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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2006371

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2006371

mardi 4 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2006371
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCABINET GOLLAIN VALERY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et un courrier, enregistrés les 10 septembre 2020, 24 décembre 2020 et 31 mai 2021, ce courrier n'ayant pas été communiqué, M. B C doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 septembre 2020 par laquelle le maire de La Gorgue lui a refusé le bénéfice d'une formation devant avoir lieu les 25 et 26 septembre 2020 à Paris ;

2°) d'enjoindre, d'une part, au maire de cette commune de signer son bulletin d'inscription et, d'autre part, à la commune de La Gorgue de prendre en charge cette dépense de formation ;

3°) de mettre à la charge de cette commune une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le litige n'a pas perdu son objet, l'organisme de formation n'ayant pas été payé et la formation s'étant déroulée avant sa démission ;

- cette décision est entachée d'une erreur de droit, le motif retenu ne pouvant légalement fonder cette décision et l'ensemble des critères tenant à la formation étant remplis ;

- elle est entachée d'une erreur de droit si elle est fondée sur son appartenance politique.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 23 décembre 2020 et 5 juillet 2021, la commune de La Gorgue, représentée par Me Herbet, conclut :

1°) à titre principal, au non-lieu à statuer ;

2°) à titre subsidiaire, au rejet de la requête

3°) en tout état de cause, à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir :

- à titre principal, que l'objet du litige a disparu ;

- à titre subsidiaire, que le motif tiré de l'inadéquation de la formation avec les fonctions de conseiller municipal justifie le refus opposé à l'intéressé et pourra être substitué au motif initial.

La clôture d'instruction a été fixée au 9 août 2021 à 12 h 00 par une ordonnance du 7 juillet 2021.

Un courrier, enregistré le 13 octobre 2021, a été produit par M. C, postérieurement à la clôture de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Even, rapporteur public,

- et les observations de Me Herbet, représentant la commune de La Gorgue.

Considérant ce qui suit :

1. Par décision du 8 septembre 2020, dont M. C demande l'annulation, le maire de La Gorgue lui a refusé l'inscription pour une formation dispensée les 25 et 26 septembre 2020 à Paris.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. Les circonstances que la formation objet de la décision litigieuse se soit déroulée les 25 et 26 septembre 2020 et que M. C ait démissionné de ses fonctions de conseiller municipal au mois d'octobre 2020 ne sont pas de nature à rendre sans objet les conclusions de l'intéressé tendant à obtenir l'annulation de la décision du maire de La Gorgue du 8 septembre 2020 refusant de faire droit à sa demande de formation, qui n'a pas disparu de l'ordonnancement juridique.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 2123-12 du code général des collectivités territoriales : " Les membres d'un conseil municipal ont droit à une formation adaptée à leurs fonctions. Une formation est obligatoirement organisée au cours de la première année de mandat pour les élus ayant reçu une délégation. / Dans les trois mois suivant son renouvellement, le conseil municipal délibère sur l'exercice du droit à la formation de ses membres. Il détermine les orientations et les crédits ouverts à ce titre. / Un tableau récapitulant les actions de formation des élus financées par la commune est annexé au compte administratif. Il donne lieu à un débat annuel sur la formation des membres du conseil municipal ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 2123-14 de ce code : " Les frais de déplacement, de séjour et d'enseignement donnent droit à remboursement. / () ". Enfin, aux termes de l'article R. 2123-12 du même code : " La prise en charge par la commune des dépenses liées à l'exercice du droit des élus locaux à la formation, dans les conditions prévues par les articles L. 2123-12 à L. 2123-16 et par le 3° de l'article L. 2321-2, ne peut intervenir que si l'organisme dispensateur du stage ou de la session a reçu un agrément délivré par le ministre de l'intérieur dans les conditions fixées par les articles R. 1221-12 à R. 1221-22 ".

4. Il résulte de l'ensemble des dispositions précitées que les élus ont droit au remboursement des frais de formation qu'ils ont exposés, sous conditions que la formation soit dispensée par un organisme bénéficiant d'un agrément de la part du ministre de l'intérieur, qu'elle soit adaptée aux besoins de leur mandat, qu'elle ne soit pas trop coûteuse et n'entraîne le dépassement ni du plafond visé à l'article L. 2123-14 du code général des collectivités territoriales, ni de la somme votée au budget au titre de la formation.

5. Il ressort des pièces du dossier que par la décision contestée le maire de La Gorgue a refusé à M. C l'accès à la formation sollicitée au motif que l'association des maires du Nord dispensait en interne des formations équivalentes dont il était susceptible de bénéficier. Toutefois, le maire ne pouvait pour ce motif, alors qu'il n'est pas contesté que l'organisme organisateur de la formation était agréé dans les conditions précitées et que son coût n'apparaissait pas excessif, prendre la décision litigieuse et ainsi limiter le droit à la formation dont dispose les élus. La décision est, par suite, entachée d'une erreur de droit.

6. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

7. Dans son mémoire en défense, communiqué à M. C, la commune de La Gorgue invoque un autre motif tiré de ce que la formation n'apparait pas en adéquation avec les fonctions de conseiller municipal de l'intéressé et constitue en réalité un meeting politique du parti Debout la France. Toutefois, s'il résulte de l'instruction que cette formation est à l'initiative du parti Debout la France et se déroule concomitamment à l'université d'été de ce parti, cette seule circonstance ne suffit pas à établir que cette formation revêtirait un caractère fictif. Par ailleurs, elle comprend trois modules, intitulés " comment gérer et fidéliser une équipe municipale ' ", " comment relever le défi numérique dans la gestion communale ' " et " comment construire un budget et garantir l'équilibre budgétaire ", qui n'apparaissent pas en inadéquation avec l'exercice du mandat de conseiller municipal de M. C, notamment membre de la commission des finances de la commune. Dès lors, ce motif n'est pas davantage de nature à fonder légalement la décision en litige.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision qu'il conteste.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution./ () ".

10. En premier lieu, l'annulation de la décision litigieuse n'implique pas nécessairement que le maire de La Gorgue signe le bulletin d'inscription de M. C à cette formation, depuis lors passée, et à laquelle il n'a au surplus pas vocation à se réinscrire en qualité d'élu municipal compte tenu de l'intervention entretemps de sa démission. Par suite, de telles conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

11. En second lieu, M. C ne justifie ni avoir effectivement participé à la formation en cause les 25 et 26 septembre 2020 ni avoir réglé les frais afférents à cette formation. Par suite, ses conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à la commune de La Gorgue de prendre en charge une telle dépense ne peuvent également qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a, en tout état de cause, pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par M. C sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, au demeurant non chiffrées. Par ailleurs, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme quelconque soit mise à la charge de M. C, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du maire de La Gorgue du 8 septembre 2020 est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la commune de La Gorgue.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Fabre, président,

Mme Monteil, première conseillère,

Mme Piou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.

La rapporteure,

Signé

C. A

Le président,

Signé

X. FABRE

La greffière,

Signé

M. D

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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