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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2006671

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2006671

mercredi 19 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2006671
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSELARL RESSOURCES PUBLIQUES AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 21 septembre 2020 et 21 janvier 2022, la société civile de constuction vente (SCCV) Les Villas de Jouvence, représentée par Me Bodart, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 juillet 2020 par lequel le maire de Mérignies a retiré le permis de construire n° PC 059 398 19 B0041 délivré le 12 février 2020 à la SCCV Les Villas de Jouvence ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Mérignies le paiement d'une somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure en ce que la procédure

contradictoire préalable au retrait n'a pas été respectée ;

- les motifs du retrait du permis de construire, à savoir la méconnaissance des

dispositions des articles L. 111-1, L. 111-2 et R. 111-27 du code de l'urbanisme, du document d'orientation et d'objectifs du schéma de cohérence territoriale de Lille Métropole et de l'article UC 11 du règlement du plan local d'urbanisme, ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 4 mai 2022, la commune de Mérignies, représentée par Me Fillieux, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la SCCV Les Villas de Jouvence une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la SCCV Les Villas de Jouvence ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Groutsch, rapporteur public,

- les observations de Me Bodart pour la SCCV les Villas de Jouvence ;

- et les observations de Me Fillieux pour la commune de Mérignies.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 12 février 2020, le maire de Mérignies a délivré un permis de construire à la SCCV les Villas de Jouvence en vue de l'édification d'une résidence non-médicalisée pour seniors de soixante appartements et la construction de vingt-huit appartements sur un terrain situé allée Kathia, sur un ensemble foncier cadastré section B n°1666, 1668, 1670, 1671, 1672 et 1673 à Mérignies, et classé en zone UCb au plan local d'urbanisme. Par un arrêté en date du 21 juillet 2020, le maire de Mérignies a retiré ce permis de construire. Par la présente requête, la SCCV Les Villas de Jouvence demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la régularité de la procédure :

2. Aux termes de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. L'administration n'est pas tenue de satisfaire les demandes d'audition abusives, notamment par leur nombre ou leur caractère répétitif ou systématique. ", et aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent ". La décision portant retrait d'un permis de construire est au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Elle doit, par suite, être précédée d'une procédure contradictoire, permettant au titulaire du permis de construire d'être informé de la mesure qu'il est envisagé de prendre, ainsi que des motifs sur lesquels elle se fonde, et de bénéficier d'un délai suffisant pour présenter ses observations. Le respect de la procédure ainsi prévue par les dispositions du code des relations entre le public et l'administration constitue une garantie pour le titulaire du permis que l'autorité administrative entend rapporter.

3. Il ressort des pièces du dossier que, par une lettre du 25 juin 2020, le maire de Mérignies a informé la société pétitionnaire de ce qu'il envisageait de retirer le permis de construire délivré le 12 février 2020, en lui indiquant les motifs sur lesquels il entendait se fonder, et l'a invitée à présenter ses observations dans un délai de 15 jours à compter de la réception de ce courrier. En l'espèce, la circonstance que ce courrier mentionne qu'" après concertation avec le conseil municipal qui s'est prononcé à l'unanimité, nous vous indiquons que nous entendons procéder au retrait de cette autorisation et de l'arrêté litigieux " n'a pas pour effet de priver la procédure contradictoire de son effectivité, dès lors que la société a pu présenter ses observations avant l'arrêté en litige. En revanche, la circonstance que les exigences posées par l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme n'étaient pas respectées, notamment en ce qui concerne le délai d'exécution des travaux d'extension de réseaux, sur lequel se fonde pourtant la décision de retrait en litige du 21 juillet 2020, n'était pas au nombre des motifs notifiés par la lettre du 25 juin 2020. Ainsi, ce motif de retrait sur lequel la SCCV Les Villas de Jouvence n'a pu utilement présenter ses observations en défense, ne saurait, par suite, être légalement retenu pour fonder l'arrêté du 21 juillet 2020 du maire de Mérignies retirant le permis de construire qui lui avait été délivré.

En ce qui concerne les motifs du retrait :

4. Aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire. ".

Quant à la méconnaissance de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme :

5. Pour fonder la décision de retrait en litige, le maire de Mérignies s'est notamment fondé sur la méconnaissance des dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme au motif que les constructions projetées nécessitent une extension des réseaux d'eau et d'électricité sans qu'une information relative au délai d'exécution de ces travaux d'extension ne puisse être donnée.

6. Aux termes de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme : " Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés. ". Il résulte de ces dispositions qu'un permis de construire doit être refusé lorsque, d'une part, des travaux d'extension ou de renforcement de la capacité des réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou d'électricité sont nécessaires à la desserte de la construction projetée et, d'autre part, lorsque l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés, après avoir, le cas échéant, accompli les diligences appropriées pour recueillir les informations nécessaires à son appréciation.

7. Il ressort des pièces du dossier que s'agissant d'une part du réseau d'eau, l'exécution du projet en litige nécessite, selon l'avis émis le 13 décembre 2019 par le concessionnaire d'eau potable Noréade, un raccordement au réseau d'eau potable par un branchement particulier à la charge du pétitionnaire, sur la base des prix en vigueur. Le motif retenu par le retrait en litige selon lequel les constructions projetées nécessiteraient une extension du réseau d'eau potable manque donc en fait. S'agissant d'autre part du réseau d'électricité, il ressort de l'avis émis le 23 décembre 2019 par le concessionnaire ENEDIS qu'une extension du réseau public d'électricité d'une longueur de 310 mètres était nécessaire pour lequel la nature des travaux et leur chiffrage était joint en annexe. Par courrier du 13 janvier 2020, le maire de Mérignies a indiqué au service instructeur de la communauté de communes Pévèle Carembault que la commune prendrait en charge le coût de ces travaux d'extension du réseau, hormis le poste de distribution restant à la charge du pétitionnaire. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la commune ait interrogé le concessionnaire de réseau sur le délai d'exécution des différents travaux nécessaires. Ainsi, faute d'avoir accompli les diligences appropriées auprès des services concernés pour obtenir les informations nécessaires sur le délai de réalisation de ces travaux, le maire ne pouvait légalement se fonder sur l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme pour procéder au retrait du permis de construire. Par suite, et en tout état de cause, le motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme ne pouvait fonder la décision en litige.

Quant à la méconnaissance du compte foncier du document d'orientation et d'objectifs du schéma de cohérence territoriale (SCOT) :

8. En premier lieu, pour fonder la décision de retrait en litige, le maire de Mérignies s'est également fondé sur la méconnaissance du compte foncier du document d'orientation et d'objectifs du SCOT de Lille Métropole en ce que le projet en litige aurait pour effet de porter l'extension urbaine sur la commune à 12,8 hectares excédant le seuil fixé par le SCOT à 11,2 pour la période 2015 à 2025.

9. Aux termes de l'article L. 142-1 du code de l'urbanisme dans sa rédaction alors en vigueur : " Sont compatibles avec le document d'orientation et d'objectifs du schéma de cohérence territoriale : () 7° Les opérations foncières et les opérations d'aménagement définies par décret en Conseil d'Etat ; " et aux termes de l'article R. 142-1 du même code : " Les opérations foncières et les opérations d'aménagement mentionnées au 7° de l'article L. 142-1 sont : () ; 3° Les lotissements, les remembrements réalisés par des associations foncières urbaines et les constructions soumises à autorisations, lorsque ces opérations ou constructions portent sur une surface de plancher de plus de 5 000 mètres carrés ; (). "

10. Il résulte de ces dispositions qu'à l'exception des cas limitativement prévus par la loi dans lesquels les schémas de cohérence territoriale peuvent contenir des normes prescriptives, ceux-ci doivent se borner à fixer des orientations et des objectifs. Il appartient aux autorités administratives, non de vérifier la conformité des opérations foncières qui leur sont soumis aux énonciations des schémas de cohérence territoriale (SCOT), mais d'apprécier la compatibilité de ces projets avec les orientations générales et les objectifs qu'ils définissent pris dans leur ensemble, y compris ceux se présentant formellement comme régissant des actes distincts des autorisations d'exploitation commerciale, tels que par exemple des documents d'urbanisme.

11. Il ressort des pièces du dossier, notamment du document d'orientations et d'objectifs du SCOT de Lille Métropole approuvé le 10 février 2017, que le " compte foncier ", qui répond à la nécessité de maîtriser le développement des zones d'extension urbaine et fixe à cet effet, sur une période donnée, la quantité maximale de terrains agricoles et naturels situés en dehors de la tâche urbaine, ouverts à l'urbanisation, ouvre une enveloppe maximale de zones en extension urbaine de 370 hectares entre 2015 et 2035, dont 17 hectares pour la commune de Mérignies à l'horizon 2035, cette enveloppe ne pouvant être consommée qu'aux deux tiers jusqu'en 2025, soit 11,33 hectares. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que l'avis défavorable du comité syndical du syndicat mixte du SCOT de Lille Métropole s'est fondé sur des données erronées, ce qui n'est pas contesté par la commune. En l'espèce, il ressort de l'ensemble des données versées au dossier que le projet en litige porterait le compte foncier de la commune à 106 891 m², soit un niveau inférieur à la limite de 11,33 hectares d'ici à 2025 posée par le document d'orientations et d'objectif du SCOT. Ainsi, le projet en litige et le document d'orientation et d'objectifs du SCOT de Lille Métropole ne démontrent pas de contrariété fondamentale et sont compatibles. Dès lors, le motif de refus tiré de la méconnaissance du compte foncier du document d'orientation et d'objectifs du SCOT de Lille Métropole ne pouvait être retenu par la décision de retrait en litige.

12. En deuxième lieu, pour fonder la décision de retrait en litige, le maire de Mérignies s'est également fondé sur la méconnaissance les dispositions du SCOT de Lille Métropole qui prévoient de favoriser une offre de logements abordables et diversifiés.

13. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que si le projet de la SCCV Les Villas de Jouvence est une résidence destinée uniquement aux seniors, " la typologie de bâti proposée et les services de qualité associés permettent de répondre de manière efficace à un besoin en logement répondant au vieillissement de la population et donc au maintien des personnes âgées sur le territoire ", comme le précise le syndicat mixte du SCOT dans sa délibération du 23 décembre 2019. Par ailleurs le prix de vente des appartements de la résidence senior se situe dans la moyenne des prix immobiliers constatés dans la commune. En outre, alors que le respect des objectifs de mixité sociale et de la répartition équilibrée et diversifiée de l'offre de logements s'apprécie à l'échelle de la commune, il ne ressort pas des pièces du dossier que la commune n'a pas démontré une volonté particulière de développer les logements sociaux sur la commune, malgré des demandes du syndicat mixte du SCOT à ce sujet. Par suite, le motif tiré de la méconnaissance des dispositions du SCOT de Lille Métropole en terme de logements ne pouvait être retenu par la décision de retrait en litige.

14. En troisième lieu, pour fonder la décision de retrait en litige, le maire de Mérignies a également retenu que la nature, l'importance et la localisation du projet ne permet pas de répondre efficacement à l'orientation du SCOT qui " prévoit de faire la ville à proximité des transports en commun et des pôles de services afin de limiter l'étalement urbain ".

15. En l'espèce, le permis de construire délivré a été rapporté au motif que celui-ci ne se situe pas à proximité des transports publics et aurait pour effet de créer indirectement un risque de concurrence vis-à-vis des polarités commerciales et des services actuels. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que d'une part, le projet de résidence est desservi par un arrêt de bus situé à moins de 300 mètres constituant par ailleurs le seul transport en commun public disponible sur la commune et d'autre part, les services proposés par le projet ont vocation à être réalisés en partenariat avec les commerces locaux. Dès lors, le motif tiré de la distance entre le projet et les transports en commun et de la création indirecte d'un risque de concurrence vis-à-vis des polarités commerciales et des services actuels n'est pas fondé.

16. En quatrième lieu, pour fonder la décision de retrait en litige, le maire de Mérignies a également retenu que le projet qui équivaut à une densité brute d'environ 56 logements à l'hectare alors que la moyenne brute des espaces urbains d'usage résidentiel dans la commune s'élève à 6 logements par hectare en 2015, est incompatible avec le document d'orientation et d'objectifs du SCOT de Lille Métropole qui prévoit une maitrise de la densification du tissu urbain.

17. Il ressort du rapport de présentation du PLU de la commune de Mérignies, que ses auteurs ont souhaité " donner la priorité à la densification du tissu urbain " et ainsi fixé " une densité moyenne pour les opérations en extension urbaine de 15 logements à l'hectare ", laquelle s'inscrit dans les intentions du SCOT précisant que " une densification des opérations doit être recherchée ". En l'espèce, si la densité moyenne de logements sera portée à 56 logements à l'hectare sur la seule surface du projet en litige, sa réalisation aura pour conséquence de porter la densité de la ZAC du Golf à 6,8 logements à l'hectare, soit un niveau inférieur à celui recherché par le PLU. Par suite, le motif de refus tiré de la méconnaissance du document d'orientation et d'objectifs du SCOT de Lille Métropole sur la maitrise de la densification du tissu urbain n'est pas fondé.

18. Il résulte de ce qui précède que le motif tiré de l'incompatibilité du projet avec le document d'orientation et d'objectifs du schéma de cohérence territoriale (SCOT) de Lille Métropole doit être écarté.

Quant à la méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme :

19. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire peut être refusé ou n'être accordé que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation ou leurs dimensions, sont de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique. Il en est de même si les constructions projetées, par leur implantation à proximité d'autres installations, leurs caractéristiques ou leur situation, sont de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique. ".

20. Il ressort des pièces du dossier que le projet prévoit la création de 88 logements et 194 places de stationnement dont 94 en parking souterrain. Si un projet d'une telle ampleur est de nature à créer une augmentation de la circulation automobile dans les environs, il n'est pas démontré que les conditions de fréquentation en résultant seraient de nature à entrainer une dégradation importante des conditions de circulation. Par ailleurs, si la commune avance que la desserte du projet est de nature à créer une zone accidentogène au vu notamment de la faible visibilité des automobilistes sur la rue du Bois de Choques depuis l'allée Kathia, les pièces du dossier produites par la société pétitionnaire et notamment les photographies des lieux et le constat d'huissier établi le 30 juin 2020 démontrent que cette visibilité est suffisante pour ne pas entrainer de risque pour la sécurité des personnes et des automobilistes. Par suite, les conditions de desserte du projet ne sont pas de nature à caractériser une atteinte à la sécurité publique qui aurait justifié que le maire de Mérignies retire le projet sur le fondement de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

Quant à la méconnaissance des dispositions des articles R.111-27 du code de l'urbanisme et UC 11 du règlement du plan local d'urbanisme :

21. Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. " et aux termes de l'article UC11 du règlement du plan local d'urbanisme : " Les constructions qui, par leur situation, leurs dimensions ou leur aspect extérieur seraient de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux, constructions ou aménagements ou paysages avoisinants, sont proscrites ".

22. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le projet en litige a vocation à s'établir dans la zone UCb du PLU, zone urbaine de faible densité et d'urbanisation modérée à dominante d'habitat en périphérie du centre, accueillant à la fois des logements individuels et collectifs, des services, des commerces, des bureaux et des équipements publics. Si le projet se situe à proximité d'un bâtiment remarquable et d'un golf communal, il en est séparé par de larges bandes boisées opérant un obstacle visuel. En outre, et alors que ce projet ne sera que peu visible depuis les habitations voisines et la voie publique, au vu de la diversité des constructions environnantes en terme notamment de niveau et de types de matériaux utilisés, le projet en litige, par ses dimensions proportionnées (R+2) de type résidentielle et le choix de ces matériaux (toiture en tuiles plates, façade en briques rouges nuancées et bardage bois) n'apparait pas de nature à porter une atteinte à son environnement. Ainsi, le maire ne pouvait se fonder sur le motif tiré de la méconnaissance des dispositions des articles R. 111-27 du code de l'urbanisme et UC11 du règlement du plan local d'urbanisme pour retirer le projet en litige.

23. Il résulte de tout ce qui précède que la société SCCV Les Villas de Jouvence est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 21 juillet 2020 portant retrait du permis de construire délivré le 12 février 2020.

Sur les frais liés au litige :

24. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "

25. Il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Mérignies une somme de 1 500 euros à verser à la SCCV Les Villas de Jouvence sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, au titre des frais exposés. Les mêmes dispositions font obstacle à ce qu'une somme mise à la charge de la SCCV Les Villas de Jouvence qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté en date du 21 juillet 2020 par lequel le maire de la commune de Mérignies a rapporté le permis de construire accordé le 12 février 2020 à la SCCV Les Villas de Jouvence est annulé.

Article 2 : La commune de Mérignies versera la somme de 1 500 euros à la SCCV Les Villas de Jouvence au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la commune de Mérignies présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SCCV Les Villas de Jouvence et à la commune de Mérignies.

Délibéré après l'audience du 29 mars 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Féménia, présidente,

- M. Bourgau, premier conseiller,

- M. Horn, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 avril 2023.

La présidente, rapporteure,

Signé

J. FÉMÉNIAL'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

Signé

T. BOURGAU

La greffière,

Signé

N. PAULET

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2006671

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