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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2006554

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2006554

jeudi 29 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2006554
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDEWAELE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 septembre 2020, M. B C, représenté par Me Dewaele, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 36 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de l'illégalité de l'arrêté du préfet du Nord du 30 août 2018 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, assortie des intérêts légaux courant à compter de la réception de sa demande préalable et de la capitalisation des intérêts ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'illégalité entachant l'arrêté du 30 août 2018 est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;

- son préjudice moral et les troubles dans ses conditions d'existence en lien direct avec cette faute peuvent être évalués à la somme de 36 000 euros.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire.

La clôture d'instruction a été fixée au 8 août 2022 à 12 h 00 par une ordonnance du 11 juillet 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'arrêt de la cour administrative d'appel de Douai n° 19DA02402 du 26 décembre 2019.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Dewaele, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant ivoirien né le 10 juin 2000 à Dioulatiedougou (Côte d'Ivoire), déclare être entré en France le 27 mars 2016. Le 9 avril 2018, il a sollicité un titre de séjour en qualité de mineur placé auprès de l'aide sociale à l'enfance avant l'âge de seize ans sur le fondement des dispositions du 2° bis de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 30 août 2018, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer ce titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office. Par un arrêt du 26 décembre 2019, devenu définitif, la cour administrative d'appel de Douai a annulé cet arrêté et enjoint la délivrance d'un titre de séjour. Le 20 février 2020, M. C a saisi le préfet du Nord d'une demande indemnitaire préalable, que celui-ci a implicitement rejetée. Par la présente requête, M. C demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 36 000 euros au titre des préjudices subis du fait de cette illégalité.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat

2. Il résulte de l'instruction que, pour annuler l'arrêté du 30 août 2018 par lequel le préfet du Nord a rejeté la demande de titre de séjour présentée par M. C et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, la cour administrative d'appel de Douai a retenu l'existence d'une erreur de droit dans l'application combinée des articles L. 111-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 47 du code civil ainsi que d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation commises dans l'application des dispositions du 2° bis de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont était entachée la décision portant refus de séjour avant d'annuler, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire sous trente jours et fixation du pays de destination. Eu égard à l'autorité de chose jugée s'attachant aux motifs constituant le support nécessaire du dispositif de cet arrêt, M. C est fondé à soutenir que l'illégalité de l'arrêté du 30 août 2018 constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.

En ce qui concerne la réparation :

3. En premier lieu, il résulte de l'instruction que M. C a signé un contrat d'apprentissage pour une durée de vingt-quatre mois, courant du 1er juillet 2017 au 30 juin 2019, avec une entreprise de restauration dans le cadre d'un certificat d'aptitude professionnelle (CAP) " commercialisation et services en hôtel café et restaurant ", au titre duquel il percevait jusqu'au 30 juin 2018 une rémunération égale à 25 % du salaire minimum de croissance (SMIC) puis, à compter du 1e juillet 2018, égale à 49 % du SMIC. L'intéressé établit avoir perçu cette somme au mois de juillet 2018 et soutient avoir vu son contrat suspendu à la suite de la décision illégale du préfet du Nord du 30 août 2018, ce que le préfet ne conteste au demeurant pas en l'absence de tout mémoire. M. C est, par suite, fondé à demander l'indemnisation de ce préjudice financier. Il en sera fait une exacte appréciation en l'évaluant à la somme de 7 310, 80 euros.

4. En deuxième lieu, compte tenu de l'état d'incertitude et d'angoisse dans lequel a été maintenu M. C près de 17 mois s'agissant de sa situation administrative mais également de ses études en raison du refus de titre de séjour qui lui a été illégalement opposé et de la mesure d'éloignement prise à son encontre, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par l'intéressé en l'évaluant à la somme de 2 000 euros.

5. En troisième et dernier lieu, si le requérant soutient que la décision illégale du préfet du Nord a fait obstacle à ce qu'il puisse trouver un logement et l'a contraint à vivre dans des hébergements précaires et temporaires, il n'apporte aucun élément de nature à établir l'existence d'un tel préjudice alors qu'il ressort au demeurant des pièces du dossier qu'il résidait à la même adresse du mois de juin 2017 au mois d'octobre 2019, ayant été recueilli par la communauté Paul Machy à Gravelines. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à se prévaloir d'un tel trouble dans ses conditions d'existence.

6. Il résulte de tout ce qui précède que l'Etat est condamné à verser à M. C une somme totale de 9 310, 80 euros.

S'agissant des intérêts et de la capitalisation des intérêts :

7. M. C a droit, ainsi qu'il le demande, aux intérêts au taux légal sur la somme de 9 310,80 euros à compter de la date de réception de sa demande préalable par le préfet du Nord, soit le 20 février 2020.

8. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 17 septembre 2020. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 20 février 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. C d'une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. C la somme de 9 310,80 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 20 février 2020. Les intérêts échus à la date du 20 février 2021, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : L'Etat versera à M. C une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C et au préfet du Nord.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 29 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Fabre, président,

Mme Monteil, première conseillère,

Mme Piou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2022.

La rapporteure,

Signé

C. A

Le président,

Signé

X. FABRE

La greffière,

Signé

M. NICODEME

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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