des difficultés importantes d'exécution ". Aux termes de l'article 21 du même règlement : " En cas de non-respect des prescriptions relatives aux aides de l'ANAH (articles R. 321-12 à R. 321-21 du CCH, engagements conventionnels, présent règlement général), la décision de subvention sera retirée et tout ou partie des sommes perçues devra être reversé, en application du I de l'article R. 321-21 du CCH et dans les conditions précisées au présent article () ".

4. D'une part, l'attribution d'une subvention par une personne publique crée des droits au profit de son bénéficiaire. Toutefois, de tels droits ne sont ainsi créés que dans la mesure où le bénéficiaire de la subvention respecte les conditions mises à son octroi, que ces conditions découlent des normes qui la régissent, qu'elles aient été fixées par la personne publique dans sa décision d'octroi, qu'elles aient fait l'objet d'une convention signée avec le bénéficiaire, ou encore qu'elles découlent implicitement mais nécessairement de l'objet même de la subvention. Ainsi, les subventions conditionnelles accordées par l'ANAH ne créent de droits au profit de leurs bénéficiaires que pour autant que ceux-ci justifient, après l'achèvement des travaux, que les conditions imposées lors de l'attribution de l'aide se trouvent effectivement réalisées.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A n'a pas, avant le terme du délai prévu pour la réalisation des travaux, soit le 7 juin 2019, justifié auprès de la CAPH de l'exécution et de l'achèvement desdits travaux, malgré la nouvelle demande formulée en ce sens par le président de la CAPH dans son courrier du 10 novembre 2019. L'intéressée n'a ainsi pas respecté les engagements et conditions attachés à l'attribution de la subvention telles que prévus par les dispositions de l'article 14 du règlement général de l'ANAH citées au point 3 du présent jugement. Par suite, le président de la CAPH n'a pas méconnu les dispositions de l'article R. 321-21 du code de la construction et de l'habitation et le moyen afférent doit être écarté.

6. D'autre part, si les bénéficiaires des subventions sont placés vis-à-vis de l'ANAH dans une situation réglementaire et non contractuelle, cette situation ne fait pas obstacle à ce que ces usagers puissent, le cas échéant, invoquer un cas de force majeure ayant rendu impossible l'exécution des engagements auxquels était subordonné le versement de l'aide financière de l'agence. Un évènement n'est par ailleurs constitutif d'un cas de force majeure que s'il est imprévisible, irrésistible et extérieur à celui qui l'invoque pour s'exonérer de ses obligations.

7. En l'espèce, l'entreprise Verschaeve, chargée par Mme A de poser des plaques de plâtre, a adressé à l'intéressée, le 16 novembre 2017, une déclaration de cessation d'activité à compter du 30 octobre 2017. Il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que la requérante, confrontée à la défaillance de cette société plus d'un an avant le terme du délai normal d'achèvement des travaux, a été dans l'impossibilité de prendre les dispositions matérielles en vue de la pose des plaques de plâtre prévues. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment de la seule production d'un courrier non daté évoquant un arrêt du chantier, que Mme A a été confrontée à une difficulté similaire avec la société ACF, chargée d'installer le tout à l'égout, une chaudière à condensation, huit radiateurs, un receveur de douche, de la tuyauterie, une ventilation mécanique contrôlée et d'isoler des murs ou bien encore avec la société AB Energie. Enfin, la circonstance que la société Max Rénove a été radiée du registre du commerce et des sociétés le 3 mars 2021, soit plus d'un an et demi après le délai d'achèvement des travaux prévu ne saurait avoir eu d'incidence sur les conditions de réalisation de ces travaux. Dans ces conditions, quand bien même les travaux ont débuté avant le 7 juin 2019, ces différentes défaillances, alléguées ou établies, ne revêtent pas un caractère de force majeure susceptible d'exonérer Mme A, de manière partielle ou totale, des engagements qu'elle a souscrits lors de sa demande de subventions établie le 12 novembre 2015. Le moyen doit ainsi être écarté.

8. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que la subvention sollicitée l'a uniquement été par Mme A qui s'est alors déclarée comme propriétaire occupante du bien à rénover. Par suite, l'ANAH a attribué la subvention à Mme A et lui a versé un acompte de 33 000 euros versée à titre d'avance le 1er juillet 2016. Dans ces conditions, et quand bien même la SCI La revanche est propriétaire du bien objet des travaux subventionnés et que M. E était associé à la SCI La revanche avant d'en revendre toutes ses parts à Mme A par un acte de cession du 26 août 2016 enregistré par le SIE Valenciennes Val de Scarpe, l'administration n'est pas fondée à demander à M. E, par la décision attaquée, de procéder au reversement des sommes versées à Mme A.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont fondés à demander l'annulation de la décision du 30 juillet 2020 par laquelle le président de la CAPH a procédé au retrait de la subvention d'un montant de 44 000 euros accordée à Mme A le 9 décembre 2015 et a ordonné le reversement de la somme de 33 000 euros versée à titre d'avance à Mme A le 1er juillet 2016 qu'en tant qu'elle met à la charge de M. E le remboursement des sommes versées à Mme A.

Sur les conclusions à fin de décharge :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 8 que M. E doit être déchargé de l'obligation de payer la somme de 33 000 euros mise à sa charge par la décision attaquée.

11. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 8 que les conclusions de Mme A à fin de décharge doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de Mme A, de M. E et de la SCI La revanche présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 30 juillet 2020 par laquelle le président de la communauté d'agglomération de la Porte du Hainaut a procédé au retrait de la subvention d'un montant de 44 000 euros accordée à Mme A le 9 décembre 2015 et a ordonné le reversement de la somme de 33 000 euros versée à titre d'avance à Mme A le 1er juillet 2016 est annulée en tant qu'elle demande à M. E le remboursement des sommes versées à Mme A.

Article 2 : M. E est déchargé de l'obligation de payer la somme de 33 000 euros versée à titre d'avance à Mme A le 1er juillet 2016.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme G A, à M. H E, à la société civile immobilière La Revanche, à la communauté d'agglomération de la Porte du Hainaut et à l'Agence nationale de l'habitat.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Chevaldonnet, président,

- Mme Grard, première conseillère,

- M. Liénard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

La rapporteure,

Signé

E. B Le président,

Signé

B. CHEVALDONNET

La greffière,

Signé

M. I

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier.

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